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Les Kaira

Pas d'intro.

Pour le fan de la web-série "Kaira Shopping" que je suis, aller voir un long-métrage adapté de ces courtes séquences fait naitre une véritable appréhension : celle de voir ses héros décevoir, se perdre dans un format qui n'est pas le leur. Vous connaitrez cette sensation quand "Bref" sera adapté au cinéma. Première réussite de cette adaptation : les trois protagonistes ont chacun une importance équivalente dans le scénario. On n'a pas un personnage principal et deux secondaires, mais bien trois personnages principaux. La frustration de subir une sous-exploitation de l'un d'eux est donc absente. Fil conducteur du film : la recherche permanente et ininterrompue, par nos trois compères, de plans-cul. Les idées les plus salaces sont explorées, et on les félicite de ne pas s'être fixé de limites.

Deuxième grosse réussite : l'utilisation extrêmement judicieuse des guests. Là où le cinéma frinçais se contente habituellement d'apparitions-clins d'oeil, elles apportent ici un véritable plus scénaristique. Le concert privé de la Mafia K1fry par exemple, restera longtemps dans les mémoires des fans de rap français : grosse, très grosse saveur. La présence des stars du X, Katsuni et Rocco Siffredi se justifie d'elle-même (scénario tourné vers le cul et le porno + vénération de Momo envers l'actrice). Tous les autres guests ont une importance suffisante pour constituer des points de repère dans le déroulement de l'histoire (François Damiens, Elie Semoun), et de chacune de leurs apparitions découle une situation comique intelligemment intégrée au scénario. Chaque personnage secondaire est parfaitement exploité dans sa comicité, de la nympho campagnarde tout droit sortit du pire épisode de Strip-Tease, à la rappeuse-caillera sosie officielle de Casey.

Le film joue en plus sur son côté « communautaire » sans pour autant imposer de clivage. Ici, tout le monde est le bienvenu, à l’image de cette cité « multicolore » où cohabitent les musulmans pratiquants, les nains, les noirs, les mythos. Un monde bien loin des stéréotypes véhiculés par certains humoristes des années 80 qui singeaient leurs communautés pour le plaisir de faire rire le français moyen derrière son poste. Depuis l’avènement de la « génération Jamel » et de son Comedy Club, toutes les communautés sont invitées à rire de leurs travers respectifs au lieu de servir de faire-valoir. Les Kaïra sont légitimement les héritiers de cette culture et forcent le trait sur certains comportements – la drague, l’entrée en boîte, les menaces verbales qui ne passent jamais aux actes.

Au-delà du rire communautaire se cachent quelques messages à l’encontre des clichés touchant les jeunes. Les noirs qui baisent forcément en groupe des femmes mariées (clin d’œil à la Brigitte, femme de flic), les arabes qui cachent forcément de la drogue dans leurs poches, les nains qu’on appelle forcément passe-partout. Le film parvient à faire passer ce genre de messages sous une forme très légère.

D’une manière générale, le film pointe surtout le fantasme du monde « extérieur » à la banlieue où tout est censé être plus beau. Les boîtes forcément installées dans des villas des beaux quartiers avec des peoples et des femmes superbes, les soirées partouzes où il faut forcément avoir une bite de malade pour entreret où les filles sont forcément toutes bonnes, les flics qui sortent un Magnum .357 quand bien même en réalité la police municipale n’a pas d’armes à feu.

On traite ici des fantasmes, avec les femmes, avec le succès, avec la société en général.

L'aspect prévisible de la trame générale (happy end, histoires d'amour, réussite "professionnelle" de Momo ...) n'est que secondaire, tant l'importance de celle-ci est moindre. Ce qui compte ici, ce sont les gags. Et ceux-ci s'enchainent avec folie, bien servis par le talent des acteurs pour la comédie, Medi Sadoun en premier lieu, et par le ridicule et la lose totale des trois cailleras de Melun. La présence de Ramzy Bédia en faux-caïd parodique est très justement dosée : il apparait assez pour ne pas figurer comme un simple guest, mais laisse la vedette à Moustene, Momo et Abdelkrim. Ce sont bien eux les têtes d'affiche, et ils ne laissent à personne l'occasion de crever leur écran.

Ces trois lascars se rendent attachants à travers leurs galères. Le premier album d'Orelsan, "Perdu d'avance", collerait d'ailleurs plutôt bien à la vie de ces banlieusards du 77 : le thème de la lose est généralisé, pour ces personnages sans meufs, sans thunes, squattant à trois un appartement sans lit, affichant une dégaine aussi improbable qu’inappropriée à tout type de drague, et enchainant les plans-galère et les recalages de tous types.

Pas de conclusion.

Co-écrit par Fruits et Légumes Nazis et Calvin Brennan



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