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Block 109, Chronique d'une victoire nazie

On va pas se mentir, on a tous déjà rêvé d'un monde où les nazis avaient gagné la guerre. Bon, OK, pas forcément « rêvé » parce qu'on a pas tous le même talent pour les langues mais en vérité, on s'est tous demandé si ça aurait de la gueule. Cherche pas, c'est une BD qui va te donner la réponse.

Block 109 – oui c'est de ça qu'on parle, suis ou rentre chez toi – est un bijou de BD uchronique. Uchronique pour les cons du fond : qui réinvente l'Histoire.

Je t'explique : Hitler est le maître du monde. Il fait un discours énervé quand un sniper le plombe, pleine pomme. Le sniper porte le mystérieux numéro 109 sur le poignet. Hitler mort, Himmler reprend le manche et mène le pays à l'Apocalypse. Les SS dirigés par Heydrich jouent les grandes gueules, et pour les calmer Himmler crée le « Nouvel Ordre Teutonique ». A sa tête, il place un jeune boug que personne ne connaît mais qui commence à bien foutre la merde : Zytek. Les SS et les Teutons passent leur temps à se mettre à moitié sur la gueule et pendant ce temps là, les nazis créent la première bombe atomique maison pour aller rafraîchir américains et anglais. Mais une fois qu'ils se croient débarrassés, c'est les russes qui débarquent. Et ça dure 8 ans.

Dans son coin, Heydrich le SS veut son Super Soldat, son Captain America maison : Oberst Deutschland en somme. Du coup il fait bosser des scientifiques là dessus. Zytek le Teuton lui pique le projet et en développe un qui éclate tout, un sérum double effet kiss kool : premier effet, tu deviens un super soldat, fort et endurant. Mais tu meurs d'épuisement. Deuxième effet, tu deviens un monstre sanguinaire, décharné à gueule de mort, qui squatte les couloirs du métro désaffecté et qui bouffe du russe au p'tit dej.

C'est là où ça commence : les russes débarquent dans une petite ville de Pologne nommée Marienburg. Ils se fritent avec les allemands et pour leur échapper, se réfugient dans le métro. Mauvaise idée : en bas c'est Resident Evil. Ils tombent comme des mouches au Baygon. Déchiquetés de la bite au crâne par des dizaines de monstres affamés. Pendant ce temps là, à Berlin, entre manœuvres politiques et petits coups de pute, tu t'aperçois que Zytek a un projet encore plus malsain et dingue que de dézinguer les russes : il veut l'Apocalypse, l'anéantissement du monde. Comment ? En répandant son virus grâce à des V2 nouvelle génération capables de traverser le globe. Pourquoi ? C'est justement ça l'objet de la BD. Au gré de quelques flash back bien placés, les auteurs répondent à la question et développent la psychologie du personnage. Si bien que t'en viens à te demander s'il est juste fou ou simplement lucide. Tout en réalisant que chacun est loin d'être celui qu'il prétend être.

La BD est truffée de références, il faudra certainement la lire plusieurs fois pour tout saisir, un peu comme on regarde un bon film pour comprendre toutes les ficelles du scénario. On pioche bien sûr dans les « survival movies », de Resident Evil à Alien. Le rythme est effréné et emmène le lecteur tambour battant dans une course folle jusqu'à l'explosion finale. Pour le lecteur averti, Tom Clancy a déjà évoqué le thème de l'anéantissement du monde par un virus propagé par des extrémistes dans « Rainbow Six ». Clancy traitait la question sous l'angle s'une société de biotechnologie dirigée par un fou qui pensait défendre la Terre en éradiquant la race humaine, néfaste selon lui. L'idée était de repeupler la Terre « d'élus » choisis par ses soins.

Enfin, les auteurs placent quelques références bibliques pour appuyer leur récit. Outre une référence évidente au Déluge et à Noé, on traite ici de la création du monde par Dieu. Elle s'est déroulée en 7 jours ? Ici, c'est en 7 jours que se déroule le récit de son anéantissement. Zytek se place lui même dans une position quasi divine alors qu'il tente de mener à bien sa « mission ».

Le dessin est énervé, souvent soigné, parfois presque croquis. Block 109, c'est avant tout une BD pensée comme un film : les cadrages sont soignés, les jeux d'ombres maîtrisés, les détails mis en valeur. Les scènes de combat, les armures géantes motorisées, les bâtiments, tout semble pensé pour le grand écran, jusqu'aux dialogues parfois emprunts d'humour, souvent cinglants. D'ailleurs la lecture de certaines pages rappellera une scène de Sucker Punch, très proche esthétiquement dans ses costumes, ses robots et ses scènes de combat. L'esthétique d'ailleurs est irréprochable, jusque dans les détails les plus insignifiants. Toute en noire et beige, elle rappelle les vieilles pellicules des films de guerre.

Deux cent pages d'immersion dans un monde violent, macabre, qui parvient a réaliser la prouesse, par ses révélations finales, de nous laisser hagard, heureux du sentiment d'avoir été bernés et emmenés au bon vouloir des auteurs. La planche finale, qui fait écho à la planche d'ouverture, poussera à coup sûr à une seconde lecteur passionnée. Ou a découvrir le reste de l'univers Block 109, composé de 4 BD relatant chacune leur histoire propre.

 



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