orelsan

Ni sale, ni pute, ni soumise, ni complètement conne.

Je pense que je pourrais être un avocat.
Je parle de la profession, pas du légume riche en vitamine E dont la purée se marie parfaitement avec les nachos.

Je me permets cette arrogance, parce que je m’apprête à effectuer un exercice un peu compliqué : défendre un mec dont je suis pas fan contre un groupe de personnes censées représenter des idées que je défends.

Mais bon, là je trouve qu’elles sont complètement à côté de leurs pompes et parce que je pourrais être une bonne avocate, je vais expliquer pourquoi.

Vous avez déjà lu Lolita de Nabokov*? Moi oui, plusieurs fois. Les textes d’amour qu’on y trouve sont parmi les plus bouleversants de la littérature américaine de l’époque. La poésie, la tendresse, l’intelligence de la prose, tout me troue le cul à chaque fois, et je relis ces passages comme je réécoute certains lives de woodstock : avec la sensation d’assister avec 40 ans de retard, à une révolution multicolore, un bouleversement météorologique arc-en-ciel pour tout le monde. Les textes de Nabokov tabassent des culs.
Les textes dont je vous parle, pour ceux qui l’ignorent, décrivent l’amour d’un quadra pour une petite fille de 12 ans. Il ne l’aime pas comme un papa aime sa fifille. Il l’aime comme un homme de 40 ans aime une femme. Il y est question d’érotisme et de sensualité et d’amour et de désir et de passion, et peut être d’idôlatrie. De magnifiques textes placés dans la bouche d’un personnage pédophile. Donc criminel. Donc odieux.

Dans le livre, c'est une sale pute de 12 ans. Elle en a 16 dans le film, pour des raisons de "ni putes, ni soumises, ni malignes".

Un roman à la postérité mondiale. Adapté au cinéma, à plusieurs reprises, et toujours avec talent. Le surnom de Lolita, lui-même, est devenu un mot, un terme générique pour décrire les femmes enfants, les aguicheuses ingénues, les allumeuses prépubères...
S’il y avait eu des Ni putes ni soumises à l’époque, elles auraient interdit la publication du livre? Elles auraient surement tenté de faire enfermer et chimiquement castrer cet enfoiré de Nabokov. Aurait-ce été une perte tragique pour l’Histoire de l’Art (englobant littérature, cinéma et photographie) du 20ème siècle? Je crois que oui.

Sans aller jusqu’à comparer l’indiscutable talent d’Orelsan au génie de Nabokov, je conseillerais à toute la partie civile de lire le roman et de méditer sur la question. Ou juste de réfléchir, deux trois secondes.

Les pédophiles n’ont pas attendu (et souvent pas lu ) Nabokov et les mysogines et les violences conjugales n’ont pas entendu les paroles d’Orelsan.
Les paroles d’Orelsan sont elles violentes? Oui, bien sûr, à fond, elles sont méchantes, vilaines, pas jolies. Je les trouve super fortes, et je trouve que quand même, il a du style le bâtard.

Alors les meufs, je me dénonce. La dernière fois que j’ai constaté que j’étais cocue, j’ai tenu et écrit des propos d’une rare violence. J’ai souhaité et promis la mort de celui que j’aimais, dans les conditions les plus hardcores et les plus violentes que l’on peut imaginer. Je lui ai souhaité de se briser tous les membres du corps et j’ai promis de faire subir à son membre masculin (celui par lequel il avait pêché) des sévices qu’aucun film d’horreur de série Z n’a jamais osé montrer (il était question de petite cuiller, de rouleau à patisserie, d’aiguilles, d’allumettes, de mes talons aiguilles 12cm et de scalpel... bref). Est ce que j’ai incité à la haine quand je lui ai dit que je lui referais le portrait au chalumeau s’il ramenait encore une seule fois sa sale gueule de traitre dans le quartier? Est-ce que ça fait de moi une sexiste d’avoir eu envie de le voir souffrir sa race (mais de ne rien avoir fait dans ce sens)? Comme le dit Despentes, "dans le texte d'Orelsan, il n'y a aucun rapport de genre, c'est vraiment amoureux". À aucun moment, il ne dit quelque chose de l'ordre de "tu es une femme donc tu dois souffrir, pour ton infidélité". Un bourreau est un bourreau, un coeur brisé n'a pas de genre. 

Oui, c’est un truc qui arrive. Être cocu, d’une part, et avoir des envies de meurtre quand on le découvre, aussi. Alors si le morceau met en scène un mec qui découvre qu’il est cocu, on peut comprendre que sa réaction soit violente. Et puis des menaces... quand elles sont proférées par un personnage fictif à un autre personnage fictif, je crois qu’on peut rester calmes.

