Colonisation, bombardements, embargo, déplacements de populations, restrictions drastiques de l'approvisionnement en eau : l'oppression que subit le peuple palestinien est un sujet qui nous touche tous.
Pourtant, à l'échelle du globe, cette situation n'est malheureusement pas un cas unique : Darfour, Tchétchènie, Tibet, Irak ne sont que les exemples les plus frappants de conflits meurtriers qui voient les populations civiles mourir dans l'indifférence quasi-totale de l'opinion publique. Rien qu'en Irak, l'embargo international aurait causé la mort, par manque d'alimentation ou de médicaments, d'un million et demi de personnes au total, dont une majorité d'enfants. Un génocide. Plutôt que de soutenir ce peuple qui n'a rien demandé à personne, l'ONU a vu dans cette terrible injustice l'opportunité de faire du profit, à travers l'opération "Pétrole contre nourriture", mise en place de 1996 à 2003 (date des premières attaques états-uniennes), et obligeant l’état irakien à brader, sous le contrôle du Conseil de Sécurité, ses ressources en matières premières en échange de nourritures ou médicaments.

Et pourtant, en France, rares sont les soutiens, aussi futiles puissent-ils être, de la masse publique à la cause de la population irakienne. On en parle peu, on ne s'en émeut guère. Même chose pour les tibétains, oppressés par la Chine, au gouvernement exilé, et aux activistes immolés. Et ce ne sont que deux exemples parmi tant d'autres. En revanche, dès qu'on parle de Palestine, les esprits s'échauffent.
Le cas de la Palestine est particulier : d'abord, parce qu'il oppose un pays (Israël) à dominance juive, à un peuple (palestinien) à dominance musulmane. La religion, sans être l'origine ni le motif principal du conflit, est tout de même une toile de fond à prendre en compte : sa propension à toucher les cœurs des acteurs et spectateurs (nous) de cette guerre peut être le détonateur d'une situation déjà explosive. En outre, à l'instar de l'Irak, il se déroule dans une région historiquement, géographiquement, culturellement, et économiquement très riche : berceau des civilisations, carrefour entre l'Europe, l'Afrique, l'Asie, et la péninsule arabe, aux ressources naturelles (pétrole, gaz naturel) immenses.
Toujours comme en Irak, où les Etats-Unis (et alliés) affrontent des groupes de combattants désorganisés, notre imaginaire (imaginaire oui, car nous ne sommes pas sur place pour juger de la réalité des faits) nous suggère l'idée de l'une des premières armées mondiale, suréquipée et surentraînée, usant de méthodes terribles et parfois sales pour coloniser les territoires de civils désarmés, privés de nourriture et de soins, avec l'intervention ponctuelle de groupes nationalistes revendiquant telle ou telle (contre) attaque.
Les véritables composantes d'un tel conflit sont bien sûr beaucoup trop complexes pour qu'on puisse les réduire à un simple sentiment religieux, nationaliste, ou de contrôle des richesses.

Au delà de tous ces aspects, la question à laquelle je souhaite m'intéresser aujourd'hui, est beaucoup plus proche de nous. Elle nous concerne même directement. Au point que certain(e)s hommes (et femmes) politiques parlent aujourd'hui d' "exportation du conflit israelo-palestinien", notamment, selon eux, dans nos banlieues. Et, si l'expression utilisée me parait forte et inappropriée, je ne peux pas nier le fait que la cause palestinienne ait acquis une importance primordiale dans ces mêmes banlieues. Si j'en parle, c'est que je me sens moi-même concerné par le sort du peuple palestinien. J'ai également beaucoup d'amis dans ce cas.
En quelques années (en gros, depuis que j'ai l'âge de comprendre raisonnablement, et à mon modeste niveau, les enjeux d'un tel conflit), quelles ont été mes actions pour ce peuple si misérable, si meurtri, si oppressé ? Je porte un keffieh palestinien la moitié de l'année. Je mets une photo de Yasser Arafat, ou un logo "Free Palestine" sur mon profil Facebook. J'insulte BHL, ses ingérences politiques, et ses visées pro-sionistes, à chaque fois que je le vois à la télé. Attends, attends ... c'est de l'action ça ? Du foutage de gueule oui. Est-ce que le fait que je revendique publiquement des affinités pro-palestiniennes va aider les enfants de Gaza, victimes de bombardement, ne pouvant pas se faire soigner parce que leur hôpital a lui aussi été bombardé ? Ils ont besoin de soins, de médecins, d'eau et de nourriture. De sécurité.
Il y a quelques années, j'envoyais un peu d'argent en Palestine, chaque mois. Je passais par une association. Je ne savais pas vraiment par qui mes euros transitaient, et surtout quelle allait être leur finalité. Avec le recul, je crois que je me donnais surtout bonne conscience. J'avais l'impression de faire quelque chose pour eux. Je ne savais même pas que l'embargo imposé par Israël empêchait les missions humanitaires d'agir auprès des populations les plus touchées.

Alors, voila là où je veux en venir : on s'insurge contre la politique colonialiste israélienne, on scande "Palestine libre" à tort et à travers, dans les discussions. On écoute des rappeurs qui parlent de niquer des mères, puis de libérer les palestiniens, le tout dans le même refrain. On se réclame d'une mouvance anti-sioniste (et on se cache parfois derrière pour éviter d'assumer un antisémitisme latent) et on crache sur Israël à la moindre occasion. On s'invente un combat. Mais au final, disons-le clairement : on en a rien à foutre des palestiniens. Si on en avait vraiment quelque chose à faire, on agirait.
Mars 2012, Captcha Magazine
Revenir à la page d’accueil du site
Dans la meme categorie


truc de hippie. tu peux te sentir concerner par la situation et fermer un peu ta gueule puisque tu n’as aucun moyen d’agir. enfin perso c’est c’que jfais les keffieh vert fluo et les pins c’est pour les hippies en manque d’identité