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Salif : une carrière en 10 sorties

Plus de quinze ans après sa première apparition sur disque, la carrière de Salif, faite de hauts, de bas, de fulgurances et de silences, semble, sinon terminée, au moins mise entre parenthèses. L'occasion de revenir sur la discographie du bonhomme, à travers les dix sorties majeures qui ont fait de lui un véritable pilier du rap made in France.

 

Tous ensemble Chacun pour soi (2001)

Après un parcours initiatique auprès de la meilleure école rap français, le Beat de Boul, et de nombreuses apparitions sur mixtapes, compils, et albums de ses compères, Salif signe chez For My People, qui lui permet de sortir son premier album solo. Alcoolisé et passant donc par tous les états, du mélancolique au blasé, de l'énervé à l'amusé, Salif signe une première galette singulière, restée dans les mémoires, et certifiée classique.

L'Asphaltape (2004)

Objet pas réellement identifié, entre album, street-album et street-tape, l'Asphaltape est un condensé de son rue, énergique et orienté technique, parfaitement partagé entre Salif et Exs, à tel point qu'on aurait presque tendance à les confondre. Salif passe d'ailleurs ici derrière les manettes et signe quatre productions de qualité. L'ensemble, homogène et puissant, figurera parmi les meilleurs ventes en autoprod de l'année, asseyant définitivement Nysay dans le paysage rapologique français.

Au pied du mur (2006)

Double-CD incluant 'lAsphaltape, Au pied du mur hausse le niveau d'un cran. Salif s'affirme ici complètement et pousse son compère Exs vers le haut, livrant une bonne dizaine de pistes de très très haut niveau, complétées par quelques featurings judicieux (Issaka, Mac Kregor, et même Sinik, auteur d'une très bonne prestation). L'enchainement des quatre premières pistes (C'est Dar - Avec Le Temps - Brabus - Pourquoi) enterre à lui seul la discographie de 95% des groupes de rap français.

Boulogne boy (2007)

Un "album avant l'album" qui place la barre si haut qu'il aurait fallu envoyer derrière le meilleur album de l'histoire. Entre prises de risque sur ambiances US (Rue et argent sale, Boulogne Boy), sons mélancoliques (Enfance gâchée, Spéciale Dédicace), et passages énervés plus racailleux que gangsta (Remballe, 92FM), Salif évolue haut, trop haut peut-être, puisque l'album qui suivra (tardivement) ne viendra pas confirmer les énormes promesses de ce préambule.

Prolongations (2008)

L'opus le plus noir, le plus street, mais aussi le plus plébiscité par le public. Censé servir de transition entre "l'album avant l'album", Boulogne Boy, et le véritable album, Curriculum Vital, Prolongations, projet long (37 pistes pour 2h12 au total), porte toute la lourdeur d'un Salif cynique et désabusé, baignant dans l'ambiance crue d'une existence entre ghetto, bédo et yoyo. Entre inédits et compilation des différentes apparitions de feu-Fon, Prolongations fait l'effet d'une décharge de kalashnikov, longue et meurtrière. A ranger parmi les classiques, pour ce qui restera pour beaucoup le meilleur projet solo de Salif.

Si si la famille (2008)

Le Salif entendu sur Si Si la famille est peut-être bien le meilleur qu'il ait été donné au public d'entendre. Donnant l'impression de marcher sur l'eau, il évolue à des années-lumière de son collègue Exs. Faisant preuve d'une maitrise impressionnante au micro, il vole de beat en basse, entre flow génial et coups de génie lyricaux. Tour à tour sombre et blasé, puis drôle et puissant, il prouve à nouveau qu'il compte parmi les meilleurs MC français, capable de dominer comme personne une ambiance musicale, et d’assommer un auditeur à coups d'envolées punchlinesques .

Curriculum vital (2009)

Comptant parmi les albums de rap français les plus attendus au moment de sa sortie, Curriculum Vital (qui s'est longtemps appelé La fleur au fusil) reçoit un accueil plutôt mitigé, de la part d'un public qui attendait le Salif de Prolongations ou de Sisi la famille : dur, street et dark. On retrouve au contraire un Salif tantôt léger, tantôt mélancolique, et malgré quelques tabassages en bonne et due forme (Blow, Cash Converterz, Monte au charbon), on peine à valider totalement ce projet.

Qui m'aime me suive (2010)

Dernier projet en date d'un MC incompris, Qui m'aime me suive est une expérience musicale. Salif savait certainement qu'il fonçait droit dans le mur avec ce "projet" indéfini (album ? "projet" ? après-album ?). Il a pris des risques, quitte à se mettre à dos une bonne partie de son public, quitte à voir ses ventes s'effondrer. Il a juste fait du son comme il avait envie de le faire sur le moment, en intégrant les sonorités rock (OD, l'homme libre) ou electro (j'aime pas les clubs) qu'il avait envie d'entendre, en restant fidèle à lui-même. Et, qu'on ait aimé le concept ou pas, on ne peut pas ne pas respecter la démarche. Salif termine en homme libre, et c'est ce qu'il faudra retenir de lui.

 La fleur au fusil (?)

Salif a-t-il tiré un trait sur sa carrière de rappeur ? Difficile d'avoir des informations sur le sujet. Il aurait, parait-il rendu son contrat à sa maison de disque. On a essayé de le contacter pour lui poser quelques questions, à lui ou à sa maison de disque, aucun retour. Sa page wikipedia continue d'annoncer un hypothétique La fleur au fusil pour 2012. On n'y croit pas du tout (surtout pour 2012), mais on garde tout de même un petit espoir. Salif est le genre de mec capable de disparaitre pendant 5 ans, puis de revenir sans prevenir avec un son légendaire, type Caillera a la muerte. Alors, Salif Fofana, si tu nous lis, sache que tes coups de batte manquent à ce microcosme rapologique français. Et que pour te voir revenir, on est prêt à sacrifier le(s) rappeur(s) de ton choix. Surtout s'il(s) s'appelle(nt) Nekfeu, Youssoupha, ou Disiz.

 

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