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For the Ladies?

J’ai toujours été fascinée par le porno. Je l’ai été avant même d’être capable de ressentir le moindre désir pour ces corps trop musclés, trop épilés, trop cambrés. Je l’étais déjà quand mon fantasme le plus sauvage était de me faire embrasser sur la bouche avec la langue par le chanteur de mon groupe préféré (je ne dirai pas de quel groupe il s’agissait, j’assume beaucoup plus ma fascination pour le porno que mes goûts musicaux d’adolescente...).

Depuis quelque temps, j’entends beaucoup parler de “porno féminin”, de “porno féministe”, ou encore de “porno pour les femmes”. À la base, j’ai tendance à montrer les canines dès qu’on m’explique qu'il y a des choses que j’aime plus ou moins que les hommes, a fortiori lorsqu’il s’agit de sexualité. Donc de porno.
Mais depuis le temps qu'on entend féministe et catho nous expliquer que le porno c'est le mal et que les femmes y sont exploitées et que même c'est à cause de ça qu'il y a des viols... Il était naturel que je me penche sérieusement sur cette question du porno pour nanas.

J’avais déjà entendu parler des pornos de Lars Von Trier et du Pussy Power Manifesto, je connaissais un peu le travail d’Ovidie, dont je n’étais absolument pas fan (mais je reviendrai là dessus).
Mais je parvenais à trouver de quoi stimuler mon imagination libidineuse sans avoir à trop creuser. Un film porno n’en vaut pas un autre, que ce soit en matière de qualité de jeu, de la réalisation, du scénario ou des pratiques sexuelles montrées.
C’est pourquoi, tout en étant parfaitement consciente de la masculinité de cette industrie, je ne voyais pas l’urgence d’un porno "à destination des femmes".

Cette question a commencé à me préoccuper quand j’ai découvert la section “ladies choice” sur un de mes tubers favoris. Comme une idiote, je me suis imaginé qu’il suffirait que je clique là dessus pour trouver immédiatement une présélection de vidéos qui me comblerait. J’ai cliqué, donc.
Première surprise, les films sont plutôt très différents les uns les autres. Même si ce sont toujours à peu près les mêmes tags qui ressortent ( Lesbiennes, threesome (deux mecs une nana et deux nanas un mec), Femdom, teen et gang bang, principalement), entre la dominatrice qui fait suffoquer un mec entre ses cuisses et la teen qui se fait gang banguer jusqu’au sang par des anacondas, on a le choix. Alors moi, scribouillarde empirique qui se base bien davantage sur son ressenti et son expérience que sur des études, sondages, expériences scientifiques et scanners neurologiques, je suis surprise de constater que parmi cette sélection, je trouve moins de films susceptibles de me faire danser dans la culotte que si je m’en étais tenue à la page d’accueil...
Etrange... ne serais-je donc pas une Lady?
Tant pis, je continue à jouer du petit doigt sur les newest videos.

Un jour, un ancien amant et moi discutons fantasmes, branlette, et plans à plusieurs. On décide de se montrer mutuellement nos pornos “préférés”. C’est moi qui commence. Toute excitée, je lui montre les films qui m’ont donné mes derniers orgasmes solo...  À l’époque, je ne fais pas preuve de beaucoup d’imagination. Je me contente de taper #teen ( pour faciliter le processus d’identification, j’ai environ le même âge que les acteurs et actrices teens) et d’éviter les tags “daddy”, “brother” “little sister” ou d’une manière plus générale, #incest. J’évite aussi les mégaproductions à la Dorcel, qui ne me font plus mouiller depuis que j’ai 18 ans. Bref, je montre du teen amat à chéri.
Il est consterné. Les films que je lui présente sont tellement loin de notre quotidien sexuel, il trouve ça bof, le son est mauvais et la fille n’est même pas un top model.

Très bien, mec, montre moi ce qui te fait bander. Et monsieur de me faire découvrir X-Art. Pour ceux qui ne connaissent pas, qui sont au travail ou qui ont la flemme d’ouvrir l’hyperlien, le délire d’X-Art, c’est des teens hyper épilées, en culotte de coton blanc, qui se lèchent les tétons entre copines sous la douche ou font l’amour à leur petit copain, sur la plage, au coucher du soleil, sur fond de musique de pub pour shampoing..
Dans un premier temps, je lui dis que s’il veut se branler sur les Frères Scott, ça passe sur Tf1 et ça ne nécessite aucun abonnement.