Non seulement les paroles d’Orelsan ne me semblent pas inciter à la violence, mais j’ai tendance à penser que l’on trouve du réconfort dans la douleur des autres. Si à l’époque de mes cornes j’avais entendu ce morceau, je me serais peut être dit “ah ouais, c’est vrai, je suis pas la première connasse à qui ça arrive, en fait, c’est même pas original, et même que tout le monde en chie. C’est révoltant, mais c’est pas exceptionnel, et même que je vais m’en remettre”. Oui, je trouve que la violence de sa haine de cocu est plus appaisante que la merde chialante de Vitaa, que pourtant, personne ne vient emmerder.

 

La prochaine fois, tu parleras de faire la fête toute la nuit sur la plage. Demande à David, ça marche bien pour lui.

Qu’on accuse les pubs de sexisme, qu’on accuse la télé, le cinéma, le système tout entier, mais sérieusement, on peut pas foutre la paix aux rappeurs trois secondes? Booba fait de la merde en tube et traîte des meufs de biatch à longueurs de morceau parce qu’il est pas revenu de cette idée que traiter les meufs de pute ça fait “grosse bite”, et là non plus, personne ne l’emmerde. Le texte d’Orelsan est bon. Pas génial, mais bon. C’est la raison pour laquelle la violence de ses propos dérange, elle percute, on se prend ce texte dans la gueule, et il a pas été écrit pour qu’on le lise à table au cours de repas de famille. Ok.

Le propre de l’art, c’est pas de faire plaisir à mémé. Si un texte te remue, te bouscule ou te dérange, c’est pas qu’il incite à la haine, c’est juste qu’il est bon.

A quoi ressemblerait un paysage artistique où l’on ne doit pas prendre le risque de choquer? Facile : on aurait que Jeff Koons et Murakami au Louvre, le jury de The Voice comme seuls chanteurs autorisés (avec Vitaa), Les Choristes seraient encore au Box Office et les téléfilms d’M6 seraient diffusés en boucle sur toutes les chaînes du monde (et peut être, Vitaa jouerait dedans). Nos bibliothèques seraient remplies de romans de Lévy et de Musso. On ne mangerait que des pâtes avec du concentré de tomate et du fromage au lait pastheurisé. Et moi, je me pendrais.

Je sais que ce collectif a un rôle important à jouer, je sais qu'il est utile, notamment dans les cités, et jamais je ne remettrais en question le bien fondé de leur existence même.
J'en ai marre d'être assimilée "chienne de garde vénère prête à montrer les crocs dès qu'une bite s'approche". Mais face à l’inutilité de votre colère, je ne peux comprendre les raccourcis qui sont faits entre "féminisme" et "cruel manque de discernement".  Et croyez moi, j'ai toujours eu tendance à être de votre côté.
Les fiiiiiiiiilllles! Le sexisme, c’est un truc qui existe en vrai, dans la vraie vie, concrètement, tous les jours. Vous voulez pas aller le chasser là où il se trouve, plutôt que de l’inventer là où il n’est pas?
Merci.
Signé : une féministe ni pute, ni soumise, ni complètement réac.

* J’ai choisi Nabokov. J’aurais pû parler de Céline, xénophobe et génial, de Bukowski, sexiste et immortel, de Fante, raciste et parfait, de Sade, pervers et révolutionnaire... et j’en passe...



  • 4 thoughts on “Ni sale, ni pute, ni soumise, ni complètement conne.

    1. Je n'avais pas penser à citer Nabokov dans mon travail acharné de pédagogie et de défense autour d'orelsan, mais c'est intéressant, Bukowski marche tout aussi bien. Bon article en tous cas, d'autant plus intéressant car écrit par une fille.

    2. "Booba fait de la merde en tube et traîte des meufs de biatch à longueurs de morceau parce qu’il est pas revenu de cette idée que traiter les meufs de pute ça fait “grosse bite” "

      Une analyse un peu plus fine que le classique "il fait le thug pour compenser sa petite bite" ne serait pas de trop...

      Surtout venant de quelqu'un qui n'en a pas du tout (de bite)

    3. écrire ce texte en ne te basant que sur une chanson (qui ne vise qu'une femme) est assez malhonnête. car il en a pas fait qu'une de chanson et que tout n'était pas que sur une seul femme...

      qu'elle est ton argumentation pour les parole "les mec s'habille comme des meuf et les meuf comme des chienne, elle kiff les mec efféminé comme si elle était lesbienne"
      tout en le replaçant dans le contexte de la chanson qui est "c'était mieux avant" et ont ne peu pas dire que c'est une blague pour montré la société machiste vu que tout le reste de ces parole reste censé.

      PS: non je ne suis pas une anti orelsan j'ai toute ces musique dans mon ipod

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