GANGSTA-GUMBO

Chronique : GANGSTA GUMBO de Charlie BRAXTON et Jean-Pierre LABARTHE

Gangsta Gumbo co-écrit par Charlie Braxton et Jean-Pierre Labarthe remonte à la source du Hip Hop du sud des Etats-Unis. Ce Dirty South qui a vu naitre le blues, la Soul, le Jazz, le rock’n’roll et la Funk et que New York et L.A. lui ont re-balancé sous la forme du Hip Hop. Pourquoi une anthologie du rap sudiste ? Parce que ce sale sud est un terreau riche sur lequel a fructifié le rap pour s’étendre en ramifications que sont la bass music de Miami, la bounce de la Nouvelle Orleans, l’horrorcore de Memphis, le crunk puis la trap musik d’Atlanta, le screw de Louisianne exporté  vers Houston à l’écoute duquel des hectolitres de ce purple syrup à la codéine se sont engloutis dans les estomacs d’auditeurs défoncés.

Taylor Boyz - [28 Gramz Pure Dope] - Big Bagz (1996) Fiston ça vient de Memphis

Gangsta Gumbo revient sur une discographie détaillée des galettes qui ont fait l’âge d’or du rap fait au-dessous de cette ligne historique honteuse des Etats confédérés où les afro-américains ont connu et connaissent encore les pires conditions de vie aux Etats-Unis. Les vétérans comme 8BALL & MJG, UGK, David Banner, Outkast et la Mafia 3-6 y côtoient les underdogs qui sont souvent ceux qui ont façonné dans l’ombre ce sale son comme DJ screw originaire de Bastrop en Louisianne ou le légendaire Mr Sche de Memphis, un des premiers activistes du Crunk.

Mr Sche – Lowlife or none Part 2 (2006) une grosse basse qui défonce les baffles.

Les auteurs reviennent aussi sur les malheureux partis trop tôt comme Soulja « Magnolia » Slim, ceux qui sont à  l’ombre comme Lil’ Boosie et C-Murder pour encore quelques décennies et ceux qui brillent toujours : parmi eux, Lil Wayne et Rick Ross, les producteurs Drumma Boy et Lex Luger, les trap starz montantes ou en déclin  T.I., Gucci Mane, Wacka Flocka Flame et Young Jeezy. Sans tomber sur la série d’anecdotes on y apprend sur ce dernier comment celui qui prétendait être le patron du  trafic de cocaïne sur son turf d’ATL s’était fait remonter les bretelles par la légende Pimp C (R.I.P.) de UGK qui dénonçait l’influence néfaste des trap lyrics sur la jeunesse en même temps que l’absence de street cred du gazier Jeezy : «cet enfoiré  dit qu’il a en sa possession des kilos pour la somme de $17500. Putain il n’existe pas de kilos à $17500 ici-bas et je sais de quoi je parle (…) Toi qui parles de vendre de la drogue, es-tu tout d’abord un vrai dealer ? Je te crois pas une seconde mon gars quand je te vois engoncé dans tes jolis petits T-shirts.»

UGK - One day (1996) RIP PIMP C

DJ Screw - One Day Version screw à écouter avec du sirop pour la toux.

 

Je vais pas m’étaler sur l’histoire business de la 3-6 mafia, le rap porno de Luke Skywalker ou la guerre des labels de la Nouvelle-Orléans, No Limit et Cash Money, 500 pages de Gangsta Gumbo nous plongent dans cette industrie rap des trente dernières années. Ce qui ressort en filigrane tout au long de l’ouvrage, c’est souvent l’histoire d’artistes afro-américains aux prises avec l’urgence de réussite sociale : femmes rutilantes et caisses pimpées ou l’inverse, et tout le Bling Bling ; et cela par tous les moyens : le deal de dope ou le rap. Le rap était bien souvent un moyen de s’affranchir de tout ce hustling autour de la dope. J-P Labarthe et C. Braxton racontent que si au début, le rap représentait une forme de rédemption vis-à-vis du trafic de drogue et ses conséquences désastreuses sur les communautés, cette rédemption a laissé la place aujourd’hui à l’idéalisation et la glorification de l’O.G. le gangster originel. La conclusion ils vous laissent la tirer, la morale n’est pas l’affaire de cette anthologie.

A lire avec une page Youtube ouverte pour y trouver au hasard :

Joe Blakk – It ain’t where you from (1993) Joe Blakk n’a même pas une page Wikipedia.

 

La Chat – Don’t slang it (2001) Une légende au féminin, Memphis. La 3-6 mafia lui doit des millions.

Geto boys – We can’t be stopped (1991) Mention pour la pochette.

 

Retrouve sur twitter

Jean-Pierre Labarthe @Grigrislang

Charlie Braxton @CharlieBraxton

Respecte la Vieille École



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