Bon, c’est vrai qu’elles sont jolies ces trois petites gouines dans les draps de leur chambre d’hôtel californienne, à se toucher mutuellement la chatte comme elles se feraient des nattes, “tombons la nuisette et doigtons nous entre copines, comme dans vos fantasmes de puceau attardé les plus conventionnels”. Ca m’énerve un peu, j’ai envie de leur dire “assumez les gars, vous faites du porno, vous filmez des pénétrations en gros plan, pour que les gens se branlent dessus, arrêtez d’esthétiser la trivialité et le fapfapfap!” Mais je sais que toutes les perversions sont dans la nature, même les plus chiantes, alors je cours m’épiler le ticket de métro et je pardonne.
Je me renseigne un peu sur le site, ses consommateurs et ce qu’on en dit, je parcours les discussions sur différents forums spécialisés. Je constate que la part de couples et de nanas, lesbiennes ou hétéros, qui sont abonnés à ce site, ou qui en aiment les films, est plus élevée que sur la plupart de mes autres sites habituels.
Donc, dans ce cas précis, les rôles traditionnels du mateur porno selon les genres sont plutôt bousculés : mon boo, mis sur le cul par l’agressivité sexuelle des acteurs qui me font rêver, et moi, qui baille devant ce qui me semble être une pub pour parfum avec juste un peu de sperme dedans.

Après m’avoir fait sourire, tout ça me perturbe. Suis-je à ce point dérangée de la culotte, que ni les ladies choice, ni le beautiful erotica d’X-Art ne m’intéressent?

Quelques temps plus tard, autre amant, autre conflit : je n’ai pas tellement évolué depuis la dernière fois. Mais mon nouvel amant est sexuellement plus évolué (à mon goût) que le précédent. Même indifférence consternée quand je lui montre mes sex teen movies. Mais meilleure argumentation : impossible pour lui de s’identifier au mec qui tringle la fille quand la fille a à ce point le look de la teen de film porno, quelque part entre l’innocence en chaussettes blanches et la culotte trouée en vinyle. Pas crédible, donc pas excitant. Discutable, mais j’accepte. Il me montre alors ce site lesbien : Abby Winters. Moi, le porno lesbien, j’aime bien, mais 5 minutes. Là, je me laisse prendre. Je me surprends même à prendre plaisir à mater des meufs qui ne me plaisent pas. Je mets un moment à comprendre pourquoi. Et puis ça m’apparaît : les filles d’Abby Winters ne simulent pas. Elles ne font pas un porno à destination des hommes, pour les rassurer qu’on ne peut jouir qu’en se mettant des godes au fond de la chatte (mais oui, ne vous en faites pas, votre bite est indispensable, le clitoris et le point G sont des inventions des gouines et des féministes, aucun orgasme n'est possible sans objet phallique, ménon ménon ménon). Elles sont là pour prendre leur pied, pour du vrai, et de tout un tas de façons différentes. J’ai l’impression de voir des vrais orgasmes pour la première fois de ma vie. Et ça me rassure énormément sur ma propre façon de jouir : elles ne hurlent pas comme si elles étaient en train de se faire amputer de la jambe gauche, et au lieu d’avoir des expressions de souffrance ou des regards langoureux pour la caméra (complètement tue-la-crédibilité ces regards), elles font des grimaces grotesques, exactement le genre de grimace que je pense faire (me suis jamais vue jouir à l’écran). Bref, je crois à leur orgasme. Et leurs orgasmes appellent les miens.
Jusque là, je ne m’étais jamais tellement posé la question. Moi la crédibilité dans le porno, j’en ai fais mon deuil depuis longtemps. Mais je dois bien avouer qu’il est difficile de s’approprier le plaisir d’une nymphette dont les yeux se révulsent au moindre frôlement de têton. Alors oui, je le dis, je l’affirme et je revendique cette position (sans mauvais jeu de mot) : les filles qui jouissent pour du vrai, c’est trop beau. Même si elles ont des poils, du bide ou de la cellulite (autre chose que je salue chez Abby Winters, c’est la diversité parmis les actrices. Diversité, d’âge, de morphologie, de couleur et d’ethnicité. Moins complexant que le moule “gos cul, grosse bouche, gros nichons”).

