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Beatmakers, les hommes de l'ombre du rap US

J'ai une confession à faire : je ne connais pas les albums mythiques du rap US ni les featurings oubliés ou la date de création de Bad Boy Records. Ce que je sais en revanche c'est que je n'aurais probablement jamais écouté de rap sans le travail des hommes de l'ombre : les beatmakers.

Depuis ma jeunesse, j'ai écouté du rap US. A la radio, par mes potes, partout. Je me souviens de Still D.R.E comme étant une claque monstrueuse alors que j'avais 16 ans. Je ne comprenais rien aux paroles mais je m'en foutais : le son était lourd comme un été de canicule. Il suffisait d'entendre ce piano et cette basse en début de morceau et on devenait hystérique. Dre avait beau clamer haut et fort qu'il était toujours là, qu'il avait toujours de l'amour pour la rue, on s'en foutait parce qu'on ne comprenait rien.C'est là où je veux en venir. Si le texte avait eu de l'importance dans le rap pour nous autres français, Oxmo aurait fait une carrière à la Booba. Quant à Sexion d'Assault … ma foi, ils auraient tous fini éboueurs ou équipiers polyvalents chez Quick, on ne les entendrait plus brailler. Seulement le petit français que j'étais – et que certains sont devenus après moi – avait un niveau d'anglais aussi grand qu'un pénis japonais. Rassure toi, c'est pire maintenant. Où réside alors l'intérêt d'un morceau pour l'auditeur français ? Un : dans le flow du rappeur. Deux : dans l'instru. Je dirais même que 80% du succès du morceau est assuré par l'instru. Les rappeurs qui ont un flow mais peu de texte sont légion. Ce qui prédomine en revanche, c'est la musique, la mélodie, la basse et la caisse claire.
Curtis Jackson a pris 9 balles, on le sait. Etaient-elles méritées ? Certains l'affirmeront au regard du film qu'il a livré en guise de biopic et qui sonne aussi vrai qu'une romance de Marc Levy. Mais le Curtis, qu'on appelle 50 Cent aujourd'hui, a un flow de bâtard. A mon sens. Une nonchalance parfois exacerbée qui, servie par une instru efficace, devient un hit mondial.

Fifty fait le service minimum. Il se contente de se laisser porter sur la musique, d'une efficacité redoutable. Je crois que c'est à ce moment là que j'ai réalisé que celui que j'aimais, ce n'était pas le rappeur mais le mec derrière la musique. J'imaginais le mec, gueule de nerd, derrière un PC toute un nuit à travailler son instru dans les moindres détails jusqu'à la perfection. Et j'avais de l'admiration pour ce gars dont on ne parlait jamais mais qui me donnait le frisson dès la première écoute. Après recherche, j'ai découvert qu'il s'appelait Scott Storch.Question gueule de merde, je m'étais pas tellement trompé : des mains à gagner des millions mais une gueule à tout perdre. Storch, il a une ganache d'alcoolique polonais et des bagouzes de bijoutier laotien. Mais il a aussi un putain de talent, alors ça rattrape tout. J'ai jeté un œil à ses autres productions et j'ai réalisé que ce mec là avait bercé ma jeunesse et façonné une partie de ma culture musicale.
Baby Boy de Beyoncé ? C'est lui.
Cry me a river de Justin Timberlake ? Encore lui.
Candy Shop de 50 Cent ? Toujours lui.
Ce mec a été à l'origine de certains des plus grands cartons des dix dernières années.
Comment il a démarré ? En participant à la production de « Still D.R.E ». La boucle était bouclée.

A la lecture d'une interview était mentionné le nom d'un de ses confrères, J'ai continué à gratter. Celui sur qui je suis tombé à façonné l'autre moitié de ma jeunesse. Il m'a donné certains de mes plus grands kiffs musicaux. Des instrus qui me suivront à vie. Comme celle là.

C'est simple : Just Blaze fait de la « body music ». Ou plutôt de la « booty music » : de la musique pour bouger du fion. De toute façon, honnêtement, on ne comprend pas la moitié de ce que Cam'ron raconte. Donc on se contente de kiffer l'instru parce que oui, elle déboîte. Elle donne une dimension sensuelle à l'ensemble. Mieux : elle fait tout de suite bouger du cul. C'est ça le boulot : faire bouger les gens. Offrir une exposition maximale à des artistes alors qu'on ne comprend pas ce qu'ils racontent. Les rappeurs américains veulent l'argent. Sauf qu'à se cantonner à leur marché national, ils risquent de repartir à sec comme un petit blanc qui se serait aventuré dans le ghetto. Ils veulent l'accès aux clubs parce que clubs = public = ventes = argent. Le mec qui produit 3 mixtapes par an dans la cave de ses parents à Philadelphie ne fait pas un rond. L'argent se fait en passant en club (et en radio), les rappeurs l'ont compris. Voilà pourquoi les beatmakers sont mis à contribution : ouvrir la porte des discothèques en concoctant des sons qui appellent à la danse.

