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Flynt - Itinéraire Bis

Cinq ans après le classicime "J'éclaire ma ville", Flynt revient avec un second album, "Itinéraire Bis". L'énorme attente générée par le succès critique du premier opus n'a pas freiné les envolées lyriques du MC parisien.

«Chi va piano va sano, e chi va sano va lontano». Voila qui pourrait être la devise de Flynt, 35 ans, et donc désormais, deux albums au compteur. Le rappeur du 18 est un véritable artisan : comme il le racontait déjà sur Les moyens du bord, il agit sans attaché de presse, sans tourneur, sans plan de carrière et sans manageur. Il raconte d'ailleurs allégrement, à travers ses différentes interviews, les rencontres fortuites avec son webmaster, ou le photographe de sa pochette d'album. Un système de la débrouille qui génère évidemment inconvénients, complications et charge de travail multipliée par quinze, mais qui présente un énorme avantage : une liberté artistique totale.

Itinéraire Bis est donc le produit de la galère d'un rappeur qui a choisi d'éviter les raccourcis et le circuit classique, et d'escalader des montagnes en indé. Un thème récurrent tout au long de l'album : La balade des indépendants, Itinéraire Bis, Toujours Authentique, En froid, ou encore Les Clichés Ont La Peau Dure traitent tous d'une façon ou d'une autre de cet état de fait : l'autoproduction est une galère dans laquelle il semble aussi plaisant que difficile de s'embarquer. Si les thèmes se ressemblent, on ne tourne pas en rond pour autant. Alors que la revendication de l'authenticité sonne bien trop souvent comme de la complaisance pompeuse et nombriliste, elle s'accompagne ici d'une démarche sincère et renforcée par la simplicité qui se dégage du personnage de Flynt.

En effet, l'écoute du disque dégage l'étonnant sentiment de ne pas écouter un rappeur. Flynt, c'est ton pote, ton cousin ou ton beau-frère, le mec tranquille et simple que tout le monde, dans ton entourage comme au taff, apprécie. Il prend son micro, il te raconte son quotidien. Par cet aspect, Itinéraire Bis se rapproche de J'éclaire ma ville : il y a cinq ans, c'était relation amoureuse et recherche de taff, aujourd'hui c'est joies de la paternité et souvenirs du terrain de foot. Le rappeur, né à Colombes, sait aussi prendre quelques risques et s'aventurer sur des pistes différentes : par exemple en prenant tout le monde à contre-pied en invitant Orelsan sur Mon pote, ou encore en libérant son côté obscure sur J'en ai marre et Quand tu s'ras mort. Les autres invités ? Calamity Jeanne sur un refrain chanté déstabilisant au premier abord mais qui se révèle efficace une fois la surprise passée, Nasme et Dino sur un hymne à l'indépendance qui frôle l'excellence, Tiwony pour une touche ragga dont on se serait bien passé. Tairo est crédité sur J'en ai marre de voir ta gueule, mais difficile d'appeler ça un feat : on ne l'entend que très succinctement, et son apparition n'apporte rien de particulier au morceau.

Malgré le renouvellement (volontaire ou non) de la majorité de l'équipe de beatmakers ayant travaillé sur J'éclaire ma ville, l'ambiance musicale reste sensiblement la même. Soulchildren (Nicko, Xpert et Xcell) assure la continuité, Nodey, Just Music ou Fays Winner viennent apporter leur touche. Haut la main, Quand tu s'ras mort et Le dernier seize tiennent le haut du pavé, mais l'ensemble est un léger cran en-dessous de prods comme celles de Rien ne nous appartient ou Tourner la page.

La question qui se pose, une fois la galette écoutée et ré-écoutée : Itinéraire Bis atteindra-t-il la dimension classique et quasi-mythique de J'éclaire ma ville ? L'effet de baffe dans la gueule du premier opus n'a pas lieu, mais il est difficile de trancher quelques jours seulement après sa sortie, à une époque où les habitudes d'écoute et de consommation ont changé, et où installer un disque durablement dans les mémoires n'est pas chose aisée. Mon pote pourrait être le morceau porteur qu'a été La gueule de l'emploi il y a cinq ans. Le dernier seize est quand à lui le son le plus à même de trouver une place dans les cœurs des auditeurs de par sa dimension conclusive, la force de ses lyrics, et la qualité de la (les) prod(s).

Peut-être que la clef pour apprécier Itinéraire Bis est simple : arrêter de vouloir comparer absolument cet album à J'éclaire ma ville. Flynt a toujours fait du son en espérant contenter son auditoire, et on ne va pas se mentir, c'est réussi. La qualité est là, au prix d'efforts colossaux, d'années de patience, et d'amour réciproque avec son public. Et s'il faut attendre cinq hivers de plus pour pouvoir écouter une troisième galette aussi bonne que les deux premières, considérons la patience comme une vertu, avec pour récompense, la plume et le gros son d'un rappeur lyriciste de haut vol.

 

 



  • 6 thoughts on “Flynt - Itinéraire Bis

    1. Premier comm ici, j'en profite pour vous dire que vous faites du bon taff !

      Sinon belle chronique, sa change des chroniques balourd de certains sites...

    2. Jolie chronique, ça fait plaiz.
      Par contre là où je ne suis pas d'accord c'est quand tu dis que J'éclaire ma ville est un cran au-dessus... Itinéraire bis m'a beaucoup plus fait kiffer! Et la couleur de l'album me plait beaucoup plus que celle de J'éclaire ma ville, qui à mon goût sens un peu la dépression. Avec Itinéraire bis je bouge la tête et j'ai envie de partager!
      Peace

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