Je décide, quelques mois plus tard, de m’intéresser au porno hétérosexuel, fait par des femmes, pour des femmes. Je commence par Ovidie. Bon, j’ai rien contre cette dame, elle ne dit pas que des conneries. Mais à part les titres géniaux de certains films dans lesquels elle joue ( “la doctoresse a des gros seins”, “Sotopaf et Sacapine”...) je trouve que son porno est plutôt chiant, peu excitant (mais les goûts, les couleurs, les tailles et les formes ne se discutent pas) les scénarios (qui jouent un rôle très important dans ses films) assez bâteaux. ( Et puis, bon, faire du féminisme chez Dorcel, mais je me lol dessus, quoi! ). Le fait qu’elle exige le port de la capote, pour elle et ses acteurs, ne me dérange pas, même si je comprends que ça en fasse débander certains (tant pis pour eux!). Porno majoritairement hétéro, mais on a bien sûr des scènes d’orgie et du sexe lesbien. Elle ne s’embarrasse pas de beauté, d’esthétique ou de jolies lumières. C’est un parti pris de sa part, le porno doit s'assumer comme média cheap, toujours réalisé dans l'urgence. Bon...

Et puis il y a le porno d’Erika Lust et les Lust Films Productions (assez difficile à mater sans payer, mais il y a toujours des moyens). On est à peu près dans le même concept : pour plaire aux femmes, il faut une situation initiale béton, dire simplement “c’est un couple, ils baisent” ne suffit pas, on te pose un vrai contexte. Toujours, beaucoup de tendresse et de bisous entre les acteurs, qui sont généralement très beaux (pas seulement les nanas, les mecs aussi sont des beaux gosses, et ça, je +1). L’esthétique est plus travaillée, l’image plus belle, plus pro, plus arty. Là aussi, le sexe est majoritairement hétéro, mais on a un peu de lesbien et des plans à plusieurs (plus rare que chez Ovidie, cependant).

Points communs entre ces deux pornos “par des femmes pour des femmes” (bien qu’Ovidie revendique la volonté d’un porno égalitaire, et non “pour les femmes”, les deux réalisatrices/productrices se réclament d'un porno “féministe”)

- Pas d’éjacs faciales
- Pas de gros plans
- Pas de violence, jamais.
- Je m’emmerde

Ok, on va peut être me dire que je suis une minorité parmi la minorité, que la plupart des femmes qui aiment le porno aiment ce type de porno respectueux de la santé, de l’hygiène, des bonnes moeurs et des grands-parents.

Mais je n’y peux rien, ce qui m’excite n’est pas forcément ce que je trouve raisonnable ou respectueux. Ce qui me bouleverse n’est pas forcément bienveillant ou pacifique. Ce qui me fait mouiller n’est pas forcément à base de bisous et de câlinous. Si je veux des bisous et des câlinous, je mets mon pilou, j’appelle mes copines ou mon PCR (Plan Câlin Régulier, un nouveau concept que j’ai inventé et dont je vous parlerai bientôt, si vous êtes sages). Si je mate du porno, c’est qu’à priori, j’ai envie d’avoir un orgasme bête et méchant et rapide, pas de vivre une expérience émotionnelle intense (partant du postulat que le plaisir sexuel n’est pas une émotion).
L’absence de gros plans m’emmerde, les baisers et les caresses me distraient.
Je peux tout à fait comprendre que cela plaise à certaines personnes, hommes ou femmes, encore une fois, l’excitation n’a rien de rationnel ou d’universel, c’est une question de personne et de moment.

Mais pour ces mêmes raisons, ça m’énerve que l’on vienne me dire qu’en tant que femme, je ne serai pas capable de kiffer voir une bonne vieille éjac faciale. Au lieu de me mettre à l’aise, ce porno féminin me pousse à me demander si ma façon de désirer, d’être excitée et de jouir toute seule est étrange, anormale, tordue, misogyne...! Est ce que je déteste les femmes? (non, les meufs, je vous kiffe!)
Je trouve très bien que des personnes essaient de faire du porno alternatif, plus beau, différent de ce que l’on trouve déjà facilement partout. Je suis pour un maximum de diversité pornographique pour que chaque perversion, fétishisme, bizarrerie et préférence sexuelle trouve son exutoire. Mais qu’on ne vienne pas me dire que parce que je suis une femme, je vais préférer la douceur, une jolie histoire avec des sentiments dedans et un mariage à la fin! C’est anti-féministe, moralisateur et complexant.