Les rappeurs réellement novateurs, qui ont du texte, n'intéressent qu'une minorité de mecs bien informés. Cherche pas, si t'es en train de hurler contre ce que je viens de dire, c'est que t'en fais partie. Ce que le grand public veut, ce n'est pas la nouvelle sensation des Internets, découverte alors que le mec bossait comme janitor dans une ville du fin fond du Michigan. Ce que le public français veut en revanche, c'est de la MUSIQUE. Du son pour ouvrir les vitres, faire claquer en été comme si on était sur Ocean Drive. Sauf qu'ici c'est Melun, pas Miami mon con. Les français se ruent sur les albums d'Eminem et 50 cent mais en vérité, ils ne comprennent rien aux textes. Quand Eminem raconte ses problèmes avec sa mère, son ex femme, ON S'EN BAT LES COUILLES. Test : demande à un gars de te chanter les paroles d'In da club de 50 Cent. Tu vas rire. Nous, on s'en fout du rap US, ce qu'on kiffe, c'est quand Dr Dre se met à la console et compose à l'époque le truc le plus lourd entendu depuis des lustres.

Il y a même des morceaux encore plus représentatifs de l'importance du beatmaker. Parmi tous ceux là, il y en a un que je dois ABSOLUMENT citer. Simplement parce que Weezy aurait pu rapper la même chose ailleurs, sur un autre son, ça n'aurait JAMAIS eu la même portée. Un truc tellement mongol que même un un mongolien paraît sain à côté.

Là dessus, c'est le taff de Bangladesh. Un mec à qui Lil Wayne doit deux énormes cartons : A Milli et 6 foot 7 foot. Du très très lourd. Pour finir, je pourrais bien sur en citer encore 100, mais j'ai envie de mentionner un négro de talent. Un mec qui, en 2003, va offrir à Jay Z ce que je considère personnellement comme une des meilleures production de rap des 10 dernières années.

Kanye n'est pas seulement un rappeur de talent doté d'un mauvais goût sans fin pour les fringues et les meufs. C'est aussi un mec qui a propulsé des artistes au sommet grâce à ses prods. Pour ce moment d'histoire, en bonus, la vidéo de Kanye qui fait découvrir l'instru à Jay et le fait enregistrer.

Les beatmakers sont devenus tellement importants que des compétitions leurs sont dédiées. A l'image de RedBull Big Tune, ces évènements rassemblent la crème des producteurs pour les faire s'affronter. Des compétitions qui ont notamment permis à AraabMuzik, le prodige de la MPC, de faire connaître un style plus incisif et spontané. Il crée, en direct, de la musique sur sa machine à une rapidité confinant au génie.

Bien sur, aujourd'hui, une jeune garde a pris la relève. T-Minus, Mike Will Made It ou Lex Luger contribuent toujours à perpétuer cet effort : faire connaître des rappeurs toujours en quête du son ultime, de la clé qui leur ouvrira la porte des radios, des clubs et surtout, de nos 206 tuning immatriculées dans le 62.

 

BONUS TRACK : BEATMAKERS AT WORK

Kanye, Storch & Just Blaze qui fabriquent un beat.


13 thoughts on “Beatmakers, les hommes de l'ombre du rap US

  1. Un mec qui fait vraiment des beats foufou c'est roger molls, faut aller ecouter de suite hiphopologie et the listener.

    Il y a aussi Detekt, qui fait les instrus pour klub des loosers. Son boulot sur le la fin de l'espece est monstrueux.

  2. moi qui m'attendait à voir chroniquées les prods de Buckwild, Madlib, Necro ou El-P (pour n'en citer que quelques-uns)! Alors soit c'est une question de goût, soit c'est une question de génération (parce que considérer certains de ces morceaux comme des classiques intemporels c'est dur quand même a mon age!)...dans tous les cas bravo pour l'article qui met en lumière le rôle du producteur souvent gage de qualité face aux MC's interchangeables.

    1. Question de génération et peut être de goût aussi. Elevé à la Motown et au rock, j'ai pas porté un grand intérêt au rap avant de prendre Dre dans la tronche. Et je me suis un peu laissé porter ensuite. Maintenant je (re)découvre. Merci pour les suggestions !

  3. Je trouve ça bien que mette en valeur les dj qui bossent dure pour Fournire des instrus.je pense exactement pareil, c'est à dire que c'est l'instrument le plus important dans le hip hop, après vient le flow.
    Si vous voulez passer au level au dessus en terme d'instru les gars je vous conseils fortement d'aller écouter "damu the fudgemunk" et "klaus layer".
    Essayez si non vous passerez à côté grosse claque.

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