artworks-000029575153-toqjmv-original

C2C, on s'est bien fait buzzer

Cette semaine, le groupe « phare » du moment a sorti son premier album « Tetra ». Chronique d'une sodomie musicale sans vaseline.

En janvier 2012 j'ai pris une claque. Musicale. Une vraie. Ce que j'avais entendu était d'une fraîcheur incroyable. Ca s'appelait « Down the road », c'était fait par C2C et sous des airs de musique du sud des USA un peu barrée, ça frappait fort aux oreilles. Un potentiel tubesque incroyable et l'opportunité d'avoir un truc frais qui débarque dans les bacs. C2C ? Inconnu au bataillon. Alors j'ai révisé un peu et découvert que c'était à moitié Hocus Pocus. Des potes m'en avaient parlé, j'ai jamais écouté ce qu'ils avaient fait donc ça me parlait pas. Mais soit, ça avait l'air solide comme base. Et puis il y a eu F.U.Y.A. J'ai pas honte d'affirmer qu'à la 3ème écoute, j'avais envie de pleurer tellement c'était beau. De la musique qui prenait au cœur, mélodieuse et bien faite.

Alors j'ai attendu. Et attendu. Un album. Annoncé pour septembre 2012. Et puis j'ai encore attendu, faisant tourner l'EP en boucle pendant plus de 6 mois. Le 3 septembre est arrivé et « Tetra », le premier album du groupe. Sur de mon coup, j'ai téléchargé légalement (comprendre : j'ai dépensé 9,99 EUR sur iTunes) pour acquérir la galette numérique. J'ai démarré l'écoute en partant au boulot, un matin. Comme « Down the road » me mettait la pêche depuis 6 mois, je me suis dit que je risquais pas grand chose. Faute grave.

Premier track : « The Cell ». Ambiance un peu dark, une guitare électrique en fond, de la grosse caisse, de jolies voix, des scratchs mais rien de fou. Une petite flûte de pan qui tombe là comme un cheveux sur la soupe mais soit. C'est qu'une intro. Deuxième morceau, « Down the road », je passe, déjà connu. Track 3 : « King's season ». Je me demande si c'est une blague. Ca sonne pop à mort, beaucoup trop, j'y retrouve pas la force mélodique des morceaux que je connais déjà et pour un groupe de turntablists, j'entends pas beaucoup de scratchs. Je sais pas comme quoi ça sonne mais ça sonne … bizarre. Je m'attendais pas à ça. Je saute jusqu'à la 5ème piste. J'ai l'impression d'écouter le deuxième album de Justice. C'est dire. Ca sonne toujours très pop, mais très brouillon, avec un côté un peu rock. Trop différent. Pas à sa place. Pompon sur la cerise : le passage Gospel sur « Happy ». Je suis largué. Je connais pas Jay-Jay Johanson et je m'en care le cul. Il est aussi utile qu'une bouteille de Vittel dans un incendie de forêt estival. « The Beat », sous ses derrières de production sympa, ne recèle aucune surprise. Aucun passage accrocheur, juste 3 '31 qu'on survole. Je survole tout d'ailleurs sur cet album fort dispensable, et je retombe sur F.U.Y.A, qui me met toujours autant de frissons.

Je n'ai aucune connaissance au niveau musical. Je ne sais pas lire une partition, je ne sais jouer d'aucun instrument. Mais je sais reconnaître quand un son me touche, provoque une émotion, me parle au plus profond de l'âme. Et là, j'ai n'ai entendu que de lointains murmures, rien qui ait un tant soit peu retenu mon attention. J'ai du mal à comprendre : qu'est ce qui a poussé les gars, auteurs d'un bon EP, à faire CA ? Comment tu passes 2 ans de ta vie sur CA ? Un enchainement de faces B un peu bizarres, trop pop et trop éloignées de ce que t'as présenté précédemment ? Dans le genre, ça me renvoie à l'album de SoulClap, duo américain de deep house qui a sorti cette année un album tellement différent de ce que je connaissais d'eux que j'ai cru à un fake. Raté.

Alors je m'interroge. Les mecs ont quand même des titres DMC (compétition de Djs), un parcours dans des formations précédentes vraisemblablement de bonne facture. Pourquoi sont-ils venus se perdre dans une pop insipide, aussi inutile que celle de Tekilatex ? La question me taraude depuis une semaine. Et puis je réalise : je me suis bien fait buzzer. Deux bonnes chansons, une attente trop longue, un passage au Grand Journal (ça aurait dû m'alerter …) et voilà que C2C, avant même d'avoir sorti le moindre album, est devenu LA découverte de l'année. C'est donc ça la musique en 2012 ? La renommée avant la démonstration ? J'ai l'impression d'avoir dîné dans un resto où on m'a servi une entrée délicieuse et quand le plat était arrivé, c'était une assiette de charchuterie.

Les mecs se sont sûrement bien démerdés dans leur promo, la preuve tout le monde parlait d'eux. Et je trouve qu'ils sont d'excellent turntablistes. Mais le résultat est si décevant. Aussi raté comme développement que le changement de style de Birdy Nam Nam à qui on aime comparer les gars de C2C. En préparant cet article j'ai parcouru le net. Du suçage de bite à en faire pâlir une actrice porno. « La révélation ». « Découverte de l'année ». « Le groupe à suivre ». Tout ça sur deux morceaux. Et au final, une galette quelconque, le sentiment d'un objet un peu bâclé pour combler entre deux tracks accrocheurs histoire de répondre à l'attente de gens déjà fans avant même d'avoir vu ce que le groupe allait produire. Niquez bien vos mères, je ne me laisserai plus jamais avoir par vos artistes « découverte de l'année ». Mangez vos Lana Del Rey nouvelle version. J'en veux pas. Et chaque artiste émergent devrait craindre le mot « buzz », nouvelle étiquette pourrie à coller sur le dos du premier venu, version remasterisée du désormais ringard « vu à la TV ». Je garderai « Down the road » et « F.U.Y.A » bien près de moi pendant longtemps. Le reste est déjà parti à la corbeille.

 

4 thoughts on “C2C, on s'est bien fait buzzer

  1. pas mal l'article j'attendais beaucoup de C2C perso j'aime bien l'album mais c'est différent de l'EP... c'est vrai que maintenant on nous fait beaucoup de buzz sur du vent 2 morceau puis c'est tout.... j'ai la même crainte pour l'album de Breakbot..

    Par contre t'es dur y a un troisième morceau interessant : Arcades.

    1. Tu as raison, j'ai zappé Arcades mais il était sur l'EP il me semble. Si c'est bien le cas, ça rejoint ce que je disais : un EP et un album complètement différents.

  2. Je perd espoir quand à un renouveau musical.
    La dernière claque ça a été la découverte Ed Banger ( période la boule noir en 2006)

    Depuis rien ou presque

  3. excellente analyses du banditisme sonore souvent mis en oeuvre par ces grande radio(de merde ,skyrock ,fun et autre vitrine pour mouton dans le vent)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *