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Le Blavog : L'interview intégrale

 

"Bon, j’espère qu'il y a pas des mecs du Blavog en studio" (Joe Lucazz)

Quand le Blavog a-t-il été crée ?

Teobaldo : Septembre-Octobre 2008, un peu avant 0.9 et le Code de l'horreur. On se connaissait avant, via forums, à force d'écouter les mêmes trucs, même humour de merde, on a finit par se capter en vrai et se dire qu'on allait écrire des conneries.

Comment est venue l'idée de mettre les rappeurs en scène, d'en faire des histoires ?

Teo : Spleenter devait être bien bourré, en train de regarder Lil Hop ou ce genre de connerie, et s'est dit "ce serait cool qu'il y ait un truc comme ça en France, où par exemple Booba serait Mr Burns, Médine serait Martin, l'intello de la classe ...". Juste des délires à la con en fait. Ensuite, quand t'écoutes un album, tu te dis "pourquoi il a dit ça ?". Tu te dis "il a dû faire telle connerie", t'imagines la scène dans ta tête, t'échanges deux-trois vannes ...

Spleenter : Ca part de conversations que Teo et moi on pouvait avoir, on délirait ... La structure du faux dialogue s'est imposée d'elle-même : comme ça tu te casses pas les couilles à faire de la narration, tu fais juste un dialogue à la con qui a priori est censé faire rigoler. Le tout premier article, ça devait être un truc entre Salif et Exs (Nysay).

Note de la rédaction : Après enquête, le premier article du Blavog n'était pas un dialogue entre Salif et Exs, mais un pamphlet de Teobaldo, naviguant entre drogues légales, soucis de santé, et déclaration d'amour à Christina Milian -et le pire, c'est que tout ça est très cohérent. S'en suivent quelques articles, condensé de South Park, de drogue (encore) et de prophétisations sur l'avenir du blog. Le premier article rap français du Blavog est un faux tracklisting de 0.9 et du Code de l'horreur. Le premier vrai dialogue recensé fait intervenir Tupac et Biggie. Le dialogue Exs-Salif dont Spleenter nous parle arrive en novembre 2008.
 
 

Des articles dont vous êtes particulièrement fiers ?

Teobaldo : L'origine du malentendu c'est quand Rohff a sortit le code de l'horreur, qu'il a enfin pété Booba dans les bacs. Il s'est autorisé à dire des trucs, à parler vite fait de l'embrouille qu'ils ont eu, il raconte quelques anecdotes sur le sujet ... on a commencé à comprendre des trucs, à se dire que c'était peut-être juste un malentendu. On est partis là-dedans, en mode "c'était dans le passé", sans respecter la chronologie. L'article avait bien fait parler à l'époque, il y a plus de 3 piges.

Spleenter ? Pareil ?

Spleenter : Nan, celui-là je l'ai pas écrit donc je m'en fous. C'est pas que j'en sois fier, mais l'article-hommage par rapport à la mort de Brams. C'était bien parce qu'il a été repris sur les réseaux sociaux. (ndlr : c'est aussi l'article le plus lu du Blavog sur une seule journée, avec plus de 5000 vues)

Teo : Des gens l'avaient repris quasiment tel quel, en changeant deux-trois mots, sans nous créditer. Une fille sur facebook avait repris tout le texte, en remplaçant "les couilles vides" par "le coeur vide".

Spleenter : Ça ne m'a pas gêné, tu sentais que c'était vraiment pour rendre hommage à l'artiste. Les retours étaient bons, c'était digne. Au niveau des articles moins sérieux, au tout début, le bar des rappeuses, ensuite Casting 92I, dernièrement la Booskatape, qui nous a remis un peu dans ce délire, puisqu'on avait arrêté un peu pendant un temps. Et puis c'était des "nouveaux rappeurs", ce qui nous a permis de créer de nouveaux personnages.

Teobaldo : Il y a aussi les LMC Click, qui se retrouvent sur Capitale du Crime, c'est encore plus drôle parce que depuis on les a croisé et ils nous ont dit que notre article les avait fait marrer.

Spleenter : C'est ça qui est marrant aussi : parfois on écrit les articles, sans connaitre les mecs, et quand on les voit, qu'ils apprennent qui on est, on a des réactions du style "mais qui vous a renseigné ?". Ils ont l'impression que nos articles sont documentés, etc, alors que pas du tout.

