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Butter Bullets - Peplum

Butter Bullets : Sidi Sid le rappeur, personnage hybride et décomplexé, image fugace de Alkpote coincé dans le corps de Nekfeu ; Dela, le beatmaker, homme de l'ombre au génie jaillissant et au talent surdimensionné. Peplum, l'album, sombre éclat aussi morbide que féérique. Chronique.

Butter Bullets, c'est donc un duo. Sidi Sid et Dela, l'un rappeur, l'autre beatmaker. Leur nom circule avec insistance, principalement sur internet, depuis l'année dernière, suite à deux faits d'armes chevaleresques : une apparition sur L’Empereur contre-attaque du ténébreux Alkpote, pour le très réussi "Chiens" (mais aussi 4 productions sur le reste de l'album), et un clip, sulfureux, et censuré par tout hébérgeur vidéo digne de ce nom, "Seul à la maison" (NSFW). Un clip interdit, meilleur moyen de piquer la curiosité de cette frange nauséabonde de la population : les auditeurs de rap français.

Peplum est, disons le tout de suite, un album de très haute volée. Servi par les luxueuses productions de Dela, Sidisid s'éclate à mettre en place son univers si particulier, à mi-chemin entre Mozart et Gilles de la Tourette. Le Bourgeois Gentilhomme de Molière devient ici Bourgeois Racailleux, bien que bourgeois il ne soit pas, si ce n'est par son apparence précieuse limite mijaurée. Principale critique adressée au emcee ? Sa voix. Décontenançante à prime-abord, l'oreille volontaire s'habitue pourtant très vite à ce timbre si particulier, et ce défaut faussement patenté s'efface pour laisser place à une originalité bienvenue dans ce microcosme musical plaintif de son immobilisme, mais finalement si fermé à la nouveauté.

Mettons de côté ce genre de phrase pompeuse, et interessons-nous à l'aspect technique de la galette : disputant allégrement le titre d'album le mieux produit de l'année, grâce au travail impressionnant de Dela, mais aussi aux participations actives de Roro, Droop-E, Young L ou encore Hits alive, les dix-huit pistes se tiraillent entre ambiances lourdes, pesantes, ténébreuses, limite chevaleresques (côté obscure de la chevalerie, type Dark Kight) d'un côté, et envolées légères et fantasques de l'autre (Ralph's Flow, Seul à la maison). Mention spéciale pour l'incroyable reprise du sample de Repose en paix (Booba), dans un morceau bourré de références à l'ourson. Du grand art.

La liste des invités vient rehausser, si besoin en était, l'excellente impression laissée à l'écoute de l'album : Alkpote, Seth Gueko, Joe Lucazz ... la crème de l'Ile de France est réunie pour venir prêter main forte à Sidi Sid. Les références, trop nombreuses pour être citées sans laisser la sensation d'occulter les plus belles, vont de Dragon Ball à Lady D, de la coke de Beigbeder à Macaulay Carson Culkin.

A l'heure d'élire la meilleure galette de l'année, le choix sera cornélien. De Nakk à Kaaris, de Lino à Hype et Sazamizy, sans oublier Flynt et Niro, et en attendant Neochrome ou Booba, 2012 est une année faste. Butter Bullets vient se poser comme une grosse cerise transgénique et alcoolisée sur un gâteau empoisonné et putride.

Que le rap français ne repose jamais.