Alkpote-L’Empereur-Contre-Attaque-CHRONIQUE

Alkpote : L'Empereur contre-attaque

Alkpote. Le genre d'artiste qui vous demande d'adhérer à son personnage avant de pouvoir adhérer à sa musique, tant son style est unique : une voix particulière, un univers aussi malsain que décalé, et des lyrics pour public très averti. L'Empereur, seul album solo proposé par sa discographie pourtant fournie était une véritable réussite, laissant le rap français marqué par quelques classiques (au hasard, 44 mesures de terreur, Ce n'est que moi, 3 issues).

2012. 19 mars, pas 21 décembre. L'Empereur contre-attaque enfin. Première interrogation : ce second opus peut-il dépasser le premier ? Captcha Mag vous apporte quelques éléments de réponse.

Première chose : Atef Kahlaoui maitrise toujours son personnage et maintient parfaitement son univers en place. Il ne donne à aucun moment l'impression de se faire déborder par le monstre microphonique qu'il a crée, au contraire par exemple d'un Seth Gueko. Il multiplie les alter-égos, comme si plusieurs rappeurs se cachaient dans le même corps. Disque schizophrénique. Le cap est maintenu, premier gros point positif.

L'ambiance est donc toujours absurdement sombre et malsaine. Alkpote se permet même quelques envolées funky (Sans commentaire), apportant des couleurs flashy dans cette crasse musicale. L'apogée est atteinte par ce sample génialissime de Sea, sex and sun sur Gainzbeur, qui vient apporter un contraste saisissant avec celui de Cradle of Filth sur Appel Privé. Quelques prises de risques intéressantes, qui contribuent à casser la monotonie inhérente à la moitié des albums rap français récents, mais qui restent dans les rails crasseuses de l'Empereur, et l'empêchent de se perdre dans une hétérogénéité néfaste. Mention spéciale également pour l'interlude venue d'une autre planète, voire même d'une autre dimension. Second point positif donc.

Que du bon jusque-là. La première ombre nous vient des featurings. Ce qui était la principale plus-value du premier album (les participations de Salif, LIM ou Seth Gueko étaient assez extraordinaires) perd ici de sa force. Si les noms sont plutôt ronflants (Niro, Mokless, Tunisiano ...), ils n'apportent au final qu'un intérêt limité. On aurait pu se restreindre à Rim-K, Zekwe Ramos et Sidisid. On salue la bonne mentalité d'Alkpote qui continue de faire participer à ses projets des acteurs peu exposés du rap indépendant, mais on regrette de ne pas l'entendre en solo sur plus de pistes. Là où 44 mesures de terreur ponctuait parfaitement L'Empereur, le Bouquet Final annoncé ici ne tient pas ses promesses, et nous laisse sur notre faim, sans la conclusion magistrale que mériterait ce qui sera probablement le dernier album solo du MC du 91.

On aurait aimé aussi une participation totalement décalée, un peu à la manière d'Olivia Ruiz sur le dernier Oxmo, ou Nicoletta chez Joeystarr. Un refrain chanté par France Gall par exemple. Ou Patrick Sebastien, le mec s'y connait en échangisme en plus. La rencontre aurait été parfaite.

Lyricalement, le concept reste le même. Toujours aussi bon si on adhère. Toujours aussi insupportable si on rejette. Le champ lexical de la fellation est exploré en long et en large, les couplets sont surchargés de références absurdes qui vont de la pop-culture au porno hardcore en passant par les rues d'Amsterdam. Les punchlines sont aussi nombreuses que rocambolesques et déglinguées (au hasard -âmes puritaines, s'abstenir- "rince ton slip blanc si t'es incontinent", "on veut rouler en Porshe Cayenne, éjaculer dans la gorge d'Ayem" ou encore "montre-moi ta schnek sur ta webcam"), et certaines phases sont même délicieusement incompréhensibles ("mes bestioles débarquent sous leurs fenêtres à la recherche de la couleur verte").

Le public habituel de Alkpote ne pourra donc que se sentir à son aise à l'écoute de cet album. Le public non-averti en revanche n'accrochera pas plus facilement, même si l'approche de l'artiste peut-être facilitée pour certains, et surtout pour le public non-rap, par l'écoute de titres comme Gainzbeur ou l'interlude. Pour prolonger l'entrée dans son univers si particulier, on ne peut que vous conseiller d'aller jeter un œil aux différentes Marches de l'Empereur, véritables plongées hallucinées dans les méandres schizophréniques d'un personnage malheureusement trop singulier dans ce paysage rap français borné.

 

 

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