Teobaldo : Hype m'a invité en studio quand il faisait Grand Banditisme 1, il y a un an et demi. Joe Lucazz posait ce jour-là. A un moment, il lâche un truc un peu perso, que je répéterais pas du coup, puis il regarde à gauche, à droite, il fait "bon, j’espère qu'il y a pas des mecs du Blavog en studio" ... alors qu'il ne savait pas que j'en faisais partie ! Je partais du principe que personne ne savait ce que c'était. Quand je lui ai dis, on a trinqué, il m'a dit "vas-y, bois". Joe Lucazz, tout le monde te dira que c'est une crème de toute façon, c'est un mec en or. Après il est injoignable, c'est un fantôme, bon ça c'est autre chose.

C'est un rappeur quoi.

Spleenter : D'ailleurs, Joe Lucazz c'était notre première interview, qui est parue beaucoup plus tard.

Partie 2 : "Kamelancien, depuis qu'il est revenu dans le rap, il a fait aucun morceau, mais il a déjà signé sur trois labels différents"

Captcha : Une comparaison que j'utilise souvent : Le Blavog c'est un peu les Guignols de l'info du rap. Vous acceptez le parallèle ?

Spleenter : C'est super flatteur.

Teobaldo : Oui c'est super flatteur. Si on avait vraiment, sans pour autant faire une connerie par soir, la productivité qu'ils peuvent avoir, ce serait génial. Dans l'idée, je vois ce que tu veux dire, d'ailleurs on nous l'a déjà dit. Mais y'a aussi d'autres gens qui nous ont dit "faut pas trop vous la péter non plus". En même temps, en France, un concept comique installé qui parodie un truc sérieux, t'as que les Guignols finalement. Y'a eu d'autres trucs bien sûr, mais de ce que les gens connaissent de nom, les Guignols c'est la référence. C'est normal d'être comparé à eux, même si ça reste différent.

Spleenter : C'est de la caricature et c'est de la fiction, donc forcément, le rapprochement se fait.

Teobaldo : Après faut savoir lire, c'est segmentant.

C'est pas de la grande littérature non plus ...

Teobaldo : Y'a des gens que ça bloque.

Excepté le rap français, vous traitez d'autres sujets : catch dernièrement, porno, cinéma ...

Spleenter : (il coupe) Le porno c'est Big Paul ! Faut savoir qu'on est pas que deux, y'a un membre-fantôme, qui habite en Suisse, qui s'appelle Big Paul Castellano. C'est le Pierre Bellemare du porno.

C'est vrai qu'il prépare le best-of des répliques de Pierre Woodman ?

Spleenter : (rires) Non, c'est pas vrai.

Ca aurait été beau.

Spleenter : En vrai, il prépare un article depuis ... 3-4 mois. Il l'a commencé, il nous l'a envoyé, il est excellent. Mais il est super lent, et entre temps il y a eu un autre article sur le même sujet, mais traité de façon merdique ... de toute façon c'est Vice.com.

On a comparé mon site à Vice dernièrement, ça m'a fait un peu mal.

Teobaldo : C'est quoi Vice ?

Spleenter : C'est la version française d'un truc ricain qui est côté là-bas ...

Teobaldo : C'est Def Jam France quoi.

Spleenter et moi, en chœur : Voiiiila

Spleenter : Kamelancien mon frère !

Rires de l'assemblée

Teobaldo : Il est là-dessus ?

Spleenter : Il est signé chez Def Jam France oui. Je te l'avais dit, S-Kal Records c'est un tremplin (rires)

Teobaldo : Mais il a rien sortit sur Escale Records ! Ce mec depuis qu'il est revenu dans le rap, il a fait aucun morceau mais il a déjà signé sur trois labels différents.

Spleenter : En gros, La Fouine l'a relancé, il l'a foutu sur S-Kal, et S-Kal a géré son deal avec Def Jam. Mais Alonzo aussi est sur Def Jam.

Teobaldo : C'était quoi l'autre truc ? Le truc de soul à l'ancienne, que Diams a repris ?

La Motown !

Spleenter : Voila, mais ça tout le monde s'en fout. Ce sera pareil pour Def Jam France.

