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Histoire d'un monument : la Motown

Il aurait pu être boxeur, cariste ou vétéran unijambiste. Il est devenu le créateur de ce que le monde a connu de meilleur en 50 ans. Berry Gordy a créé la Motown.

Il était parti pour être boxeur ce con. Avec un peu de chance, Mohamed Ali lui aurait démoli la gueule au cours d'un combat de ouf. Mais 1950 a sonné et la guerre de Corée l'a appelé. Au début il a pas du trouver qu'il avait tellement de chance, le Berry, mais il en reviendra sain, sauf et entier alors qu'il la ramène pas trop. Au retour, comme tout soldat, il se réinsère dans la vie civile. Son truc à Berry, c'est la musique. Alors après s'être maqué à vie, il ouvre son magasin de disques de jazz. Et ça marche autant qu'un kebab dans un quartier végétarien. Alors il se met à l'écriture. Et là ça marche. Fort de quelques succès et des liasses de billets verts qui tombent pépère, Berry Gordy réinvestit son argent. S'il n'a pas réussi à vendre des disques, il va en produire. Début 1959 il crée Tamla Records qui, en fin d'année deviendra Motown, contraction de « Motor Town », surnom de Détroit où est installé le label. Dès 1960, Motown s'impose comme une référence du RnB.
Nota :
quand je te parlerai de RnB, tu seras prié de pas faire le connard qui pense direct à Vitaa ou Matt Houston. Je te parle du « rythm and blues ». Et si tu vois pas de quoi je parle, retourne écouter La Fouine mon con.

Ca, c'est pour la partie historique du récit. J'ai pas l'âme d'un Alain Decaux – je vois ta tête de mongolien qui connait pas Alain Decaux et j'ai envie de t'insulter et te dire de retourner lire Rap2K. Ce que je veux, c'est que tu réalises l'importance du travail de Berry Gordy dans la musique telle que toi et moi l'écoutons aujourd'hui. Je veux que tu réalises que si aujourd'hui tu grimpes le pénis de Dre, de Future ou de Wacka Flocka Flame, c'est parce que, très tôt, une clique de renois très intelligents a compris l'intérêt de faire de la musique leur moyen d'expression, à défaut d'avoir accès aux moyens d'expression traditionnels.

Berry Gordy, fondateur emblématique de la Motown

Le blues est une musique noire, LA musique noire par excellence. A une époque de ségrégation, les noirs mènent leur propre combat pour la reconnaissance. Quatre ans avant la création de la Motown, Rosa Parks refusait de céder son siège dans un bus et amenait Martin Luther King sur le devant de la scène. S'ils n'ont pas droit de s'asseoir aux mêmes endroits que les blancs, les noirs n'ont pas non plus de représentation valorisante dans les médias. A l'instar du show Amos 'n Andy, les noirs souffrent de nombreux stéréotypes. Il faudra attendre les années 70 et la Blacksploitation pour que les noirs puissent fièrement s'afficher dans des rôles principaux et valorisants.

La Motown est donc l'occasion pour Berry Gordy de donner la parole à des artistes de talent, souvent en devenir mais qui, de par leur couleur de peau, n'auraient peut être pas touché le grand public avec leur musique. Berry encourage l'éclosion des talents blacks de son époque et propulse ceux qui feront danser l'Amérique des années 70-80. Diana Ross & The Supremes, Michael Jackson, Marvin Gaye, The Temptations seront les porte-drapeau de la culture afro-américaine à travers le pays.

Marvin Gaye, chanteur du tube Motown "I heard it through the grapevine"

La vision du patron n'y est pas étrangère, son application à contrôler l'image de ses artistes non plus. Très tôt il a compris qu'un produit qui marche est un produit bien marketé. Il s'attachera donc à l'image de ses artistes, mais surtout à créer un point commun entre tous : le son. Un son reconnaissable entre mille et cela n'a pas été laissé au hasard. Berry Gordy a littéralement façonné le « son » Motown en faisant jouer la quasi totalité des parties instrumentales par le même groupe : The Funk Brothers. Si aujourd'hui on reconnaît aisément une production Motown, c'est grâce au travail de ces artistes de l'ombre, longtemps laissés sans reconnaissance car les chanteurs étaient mis en avant.

Il ne faut pas oublier que tout démarre dans les années 60, période de grande morale dans les arts. Autant te dire qu'à l'époque, tu places difficilement un « bitch ass nigga » dans un son. Les chansons estampillées Motown parlent essentiellement d'amour, souvent d'amour déçu. Mais très, très rarement de déboîter la mâchoire. Les thèmes sont très conventionnels et même les cœurs brisés s'expriment avec élégance. Une exception notable va se détacher : « War » d'Edwin Star.

En 1970, la guerre du Vietnam envoie à l'autre bout du monde tout un pan de la jeunesse américaine. Dans les studios Motown, surnommés « Hitsville », à Détroit, The Temptations enregistrent une chanson dénonçant clairement ce conflit. Mais la chanson, très contestataire, risque de voir les plus conservateurs des fans protester contre le groupe alors en pleine gloire.
Motown confie donc le chant à Edwin Star. En 1970, « War » se classe 1er du Billboard américain. Surtout, cette chanson sert de porte voix à une jeunesse noire qui jusque là est souvent réduite au silence, juste bonne à enfiler ses rangers pour grossir les rangs des troupes envoyées à la guerre.

Le « son » Motown a façonné tout un pan de la musique noire américaine des années 60 à 80. Gordy est avant tout un producteur : il ne met pas seulement la main à la poche, il crée, façonne de ses mains la sonorité des productions maison. Surtout il inscrit dans l'histoire mondiale des chansons intemporelles. Et fait éclore celui qui s’assiéra sur le trône de la pop music 20 ans plus tard.

Les Jackson 5 et leur star, Michael

Même si le déménagement vers Los Angeles du label marquera la fin d'une certaine ère, Berry Gordy aura indéniablement marqué l'histoire de la musique. C'est cet héritage que Berry Gordy lègue avec Motown : une certaine fierté « black », un style inimitable favorisant l'essor d'une culture black portée par des artistes qui marqueront l'Amérique.
Surtout, Motown nous a permis d'assister à ce que je considère personnellement comme la meilleure scène de Rush Hour.
Et ça, ça n'a pas de prix.

 

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