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Homeland, l'ennemi intime

Dans une Amérique post-11 septembre toujours hantée par le spectre du terrorisme, Homeland vient mettre de l'huile sur le feu. Et si la plus grande attaque terroriste à venir était le fait d'un citoyen américain ?

Alors que l'Amérique a terminé sa traque du Grand Méchant Oussama, un ancien marine qui a participé au raid vient contredire la version officielle dans un livre à paraître. Ce livre est en train de déclencher une vraie tempête médiatique outre atlantique. Cet emballement ne fait que mettre en exergue la folie liée à la chasse aux terroristes à laquelle se livrent les USA depuis maintenant 12 ans. Depuis l'instauration du Patriot Act, les américains ont accepté de céder une partie de leur liberté au bénéfice d'une sécurité accrue. Aussi, depuis tout ce temps, le peuple américain a pointé du doigt le Moyen-Orient comme source officielle de terroristes en puissance, mais pas seulement. Ben Laden est mort, la crainte d'un ennemi de l'intérieur apparaît de plus en plus plausible. On cherche maintenant, dans le peuple américain, qui sera le prochain Lee Harvey Oswald, celui qui, prétendument détourné par l'ennemi, portera l’estocade à la société américaine garante des valeurs de démocratie et de justice. Jusqu'aux pires dérives : le prochain à faire sauter le pays pourrait être un bébé ! Voire un agent de la CIA infiltré ! Il ne semble plus y avoir de limites à la chasse aux sorcières. Joseph McCarthy s'en serait frotté les mains.

Dans ce contexte, Homeland résonne bizarrement comme un reflet de la société américaine paranoïaque, belliqueuse et néanmoins prompte à ériger des statues de héros à ses soldats disparus. La réaction est encore plus frénétique quand le soldat revient du front, tout auréolé de bravoure et de patriotisme. Cependant les apparences peuvent être trompeuses.

Nicholas Brody est un soldat retenu depuis 8 ans par Al Qaida. Son pays ne l'a pas abandonné mais après 8 ans passées dans les geôles islamistes, même sa famille a perdu espoir qu'il revienne un jour. Carrie Mathison est un(e) agent de la CIA qui apprend qu'un soldat américain détenu par Al-Qaida est passé à l'ennemi. Peu de temps après, Nicholas Brody est délivré par un commando. De retour au pays, Brody est bien sûr acclamé en héros, comme les américains savent si bien le faire. Mais Carrie a des doutes : Brody est-il un héros irréprochable ou un terroriste infiltré au sein même du pays qu'il menace ?

A cette question, la série n'apporte volontairement aucune réponse lors de la quasi totalité de la première saison. Mais chaque épisode distille des indices, emmène le spectateur sur des chemins sinueux qui l'amènent à douter tour à tour de Brody et de Mathison. Cette dernière, en outre, s'avère psychologiquement très fragile et encline à une forme de folie qui la fait sombrer au fil du temps, décrédibilisant auprès de ses supérieurs toute tentative de démasquer l'intrus soupçonné. Qui plus est, chaque épisode se termine sur une révélation ou un cliffhanger laissant le spectateur dans un désarroi total, incapable de faire un choix quant à la position à adopter à l'égard de Brody.

A ce titre, il faut saluer l'interprétation de Damian Lewis, déjà aperçu en soldat dans Band Of Brothers. Torturé intérieurement, tour à tour sûr de lui et faible, il instaure un climat de défiance vis à vis du téléspectateur qui, tenté de le croire sur parole, n'y parvient jamais tout à fait. Mention spéciale toutefois à Claire Danes qui puise dans une palette de jeu très large, passant de l'euphorie à la dépression avec un réalisme troublant. C'est par elle que l'intrigue se déroule, elle est le prisme à travers lequel l'enquête nous est dévoilée et sa folie tend à contaminer son point de vue si bien qu'il nous est souvent impossible de prendre pour argent comptant ce qui nous est montré. Et puis j'ai eu un peu de mal à le reconnaître avec sa barbe mais le patron de Carrie est joué par l'excellent Mandy Patinkin (l'ancien boss d'esprits criminels) qui joue à merveille les mentors désabusés.

Homeland a été LA sensation de la rentrée 2011 aux USA et le téléspectateur français aurait tort de passer à côté de cette fiction brillamment écrite et interprétée, fleurtant parfois avec les limites de la cohérence mais toujours intrigante. Même si l'on peut parfois regretter certaines baisses de rythme, Homeland reste une série extrêmement captivante qui à certains égards emprunte à une autre grande série sur le même thème, 24. Qui plus est, dans un pays qui se dit lui-même en guerre, réaliser une fiction si réaliste sur une menace potentielle pour sa sécurité relève aussi bien de la schizophrénie que du génie. A voir absolument.

 

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