Teobaldo : C'est ça, pour Def Jam France ça va être la même chose. Les gens en parlent maintenant, mais la Motown, y'a 4-5 ans tout le monde disait "Diams qui reprend un label mythique, c'est pas bien". Mais au final, tout le monde s'en fout ! Ça coule, donc à ce moment-là, qu'est ce qu'on en a à foutre ?

Spleenter : Pour revenir à ta question, on traite d'autres sujets, ciné, coups de coeur, des conneries ... mais la base, ça reste ciblé rap français.

Teobaldo : Le truc sur le catch, bon, j'avais envie d'écrire sur autre chose, c'est quelque chose qui me fait marrer, le genre de délire qui se prend pas la tête. On est vraiment dans le pur divertissement. Après t'as le droit de pas aimer le catch, j'en ai rien à foutre. Mais quand il y a des mecs qui n'en ont jamais vu, qui méprisent le truc sans savoir ce que c'est ... C'est juste du divertissement ! Et c'est le problème : même les films qui ne sont là que pour divertir, ou les artistes de musique qui ne sont là que pour divertir ... c'est toujours péjoratif, négatif. Il faut toujours avoir un message. Parfois c'est forcé, ça ne ressemble à rien. Ils font des séries avec des saisons entières qui se passent à l’hôpital, mais moi j'y ai passé du temps à l'hosto, on reconnait rien ! C'est vraiment histoire de mettre un malade dans le truc, pour qu'il y ait un message, mais y'a pas de documentation derrière, pas de fond, c'est de la merde quoi. Donc autant que ce soit du pur divertissement, que les mecs se prennent pas la tête.

 "Seth Gueko, c'est un mec qui est déjà en one-man show permanent. Faire une parodie d'un mec qui est déjà dans l'auto-dérision, c'est compliqué."

Quels sont les personnages que vous préférez utiliser pour vos histoires ?

Spleenter : Dans le rap ? Ca dépend des périodes, parce que ça dépend de leurs actus. Forcément, on va dire Booba et Rohff, parce que c'est super facile de leur faire faire des trucs marrants.

Teobaldo : C'est devenu relativement plus chiant ces derniers temps, ils sont moins intéressants qu'avant, je trouve.

Spleenter : C'est à dire qu'il y a moins l'émulation entre les deux qu'il y avait à une époque. A une période, tu mettais juste les deux dans la même phrase, c'était la guerre. Si tu sais écrire juste un minimum, c'est facile de faire rire avec ça. Après il y a aussi d'autres personnages qu'on utilise moins souvent, mais qui sont sympas, en général parce qu'on les aime bien, ou parce qu'on arrive bien à les cadrer. Personnellement, je vais te dire Lino, Casey. Après, il y en a qui sont difficiles, parce que c'est déjà des personnages dans la vie. Par exemple, Seth Gueko. C'est un mec qui est déjà en one-man show permanent, donc si tu dois faire une parodie d'un mec qui est déjà dans l'auto-dérision, c'est compliqué.

Teobaldo : Après j'avoue, Alkpote c'est un peu le même cas, mais Alkpote c'est toujours génial de s'en servir. Le mec, c'est de l'or, on peut le mettre un peu partout. On sait qu'il peut partir dans tous les sens, donc si t'as besoin d'une transition entre deux sujets qui n'ont rien à voir, tu sais qu'il peut te la faire. Il peut te faire une transition entre le porno et les voitures, c'est magnifique.

Le côté amateur, je-m’en-foutiste du blog, c'est quelque chose que vous cultivez, ou c'est juste la flemme de faire un truc pro ?

Spleenter : C'est plusieurs choses. Déjà, nous à la base on touche pas du tout en internet. On fait avec les moyens du bord, c'est à dire aucun. Après, bien sûr, on en joue, par exemple quand on écrit "Voila, tel jour on a vu Lalcko. Fin de l'intro." Mais on fonctionne comme ça à la base. Faire une intro d'interview d'un paragraphe entier, avec notre ton à nous, ce serait bizarre.

Au delà du ton, l'habillage du site est lui aussi très amateur.

Spleenter : Ça c'est vraiment parce qu'on touche pas.

Et si quelqu'un de compétent vous proposait de le faire ?

Spleenter : Y'a un mec très gentil qui nous a refait l'image d'arrière-plan, mais ça s'arrête là. Après, faire un vrai site, ça veut dire commencer à payer des trucs, tout ça ...

