Detox

Chronique utopique : Dr Dre- Detox

C'est l'histoire d'un chroniqueur qui attend depuis une décennie, et qui n'y croit plus tellement. Chronique utopique d'un album tellement rêvé qu'il en devient réalité, le temps d'un article.

Dix ans. Dix ans que Dre nous ballade, entre sorties annoncées, repoussées, annulées. On ne sait même plus pourquoi la galette ne sort pas. Il y a encore quelques mois, Eminem annonçait qu'il avait écouté Detox, qu'il était terminé, qu'il allait bouleverser le monde de la musique comme l'ont fait The Chronic et Chronic 2001 en leur temps.

Et puis, un beau jour de ce mois de juin 2012, alors que le soleil hésitait encore à montrer ses rayons, la lumière est apparue. Et pas de n'importe quelle manière : Bercy, 20000 personnes attendant Jay-Z et Kanye West dans une salle surchauffée. Un organisateur un peu timide apparaissant sur scène, annonçant le retard des deux stars, et "une petite surprise pour patienter". Sifflets prévisibles d'un public impatient. "The trone is mine». Le message sur l'écran géant est aussi énigmatique qu'intriguant. Un "Smoke weed everyday" qui résonne. Nate dogg apparait sur scène. Ou plutôt son hologramme. Il est accompagné de Tupac, puis de Easy E. En moins d'une minute, la salle a pris feu. Elle ne sait pas encore ce qu'il va se passer. Et pour cause : la surprise est de taille.

Les trois hologrammes disparaissent dans une explosion de couleurs. Une silhouette prend place au milieu de la scène. Dre est là. "The trone is mine" sera le premier titre dévoilé de Detox. Preuve de respect absolue de la part de Kanye et Jay-Z, qui rendent le trône à qui de droit.

Quelques jours plus tard, Detox tourne déjà dans toutes les voitures, dans tous les mp3. Inutile de revenir sur les records de ventes enregistrés. Arrêtons-nous sur le contenu du disque. Et quel contenu ! Quadruple-CD pour un total de 54 pistes (soit 48 morceaux complets + 6 interludes). Et Dre aime rappeler qu'avec 400 sons enregistrés, il aurait pu nous abreuver de classiques jusqu'à l’écœurement.

Alors évidemment, Dre n'est pas seul à remplir ces quatre heures de musique. Dans cette tracklist marquée par l'absence des premiers singles "Kush" et "I need a doctor», la liste des invités est longue, très longue, et les featurings sont idéalement répartis sur les quatre galettes : Eminem est présent sur 6 des 12 titres qui composent le CD1 (il se fend même d'un solo sous forme d'hommage, "The way he is»), plus Alicia Keys sur le surprenant "From L.A to N.Y.C" ; le CD2 est lui dédié aux participations nombreuses, avec des morceaux comprenant en moyenne 4 à 5 rappeurs (Kurupt, Devin the Dude, Ludacris, Daz Dillinger parmi les plus présents) ; le CD3 est quand à lui axé vieille école, avec Snoop Dogg présent sur tous les morceaux excepté le très personnel "Andre», où Dre s'appuye sur le refrain mélancolique d'une autre ancienne, Mary J. Blige ; enfin, le docteur se réserve les 10 pistes du CD4, collaborant avec divers producteurs, parmi lesquels l'excellent Roro, qui offre à Dre une outro concluant à la perfection cette décennie d'attente.

La première impression est celle d'un marathon musical, et on ne peut qu'être impressionné par la performance de Dre : le rythme ne retombe jamais, les seuls temps morts sont ceux (volontaires) imposés par les interludes. Le reste fait l'effet d'une véritable saga en plusieurs épisodes. Dre se fend même de références à quelques sagas célèbres : "Weed Skywalker" avec Devin the Dude et Snoop, ou encore "Doggfather Corleone». Référence littéraire également avec l'excellent "Dr Dre-kill and mister Hyde», ou Dre affronte ses démons et cette partie de lui-même qui a voulu le pousser à tout arrêter, et où il compare sa dépression à celle de Tony Soprano.

Les rues de L.A sont toujours très présentes dans l'univers du docteur, avec deux titres qui se répondent :  le presque mélancolique "Compton Legend», le très gangsta "Compton Streets». Les thèmes sont dans l'ensemble plus mûrs que par le passé : hormis "Mo' money mo' bitches», peu de traces d'irrespect à la gente féminine. Quelques histoires de gangs, un peu de drogue, mais jamais trop. Dre a vieilli. Ce qui ne l'empêche pas de révolutionner une troisième fois l'histoire du hip-hop, se permettant même de ressusciter 50 Cent, auteur de quatre prestations de haute volée, qui nous renvoient à ses meilleurs heures.

Alors, Detox, aussi bon que les deux précédents opus du docteur ? Difficile d'en juger aujourd'hui. La sortie inattendue, le format inédit, la puissance des prods, et l'aspect ultra-novateur de certains concepts, ont crée un électrochoc sans précédent dans l'histoire de la musique. Il faudra quelques mois pour comprendre si l'album tient sur la durée, s'il entre définitivement dans la catégorie "classiques intemporels".

La suite ? Il serait logique de voir le docteur s'arrêter sur cette digne conclusion. Rien n'a encore été annoncé, même s'il se murmure qu'un nouvel album serait en préparation, avec une sortie prévue au printemps prochain. Ou dans une décennie.

 

8 thoughts on “Chronique utopique : Dr Dre- Detox

  1. Oh lalala !
    J'ai réussis à tout voir, superbe plume, j'ai vraiment envie que ce que tu décris se réalise !
    Bravo
    The Chronique !

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