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Troll Hunter

Un groupe d'étudiants cherche à faire un documentaire sur le braconnage d'ours. Pour cela, ils suivent un supposé braconneur, Hans, à travers la forêt. Ils vont vite se rendre compte que Hans ne poursuit pas des ours, mais des trolls. Chronique d'une boucherie norvégienne.

 

Un lundi soir comme un autre. Une envie de regarder un film, un tour sur Canal + à la demande, un titre qui attire la curiosité : "Troll Hunter". Une lecture rapide du synopsis anime mon intérêt (même si une légère déception se lit sur mon visage en comprenant que ce sont des trolls-tout-court, et pas des trolls-nazis). Je me lance définitivement lorsque se dévoile la nationalité du film : norvégien. Un sacré gage de qualité.

Troll Hunter est un found-footage, autrement dit, il est filmé à la première personne, présenté comme un documentaire authentique, fait d'images retrouvées sur une cassette, à la manière d'un Blair Witch. Ce genre, initié par Cannibal Holocaust, permet d'ajouter une dose de réalisme à la réalisation. Il offre au téléspectateur une immersion complète dans l'histoire, donnant quasiment l'impression d'y prendre part, dans le rôle du cameraman. Si cette utilisation est parfois simplement un prétexte se justifiant par un manque de moyens ou d'idées, c'est ici une franche réussite : le même film, tourné de manière classique, aurait très certainement un impact bien moindre. André Øvredal, le réalisateur, s'est dit avoir été très inspiré par le style et l'humour noir de C'est arrivé près de chez vous. Déjà le mec a les références qu'il faut.

Ce genre de truc un peu balo

Cet aspect de réalisme est amplifié par le choix étonnant du réalisateur, André Øvredal, de laisser aux acteurs une très grande part d'improvisation : aucune répétition avant les prises, simplement quelques indications sur les motivations de chaque personnage, sur le sens de la scène, sur son dénouement. Les réactions filmées sont alors parfaitement naturelles. De nombreux passages du scénario ont également été chamboulés au dernier moment, du fait du passage de l'équipe du film dans certains décors et paysages norvégiens, que Øvredal se décida, à chaque fois au dernier moment, d'intégrer au film.

Quid du scénario ? Comme cela a été dit en introduction, Troll Hunter suit les aventures de trois étudiants en cinéma qui tournent un reportage sur un mystérieux garde-chasse. Première très bonne surprise : contrairement à un film comme Paranormal Activity, où il faut attendre 1h27 de calme plat pour enfin voir quelque chose d'un tant soit peu intéressant, l'action démarre très vite. Le premier troll débarque au bout d'une dizaine de minutes, et tout l’intérêt du film se dévoile alors : rien n'est suggéré, tout est montré. Ces monstrueux géants sont filmés sous tous les angles, pendant de longues séquences, de près comme de loin. Ils sont nombreux, et tous différents (de nombreuses sous-espèces de trolls existent). Et, seconde bonne surprise, ils sont franchement très réussis. Alors que l'on est très loin d'une grosse production hollywoodienne, les effets spéciaux sont absolument excellents. Et même presque meilleure, car jamais dans la surenchère. Efficaces de ouf ces norvégiens.

Le Clint Eastwood norvégien : moins classe, mais plus barbu.

Et ce n'est pas fini. A ces deux bonnes surprises, vient s'ajouter un troisième élément, qui fait passer Troll Hunter du statut de bon film sympatoche à véritable coup de cœur : l'existence des trolls est justifiée tout au long du film par de nombreuses explications scientifiques. On apprend tout de leur nature, de leur mode de vie, de leur métabolisme, de leur période de gestation, des réactions chimiques qui les transforme en pierre lorsqu'ils sont exposés au soleil, de leur goût marqué pour les vieux pneus de voiture, qu'ils aiment mâcher comme des chewing-gums ... Des arguments extrêmement bien trouvés, qui ajoutent encore une fois une dose de réalisme énorme : là où les scénaristes se contentent bien souvent de développements basiques sur l'origine, soit surnaturelle, soit issue de manipulations génétiques, des monstres en tous genres, on a ici une véritable base qui justifie aussi bien leur existence que le manque d'information du grand public à leur sujet. Cerise sur la gâteau : la conclusion épique, avec de vraies images du premier ministre norvégien, reconnaissant publiquement l'existence des trolls (contexte détourné bien entendu, puisque qu'il faisait en fait allusion à un gisement de gaz et de pétrole nommé "Gisement Trol").

Troll Hunter est donc une réussite à tous les points de vue. Scénario, rythme, effets spéciaux, personnages (mention spéciale à Hans, chasseur dur et solitaire inspiré par Clint Eastwood). Ce genre de film pousse une fois de plus à s'affranchir des standards hollywoodiens et du sacro-saint cinéma américain. Le cinéma nordique est une véritable mine d'or, et il fourmille d'idées aussi rafraichissantes que qu'excellentes. A voir absolument.

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