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Zifou : le cri d’une (nouvelle) Génération

Le premier album de Zifou, "Zifou2dingue", est disponible depuis lundi. Le courageux Mido Ban s'est aventuré à l'écouter, et nous livre ses impressions, pour sa première publication sur Captcha.

 

 

Si nous pouvons dresser un constat du Rap Français depuis des années , nous risquons de souligner un manque de fraîcheur au niveau des têtes d’affiches.

Les rappeurs qui vendent se divisent ainsi en deux groupes :

 

1. les rappeurs qui sont installés depuis très (trop) longtemps: Rohff, Booba, Rim-K etc...

2. les rappeurs qui explosent après plusieurs projets : Sexion d’assaut, La fouine, Youssoupha...

 

Zifou débarque donc dans ce climat avec un premier album signé en major et une semaine à Planète Rap, et tout cela à 20 ans. Nous pourrions nous extasier face à un vent de fraîcheur comme l’apporte actuellement Asap Rocky , ou bien Lil Wayne en son temps, seulement il s’agit de rap français, et sera forcément considéré comme mauvais ...

 

A l'écoute de l’album, soyons clair, Zifou est le fruit de son époque, ni plus ni moins, un jeune de 1992 qui a sûrement découvert et suivi le rap à travers Skyrock. Il joue donc avec ses références à lui pour y apporter son style : un flow qui cherche à se rapprocher de La Fouine ,avec les thèmes de la Sexion (le mélange idéal pour être disque d’or? pas sûr).

 

L’album est un condensé de thèmes déjà vus 100 fois dans le rap : égotrips, hymne à la feignantise, les galères en boite de nuit, la chanson-dédicace à un membre de la famille (ici la sœur), la promesse d’être toujours fidèle à la famille et aux potes,et même ... le morceau AUTOBIOGRAPHIQUE, qui restera sûrement le moment le plus ridicule du CD. Zifou nous dépeint sa vie à 10, 15 et 20 ans ... Une vie bien évidemment très peu mouvementée où on apprend qu’il a tout misé sur le foot et le rap (vive le cliché). Nous sommes évidemment très loin d’un classique du genre comme le 28 Décembre 1977 de Kery James ...

 

A travers son album, nous trouvons le portrait-robot du rappeur recherché par les radios et les majors : un type banal, pas trop exigeant au niveau des prods, et qui envoie des ondes positives (rap bisounours). Le nouveau motif de fierté de cette génération devient le nombre de vues sur Youtube. Fini le temps où on demandait à la Sacem qui était le boss. Zifou est le petit élève modèle du rap formaté, tous les thèmes cités plus haut sont parcourus sans conviction ni saveur. Ce manque de conviction est d’autant plus flagrant à l’écoute de plusieurs rimes faisant référence à une vie difficile marquée par des échecs (voir bonus plus bas) ... Il est difficile de concevoir qu’un gamin comme Zifou ait déja vécu le pire à son age. D’autant plus que l’album nous dépeint un jeune de cité ordinaire, ne faisant pas de vague et ayant suivi une scolarité classique jusqu’au bac. Rien de bien consistant, n'y cherchez aucune référence à un passé délinquant ou à un vécu difficile (et nous l’en remercions).

 

Le problème majeur de cet album et qu’il est ne régénère pas du tout le rap et l’installe dans une médiocrité en se contentant de banaliser un profil de jeune de cité très réducteur :

-      Le foot comme issue de secours.

-   Le grand frère "sur-protecteur" (la chanson « Ma sœur » donne du blé à moudre pour ni-pute ni-soumise).

-      Le gros flemmard qui assume son échec scolaire et semble s’en amuser.

-      Des rares moments de victimisation malvenus dans un album au ton léger.

 

Finalement, les majors et les radios qui cherchent à séduire un public jeune échouent lamentablement en se focalisant uniquement sur du superficiel. Pourtant, les exemples ne manquent pas : il existe des rappeurs qui ont le mérite d’avoir un univers propre à eux, et qui mériteraient surement plus de médiatisation. Lil thug, à 14 piges, faisait des titres beaucoup plus aboutis avec un univers plus frais. Dogg Soso aurait pu également entrer dans cette mouvance avec son univers particulier (freestyle, sketch et clip à la portée de n’importe quel DA curieux). Comme souvent dans le rap français, il y aurait pu y avoir quelque chose de frais et neuf, mais on préfère tirer les vieilles ficelles avec une nouvelle tête qui risque d’en saouler plus d’un …

 

Bonus Track (à la con):

Le seul moment savoureux de l’album sera la juxtaposition des chansons «20 euros» et «Dans mon verre». Dans le premier, Zifou nous dépeint la galère en boîte lorsqu’on a que 20 euros en poche ... Dans le deuxième, notre héros de fortune nous décrit sa cuite en boite (j’arrive plus à marcher, je termine à genoux, mets du sky dans mon verre). Si on applique un tarif moyen en boîte de nuit parisienne à 8 euros le verre, Zifou arrive à être complètement défoncé avec 2 verres de sky. Pas sûr qu’il déambule sur scène avec une bouteille de Jack à la main prochainement.

 

Bonus Track :

Ici un Worst Of de ses "punchlines" pour se faire une idée du niveau (abyssal) d’écriture :

 

«On a tellement la dalle qu’on galoche des meufs à la can» -  C’est la hass (feat la Fouine)

Ça ne veut absolument rien dire. A la limite galocher des meufs pendant le ramadan ok ... (en prononçant ram’dane pour garder la rime)

 

«J’en ai marre de voler des vélo sans selles» - Réveil

Homo !!!!!

 

« Posé dans ma chambre je squatte l’ADSL » - Réveil

Donc là on est toujours pas passé à la fibre optique … on confirme, c’est un rappeur du 77.

 

« Je suis maudit comme Kennedy » - Zifou de Dingue

Il essaye de faire une référence à la famille américaine, mais une réponse clash de Kennedy pourrait être fun (et le relancer)

 

«Je veux pas d’un CDI parce que dans ma vie j’ai le premier rôle» - On donne ça feat Léa Castel

Comme la première rime de la liste, ça n'a aucun sens

 

« J’ai survécu au pire, seul mes proches pourront me soigner » - Grandir

A part vivre dans le 77, c’est quoi le pire qu’il puisse avoir connu ?

 

« On a vécu le pire sans même savoir » - J’ouvre mes yeux

Bon quelqu’un peu me dire ce qu’il y a vraiment de dur dans le 77 ?

 

« J’ai pas trouvé ma futur femme je m’en fou j’ai ma reine » - J’ouvre mes yeux

Donc là c’est une référence à sa mère … Ça peut être un hommage mais tourné comme ça c’est presque de l’inceste.

 

« Si je te croise devant la chicha, tes poumons je les fais cracher » - Ma Sœur

J’attends le clip avec impatience, pour voir le SCANDALE A LA CHICHA. Mise à part ça, c’est la menace la plus drôle de l’histoire du Rap Game (Doc Gyneco à OUI FM ne compte pas).

 

« Même quand je mens c’est vrai, appelle moi Tony » - C’est ma vie

Un album rap formaté sans référence à Scarface, c’est forcément un album raté

+ une imitation aussi foireuse que gênante de Michel Telo dans  « Je reste Cool » qui mérite sa place dans le Worst Of.

 



  • 6 thoughts on “Zifou : le cri d’une (nouvelle) Génération

    1. Après ce que je viens de lire, moi j'ai envie d'écouter et de rire aussi!
      J'ajoute juste une chose la blague commence à son blaze?!
      Franchement dès la 1ère écoute, y'a rien d'authentique!

      Ceci dit super article!

    2. Pour la premiere phase je me demande si il ne fait pas une référence au régime dukan ? Peut être qu'il pensait que ça s'écrivait en deux mots "du can" donc "à la can" ? De "dalle" il a peut être fait un rapprochement mongol avec le régime lol Sinon je ne vois pas c'est l'énigme du sphynx pour moi

      1. Je répond 30 ans aprés c'est ma spécialité mais une pote à moi (fan de skyrock) m'a donné une nouvelle piste : "on a tellement la dalle qu'on se galloche à la cam" l'enquête suit son cours

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