Teobaldo : Faudrait aussi des gens qui sachent vraiment gérer ça, et qui adhèrent à notre délire aussi, parce que si c'est pour bosser avec des mecs qui en ont pas grand chose à foutre ...

Spleenter : En théorie, si c'était appelé à devenir un truc évolué, avec par exemple un mec qui touche grave en graphisme, moi personnellement je lui dirais "fais moi une bédé, on t'écrit les dialogues".

Teobaldo : Tu vois "Kebab Caviar" ? Une espèce de petit dessin-animé avec des rappeurs, des hommes politiques, etc. C'est pas un graphisme énorme, c'est même pas niveau South Park saison 1, mais tu reconnais les mecs. Quand tu vois Wilaxxx à côté, quand il imite certains rappeurs il les tient bien, je vois qu'il s'est tué aux mêmes vidéos que nous, il a vu les mêmes conneries, il a repris le même genre de délire. Par contre parfois dans ses sketchs ça peut manquer de rythme, ou de ci, ou de ça. Nous en face, on a des mecs qui nous disent que ce qu'on fait est pas mal, on a une certaine visibilité, même si c'est pas énorme, mais voila. J'me dis ça, plus d'autres mecs, qui font peut-être ça dans leur coin, ça se rassemblerait ... Le problème, c'est que ça reste la France. Imagine demain je vais voir les mecs de Kebab Caviar. Je les connais pas, mais imagine c'est des mecs susceptibles. Je leur dis "j'aime bien vos dessins, mais dans l'ensemble, c'est de la merde". Parce que c'est vrai, c'est le cas. C'est vite fait drôle mais voila.

Je vais le publier ça, attention !

Teobaldo : Mais tu vois, si ces mecs là, ou un mec comme Wilaxxx nous disait "Le Blavog c'est vite fait drôle mais des fois vous partez dans des délires, on comprend pas" ... tu vois ? Faudrait déjà qu'il y ait une entente, mais sachant qu'on est en France, que quand tu fais un nouveau truc c'est jamais bien accueilli, ou alors ça peut être bien accueilli mais tu feras pas de thunes avec. En plus, en France, et particulièrement dans le rap français, les gens vont se tirer dans les pattes pour un gâteau qui n'existe même pas encore. Ils se tirent dessus pour des miettes, alors que le gâteau n'est même pas encore fait ! A un moment donné, il faut faire le gâteau AVANT de se battre pour découper les parts. Je dis "ça aurait été bien de se rassembler, etc", mais c'est pas nous qui allons faire le premier pas non plus. C'est pas moi qui vais envoyer un mail à Wilaxxx, essayer de prendre contact avec lui pour dire "viens on fait ça". Et puis je suis méfiant.

Spleenter : Je trouve ça bien que ça se multiplie, que les gens commencent à se dire "on peut parler du rap français de manière décalée", même si ça se cherche encore, que ça prendra du temps. Même les trucs à la con, genre Canal Street, avec Seb Abdelhamid, ou, même si ça me plait pas forcément, les mecs de Pti délire avec leurs questions de cul, tu sens les tentatives d'aller vers autre chose, ils cherchent un petit peu. C'est bien, en tout cas c'est mieux que les interviews super coincées avec des questions déjà entendues dix fois.

Vous avez le sentiment d'avoir un peu décoincé le truc ?

Spleenter : Perso je pense pas. Je pense pas qu'on ait été assez connus pour ça. Mais Teo et moi on a pas le même avis sur notre influence.

Teobaldo : Je pense qu'on a débloqué, non pas le mouvement en entier, pas dans le rap en lui-même, mais au niveau des gens qui gravitent autour. On a pas déclenché le bordel, parce qu'on a pas inventé l'humour non plus, mais oui Le Blavog, et je dis peut-être une connerie, a été le premier à faire vraiment de l'humour sur le rap français. Y'avait pas vraiment de sites ou de blogs qui faisaient ça à l'époque, et depuis y'en a quand même quelques-uns. Je sais pas si on une énorme influence, mais c'est sûr qu'à un moment il y a un point de départ.

Spleenter : Je le rejoins sur le fait qu'on a poussé les gens à comprendre que quand tu parles d'un truc de manière caricaturale, tu peux le faire sans que ça implique un manque de respect ou de la méchanceté gratuite. Et encore dernièrement, avec le truc de Madizm et Dany Dan. Madizm m'a dit que Dany Dan l'avait rappelé alors qu'ils s'étaient pas vus ou téléphoné depuis au moins un an. Au début, les gens croyaient vraiment qu'on détestait le rap. Mais en y réfléchissant deux secondes, comment quelqu'un qui déteste cette musique peut la connaitre à ce point-là, juste pour ensuite en faire des articles de merde ? Uniquement dans le but de descendre l'artiste ? On a vraiment eu des prises de contact, c'était sur la Booskatape, après une période où on faisait plus vraiment d'articles estampillés Blavog, avec dialogues entre rappeurs, etc. J'ai balancé le lien de l'article aux artistes sur Twitter. Pas un seul ne l'a pris mal, même Fif et Hamad de Booska-P ça les a fait golri.

Teobaldo : Y'en a aussi certains qui ne réagissent pas du tout.

Spleenter : Ouais, à la limite, zéro réaction. Mais là c'est carrément, les mecs nous répondaient.

Teobaldo : Mais jamais personne ne nous a dit "qu'est ce que c'est que ça, vous êtes des connards". C'est peut-être arrivé au tout tout début, avec le truc sur la famille Haussman et les Ghetto Diplomats, on avait posté ça sur le forum de l'abcdr, et Armani Blanco, (photographe d'Ideal J, Booba ...), qui lui les connaissait parce qu'il avait fait leur pochette pour cet album, il avait mal pris l'article.

Spleenter : Mais même lui, après deux messages il avait compris.

On connait un mec qui a un t-shirt "Le Blavog". Il le fait tourner à ses potes, et à chaque fois qu'ils baisent une pute, ils lui foutent le t-shirt. Belle tradition.

Utilisez-vous Le Blavog pour exposer des artistes qui ne le sont pas assez à vos goûts ?

Spleenter : Oui, mais ce n'est pas notre volonté propre. C'est plus "on kiffe ce truc", il se trouve que ce truc n'est pas connu, il se trouve qu'on en parle, mais on a pas la démarche "on va vous faire découvrir tel ou tel talent".

Teobaldo : De temps en temps, on l'a eu avec Absolut Treepsal, mais c'est vraiment parce qu'on a bien aimé l'album, les interludes, leur discours, leur flow ... des choses qui ne ressemblent pas spécialement à ce qu'on connait du 19 et de Paris Nord. Mais comme le dit Spleenter, c'est pas notre démarche, sinon j'aurais fait trente-six mille articles sur Moms quand je l'ai découvert. C'est un gars qui est super technique, tous les mecs qui sont là "le rap c'était mieux avant" : écoutez du Moms ! Le mec, je vais pas te dire que c'est Ill, parce que Ill y'en a un seul, mais c'est vraiment le mec qui a ce délire là, à l'ancienne, avec assonances, allitérations, des multisyllabismes, pas des trucs balourds, tout grillés comme maintenant. Et en même temps, c'est vrai qu'il parle quand même de crack, de coke, de machins, mais c'est pas du bourrinage. Pour les mecs qui sont dans ce délire à l'ancienne, je le répète : écoutez ce mec ! Mais si on voulait mettre tous les mecs qu'on aime bien en avant, on aurait peut-être pas le temps en fait. Pour moi, un mec comme Despo, même si les gens savent qui c'est, il n'est pas reconnu à sa juste valeur. Un mec comme Alpha 5.20 on a pas écrit énormément dessus. On a dû faire le truc où il rencontre Rama Yade, on a du le faire intervenir une fois ou deux, alors que c'est vraiment un mec qu'on a écouté, écouté, écouté.

Spleenter : Alpha 5.20 c'est pas dit qu'on fasse pas un truc genre hommage tu vois. Enfin je sais que je veux faire un top ten de pourquoi il doit revenir dans le rap / pourquoi il ne doit pas revenir dans le rap. S'il revient ce serait comme Kool Shen, et tous les abrutis qui ont dit "on arrête" et qui sont revenus. Lui, on le savait dès le départ : quand il a dit "j'arrête le rap", c'était certain. C'est pas une posture genre "je reviens avec la barbe, je me rase, je rappe avec La Fouine".

