Dieudonné - Rendez nous Jésus

Un spectacle par an depuis 2008. L'ami Dieudo ne chôme pas. Il n'a certainement pas le choix : privé des circuits habituels de promotion et de distribution, sa survie dépend de sa productivité. Retour sur le dernier show de l'humoriste camerouno-breton.

Meilleure affiche de spectacle ever

Comme souvent, Dieudo démarre son spectacle par une introduction au cours de laquelle il nous livre ses impressions sur des faits de société. Il s'agit souvent du meilleur moment, celui où les personnages ne sont pas encore entrés en scène, et où le comique s'emploie à mettre son public dans l'ambiance. Les premières salves sont destinées à Dominique Strauss-Kahn. Dieudonné réussit l'exploit devenu classique chez lui d'être hilarant tout en énonçant des vérités graves. Le fond est clair : violer une femme de ménage noire est permis lorsque l'on est patron du FMI. Le fameux "troussage de bonne" énoncé par Jean-François Kahn.

Roman Polanski, Frederic Mitterand, Woody Allen, tout le monde en prend pour son grade. Même Bertrand Cantat, qui, malgré le fait qu'il ait "tué sa femme à coups de poings" reste plus fréquentable qu'un Dieudonné à l'humour taquin. Pour le reste, les thèmes restent les mêmes, au point que la demi-heure de spectacle passée, on commence à regretter que le comique ne se renouvelle pas un peu plus. Le discours sur la victimisation de la communauté juive était intéressant il y a quelques années car nouveau (dans le monde du spectacle, s'entend) et intelligemment traité (le sketch "ne pas oublier" sur J'ai fait le con par exemple). Il tourne comme un vieux disque rayé aujourd'hui, simplement parce que Dieudo a déjà tout dit sur le sujet.

La majeure partie du spectacle s'articule, comme le titre le laisse deviner, autour de la personnalité de Jésus. La trame est simple : une émission télévisée où différents intervenants sont interrogés sur ce même sujet. Ce principe de mise en scène simpliste vu et revu chez Dieudo (l'émission sur les tueurs en série dans J'ai fait l'con, celle sur l'esclave et son maitre dans Mahmoud ...) permet à de nombreux personnages très caricaturaux (et pour la plupart, déjà vus) d'entrer en scène : le musulman antisémite, l'ado qui ne croit en rien, le chinois qui ne comprend rien à la religion, le juif hautain persuadé d'appartenir à une race supérieure, la lesbienne à la voix très masculine ... L'humoriste maitrise incroyablement bien les différents accents (africain, québecois, belge, américain ...) et s'en amuse. On regrette cependant le manque de cohérence de l'ensemble, dans un sketch qui semble destiné uniquement à étaler cette galerie de personnages. Quelques temps morts viennent plomber le rythme. Les répliques restent malgré tout d'une rare efficacité : on fait facilement fit de ces quelques défauts pour se laisser emporter dans des éclats de rires inévitables.

Jésus apparait souvent dans les spectacles de Dieudonné : on sent qu'il intéresse réellement l'humoriste. Il est ici présenté comme celui qui est censé unir les peuples, celui qui a dit aux hommes "aimez-vous les uns les autres", mais qui au final divise jusqu'à la haine.

Le spectacle se termine mieux : Dieudonné se rend compte qu'après avoir attaqué, dans ses spectacles précédents, les catholiques, juifs, musulmans, athées, africains, américains, cancérologues, femmes, garagistes, journalistes, il ne s'en est pas encore (ou pas assez) pris aux homosexuels. S'en suit alors une description du jour où il s'est retrouvé malencontreusement avec son enfant sur le parcours de la gay pride à Paris. Derrière un humour incisif, le message est incroyablement limpide et censé : comment peut-on interdire à des fidèles de prier dans la rue, lorsque les mosquées sont pleines, alors que l'on autorise, sous couvert de la mairie de Paris, des hommes à avoir des relations sexuelles entre eux en public (pour ne pas parler des "transexuels qui chient dans une boite").

Dieudo conclue avec un personnage désormais classique : le vieux Oképi, dans lequel s'est incarné l'esprit de Jésus. Ce n'est pas la première fois que cet ancêtre fictif du comique est utilisé pour le mot de la fin : si on apprécie de retrouver ces personnages auxquels nous sommes fidélisés, on aurait encore une fois aimé quelques prises de risques supplémentaires.

L'humour et l'interprétation de Dieudonné sont toujours aussi incisifs et efficaces. L'humoriste semble toutefois tourner en rond, aussi bien au niveau de la mise en scène que des thèmes abordés. Si le précédent spectacle, Mahmoud, était excellent, Rendez-nous Jésus n'atteint pas le niveau d'excellence auquel Dieudo nous avait habitué. Après les déceptions de l'Antisémite et de la websérie Les Douaniers, on souhaite au plus grand talent comique français de revenir avec un nouveau souffle, de trouver de nouveaux terrains de provocation, et de continuer à glisser quelques quenelles.

A lire : une excellente critique du spectacle par Rick Panegy.

One thought on “Dieudonné - Rendez nous Jésus

  1. Tout a fait d'accord avec cette chronique. Le spectacle est bien plaisant mais ce n'est qu'une compilation de ce qu'il fait de mieux (excepté le début sur l'actualité). Le discours sur les juifs s'essouffle un peu et même l'intervention du vieux à la fin ne m'a pas plu. Dieudonné reste cependant le meilleur humoriste français malgré ce petit coup de mou que je lui pardonne totalement.

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