C’est grâce à des discussions et une petite enquête informelle menée par moi-même que j’ai pu être rassurée sur la bonne santé de mon cerveau : je suis dérangée, comme tout le monde. Non, toutes les femmes n’aiment pas la douceur ou la tendresse dans le porno, oui, certaines nanas trouvent qu’une triple éjac faciale, c’est beau, c’est sale c’est excitant, comme des toilettes de boîte de nuit, comme un hôtel de bord d’autoroute en plein après-midi, on ne veut pas en parler à maman, mais on peut pas s’empêcher d’avoir le coeur qui bat et le bas ventre qui crie "à taaaaaable".
Oui, certaines nanas (toutes celles que j’ai interrogées) pensent qu’un bon porno c’est un porno avec quelques gros plans. Désolée, mais pour ce truc masturbatoire et mécanique qu'est l'onanisme, la pensée primaire bestiale et orgasmique de base, c’est quand même “PENIS DANS VAGIN”, “BITE DANS CHATTE”, “pénétration” “bam bam bam”. Je me branle pas sur des caresses dans les cheveux. C’est comme ça.

Et PEUT ÊTRE que ça me fait mouiller la culotte aussi de voir des nanas se faire malmener, se prendre des fessées et se faire tirer les cheveux. Ce qui explique le succès hallucinant d’un James Deen (mon PQR dans ma tête. Très très R d’ailleurs) au près du public porno féminin. Il y a des mecs qui aiment la douceur dans le sexe et des filles qui aiment que ce soit pas gentil-gentil. Et des personnes qui aiment juste pouvoir varier les plaisirs et ne pas toujours se pogner sur le même schéma de rapports sexuels. Un porno propre et poli va me demander plus qu’un bon rabbit!

Sur les tubers, on trouve des pornos où l’on voit des petites filles de dessins animés se faire torturer par des monstres à 30 bites, des vieux fermiers moustachus se taper taper des grosses blondes avec des couettes qui les appellent “tonton”, des vieilles dames qui enlèvent leur dentier pour se faire prendre en gang bang par des petits jeunes maigrichons, des personnes se faire promener en laisse et marcher dessus, et des hommes qui éjaculent en se faisant sucer les doigts de pieds. Il y aurait donc autant de variétés de fantasmes chez les hommes, et une seule façon de se branler au féminin?

Je concluerai en énonçant deux faits qui me manquent dans le porno, en tant que femme qui aime le sexe avec les hommes.
- Comme je l’ai dit plus haut, il y a la rareté des orgasmes réels qui m’attriste quelque peu. Voir des vrais orgasmes féminins est au final assez rare, et ça me manque. Quitte à ce que la montée soit plus lente, quitte à ce que la dame soit silencieuse les 10 premières minutes de l’action. Mais que son orgasme soit vrai, qu’elle rougisse, qu’elle transpire, qu’elle ait les jambes qui tremblent et le souffle court! Comme moi.
- L’érotisation du corps de l’homme fait défaut. Je ne peux pas compter le nombre de pornos où la femme est filmée sous tous les angles avant qu’un homme ne fasse son apparition dans le champs. “Et regarde mon cul bombé, et regarde mes seins pleins, avec lesquels je joue nonchalamment en regardant l’objectif comme une petite fille demeurée. Et regarde ma chatte toute rose et à peine fatiguée. Vérifie que je suis bien conforme de la bonnasse de partout avant de rêver que tu m'éjacule dans la cambrure”. Tout ça ne me dérange pas. Mais de temps en temps, j’aimerais pouvoir admirer le cul de l’acteur, pouvoir bien lui mater la bite avant de la voir en action, le voir se masturber en me regardant comme le gréviste de la faim regarde le big mac. Or, je ne peux trouver ce genre de poses que dans du porno gay. Moi (et mes copines aussi) on voudrait pouvoir mater du poilu qui sent la sueur et la bière se tirer sur la grosse nouille jusqu’à presque l’orgasme, avant qu’une starlette ne vienne s’empaler sur lui. On voudrait qu’on nous vende un peu la bête avant qu’on lui jouisse dessus.

Moi, ces derniers temps, le tag que j’utilise à presque toutes les reprises, c’est #JamesDeen (oui, encore lui). Et quand je tape des noms d’actrices, c’est pour retrouver une scène tournée avec lui. La seule chose qui me manque vraiment dans le porno, c’est un choix par catalogue d’acteurs bogosses qui me font rêver. Les mecs hétéros ont des milliers de noms d’actrices surbonnes à taper en fonction de leur préférences. Aucun hashtag #GoodLookingGuy
#BoyNextDoor #CuteEnoughToComeOnMyFace... Et c’est bien dommage!
A bon entendeur... Je vais acheter des piles!

4 thoughts on “For the Ladies?

  1. Tu étais déjà blasé de Marc Dorcel à 18 ans ? Tu as passé toute ton adolescente boutonneuse à matter du porno ?

    Putain ça devait être bien triste.

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