Teobaldo : En 2010, quand il sortait son film avec l'album, on pensait déjà que ce serait bien de faire un truc. On a jamais trouvé le bon angle. Alpha est compliqué à écrire, parce que déjà, il faut garder sa touche. Et puis, moi je vais l'écouter, je vais dire "ce mec a raison", un autre mec va l'écouter, il va dire "ce gars-là est un fou". Alors que lui et moi on aura vu la même vidéo ! Parfois je comprends même pas le décalage. Je comprends pas comment les gens le voient. Il est compliqué à écrire parce qu'on ne sait pas comment les gens le voient.

Spleenter : Si on fait quelque chose, ce serait un article, pas une mise en scène.

C'est vrai que vous avez fait des t-shirt Le Blavog ?

(Spleenter s'éclate de rire)

Teobaldo : Y'en a deux qui existent. Moi j'en ai un, tu vois Pif et Hercule avec les tronches de Booba et Rohff, et écrit au dessus "Le Blavog dans vos mères". Derrière j'ai mis mon blaze, "Teobaldo" et "je vous aime tous mon frère". Y'en a un deuxième que j'ai fait pour un pote, avec son blaze derrière. Il m'a expliqué qu'il faisait tourner le t-shirt à ses potes, et qu'à chaque fois qu'ils baisaient une pute, ils lui foutaient le t-shirt. Belle tradition.

Vous n'avez jamais penser à les commercialiser ?

Teobaldo : Maintenant ? Si dans deux-trois ans on existe encore, peut-être. Parce que franchement, tu m'aurais dit, y'a trois ans et demi, qu'on serait encore là ... Peut-être que ça va continuer, peut-être que dans trois-quatre ans on aura une visibilité encore plus grande, et que ça vaudra le coup de sortir des t-shirts que les gens achèteront. Mais tu les sors maintenant, tu vas faire quoi ?

Spleenter : Faudrait qu'on trouve des trucs à messages dessus.

Justement, vous, avec votre humour, vos gimmicks ...

Spleenter : Dernièrement on a vu un film, les Kaira, qui était très bien d'ailleurs, alors qu'à la base on est pas spécialement fans des sketchs. Et dedans, le méchant du film, qui est joué par Ramzy, est une caricature de Morsay. Si on fait des t-shirts, ce sera dans le même style que les siens, des trucs qui n'ont aucun sens. La caricature d'une caricature.

Mais y'en a qui vont te parler de rap en te balançant des dogmes, il faut faire comme ça, il faut pas faire ça ... mais pourquoi, tu vas en enfer sinon ?

Comment se déroulent les rencontres avec les rappeurs dont vous parlez dans vos articles ?

Spleenter : A la base, on avait pas prévu de rencontrer les rappeurs en vrai. Déjà, quand je vois un rappeur pour une interview, c'est déjà absurde comme situation, une partie de moi est en train de hurler de rire. A la base, c'est toi qui est censé lui courir après, lui dire "ouais je suis fan" ... et là c'est lui qui te parle de ton blog de merde !

Teobaldo : C'est le rap français, tout est à l'envers.

Spleenter : Après, le fait d'être à Paris aide beaucoup. Il y a aussi les réseaux sociaux, qui nous permettent de communiquer énormément. Le côté "contact direct" de Twitter, c'est un gros avantage. Zekwe Ramos par exemple, qui est tombé sur un article "Booskatape". Il avait dit un truc du style "on saura jamais qui c'est, mais ces mecs c'est des tueurs".

Teobaldo : Donc moi je lui réponds : "on est là, on se cache pas, on s'en bat les couilles".

Spleenter : Du coup, on devrait le capter, essayer de faire une connerie en vidéo. C'est typiquement son délire. Pareil pour Alkpote, il avait lu un de nos articles, réagi à base de "c'est génial" ... c'était évident, c'est Alkpote !

Teobaldo : Avant de rencontrer les rappeurs, on avait eu une première réaction. Fizzle nous avait interviewé pour Bounce2dis, et à un moment, il parlait de Driver, qu'il allait justement interviewer juste après. Driver avait rebondit en disant "ouai, j'aime bien le Blavog" ... c'est le premier retour qu'on ait eu de la part d'un rappeur. Ça nous avait surpris.

Spleenter : Depuis, on l'a capté en vrai, le mec c'est une crème.

Teobaldo : Maintenant, avec la vidéo, on a des idées. Par exemple des interviews où on se permettrait de délirer un peu, pas des sketchs dans le sens où tout le monde aurait des perruques et du boudin ...

Spleenter : Et là tu vois que Teobaldo habite le Nord de la France ...

Teobaldo : Pas le Nord, j'habite l'Ouest ! (s'en suit une belle discussion géographique)

Spleenter : Vu que apparemment les gens qui gèrent les sites, font des interviews vidéos, sont pas spécialement axés là-dessus, c'est un terrain. C'est facile à parodier. (Spleenter m'explique alors le concept d'interview qu'il veut mettre en place pour les LMC Click. Il espère que je ne serais pas trop rapide à retranscrire l'interview pour ne pas spoiler. Je décide de respecter son choix en ne publiant pas cette partie de l'entretien. Rep à ça la professionnalité) Les gens sont déjà contents qu'on parle d'eux. Après avec le système des liens à même l'article, tu cliques dessus t'as un son de l'artiste ... a priori, un mec que t'aimes pas, tu fais pas sa pub. Même quand on fait des montages vidéos, avec le système de repérage de Youtube, ça te met directement le lien pour acheter le son original sur Itunes. Mais le fait que par exemple, des mecs concernés aient lu le truc, certains l'ont relayé, commenté, quand on les a vus en vrai, ils étaient super curieux.

Teobaldo : Y'a Zekwe Ramos qui nous disait "c'est comme si vous aviez été là". Joe Lucazz aussi. Certains croient carrément qu'on a des taupes dans les studios.

Spleenter : Sur "So Parano", Joe et Cross pensaient même que c'était leur ingé-son qui avait écrit l'article.

Teobaldo : En vrai, quand tu vois Booba par exemple, tu l'écoutes depuis 10 piges, tu le vois régulièrement en interview ... tu les cernes les mecs ! Tu comprends ce qu'ils diraient ouvertement, ce qu'ils ont toujours insinué sans jamais le dire. T'as une vague idée du gars. Le mec peut même plus te mentir.

Spleenter : C'est le système de la caricature. Dès qu'un truc dépasse, tu l'amplifies à mort et c'est partit. Le bar des rappeuses, à la base, je me suis dit "obligé, c'est Diams qui va prendre", mais au final c'est Keny Arkana qui a mangé ! Mais c'était pas voulu ! C'est en écrivant, tu te laisses délirer tout seul.

Comment se déroule l'écriture à deux ?

Spleenter : Un exemple, pour Radio Biture, Teo a fait tout le squelette de l'article, tout l'enchainement. J'ai rajouté des gags de merde, des personnages secondaires.

Teobaldo : On sait même pas si c'est Bayes qui a sorti le truc. On s'est juste dit "c'est lui le méchant, il est méchant, ça s'arrête là".

Spleenter : Ce qui est marrant, c'est que parfois on dérive de la réalité, et parfois juste de l'image qu'a le mec pour le public rap, et là c'est vraiment rigolo (ndlr : relis cette phrase huit fois si tu veux la comprendre). Par exemple, le dernier sur Youssoupha, avec ces mecs qui se revendiquent un peu rap conscient, vrai rap, vrai hip-hop. C'est l'autoroute pour nous ! Tu mets Kery, Akh, Oxmo, tu leur fais dire des horreurs, ça roule tout seul.

Teobaldo : Akhenaton c'est encore pire, parce qu'il est vraiment dans son délire sacré. Le mec est tellement un puriste que t'imagines que pour lui, le rap est vraiment la musique des fils d'esclaves qui ont souffert ... mais alors ils ont tous souffert à New-York ! Ailleurs ils ont pas souffert, c'est ça qui est merveilleux. Et c'est vraiment, dès que ton morceau c'est pas un sample de soul, ou que t'as juste deux notes en boucle, c'est comme si tu crachais à la gueule de tous les ancêtres qui sont morts sur les bateaux négriers ... Ferme ta gueule ! C'est du rap, c'est de la musique, faut se détendre à un moment donné ! C'est pas sacré. Un mec qui va te parler d'islam en mode sacré, c'est normal, c'est une religion. Mais y'en a qui vont te parler de rap en te balançant des dogmes, il faut faire comme ça, il faut pas faire ça ... mais pourquoi, tu vas en enfer sinon ? Qu'est ce qu'il se passe, est-ce que c'est grave ? Ça fait du mal à qui ?

Spleenter : ... profite jamais ! Ça fait du mal à qui profite jamais !

Clap de fin sur ce fabuleux jeu de mot.

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