Argo-INTL-MAIN-QUAD

Argo : la critique

Salué unanimement par la critique, le dernier film de Ben Affleck se pose d'ores et déjà comme un candidat très sérieux aux Oscars. Tout ce fayotage médiatique est-il bien justifié ?



Pour qui n'a pas suivi les bails, retour rapide sur les grandes lignes du scénario :

En 1979, un responsable de la CIA charge un agent de libérer des diplomates américains cachés à l'ambassade du Canada à Téhéran en Iran suite à la prise de l'ambassade américaine à Téhéran (voir Crise iranienne des otages). Cet agent monte de toutes pièces un projet de film et fait passer les diplomates pour une équipe de tournage venue faire des repérages pour un film de science-fiction intitulé Argo. (source : wikipedia)

Premier bon point : il s'agit d'une histoire vraie, méconnue du grand public, car classée secrète pendant deux décennies. Une représentation semble-t-il très fidèle à la réalité, ne serait-ce que par la ressemblance physique entre les comédiens et les véritables acteurs de cet épisode houleux des relations Iran-USA. Notons l'idée, déjà vue mais toujours bonne, d'afficher les photos d'époque pendant le générique de fin, permettant de se rendre compte de ce rapprochement physique assez impressionnant.

Deuxième bon point : Argo est un film original. Pas forcément par sa mise en scène, sa photographie, ni même son casting, mais simplement par l'histoire qu'il raconte. Quel enfoiré de scénariste aurait pu inventer une telle intrigue ? Un agent de la CIA qui décide de créer un faux film, pour pouvoir faire passer des otages pour une équipe de tournage, et ainsi les exfiltrer d'un pays qui veut leur mort ? Ce n'est pas le film d'action politique classique, ni même de l'espionnage balourd, on a bien un scénario original et jamais-vu, insufflant nouveauté et dépaysement cinématographique.

Attention mec grisonnant, ils vont vérifier ton passeport

La grande force, mais aussi la grande faiblesse de Argo, tient dans son rythme : on ne s'ennuie pas une seconde, certes, mais, concrètement, il ne se passe absolument rien. Pour un film de deux heures, c'est un peu juste. Une demi-heure pour une balade au marché, trois-quarts d'heure pour embarquer dans un avion à l'aéroport ... et malgré ça, le rythme ne retombe pas, et on se prend à vivre le suspense d'un simple contrôle de billets. C'est bête et simpliste, mais on apprécie, pour une fois, de ne pas assister à une surenchère d'action irréfléchie.

L'aspect le plus dérangeant du film est certainement sa position presque manichéenne : les gentils américains et canadiens d'un côté, les enfoirés de méchants perses musulmans de l'autre. Une position forte qui s'impose dès la première scène, avec ce drapeau américain brûlé devant une foule en transe. Quasiment aucune critique sur le fait que le Chah déchu, dictateur tortionnaire, ait été accueilli sur le sol américain. Les yankees sont bons par essence, ils laissent même tous les honneurs de l'opération aux canadiens. Grande classe. Les iraniens sont mauvais, assoiffés de sang, anti-américains au possible. Il faudra s'y faire : l'époque où le russe était le grand méchant du cinéma hollywoodien est révolue. Le musulman a pris sa place.

Concernant les décors, très peu de scènes en extérieur (difficile, avec des otages ...), et quelques lieux très redondants : les bureaux de la CIA, les appartements de l'ambassade canadienne. Un mot sur le casting : hormis les susmentionnées ressemblances physiques très réussies, on apprécie grandement de voir l'excellent Bryan Cranston (Breaking Bad, Malcolm). Affleck confirme ses qualités, dans un rôle taillé pour lui. Très à l'aise devant comme derrière la caméra, il s'impose comme un gros bonnet du cinéma. Tout est propre dans ce film, légèrement trop peut-être. Trop bien ficelé, avec un rythme trop équilibré, un rendu trop lisse. En somme, le film idéal pour le jury des oscars.

Bien joué, Ben.



  • 2 thoughts on “Argo : la critique

    1. J'ai vu le film cette semaine je rajouterai un petit truc.

      La fin m'a réellement gonflée, je veux bien que ce soit une histoire vraie incroyable etc etc... mais qu'on me fasse pas croire qu'il y a eu des voitures sur le tarmac pour essayer d'arreter l'avion c'etait too much trop à l'americaine.... et pour moi ça a décridibiliser toute l'intrigue.

      Apres pour le manichéisme ça m'a enormément gonfler aussi même si on saluera la volonté en intro d'expliquer que le Chah était un enfoiré de première mais bon ce ton n'est pas resté en place tout le long ce qui est dommage (la servante de l'ambassade d'Iran aurait pu jouer en role plus actif en ce sens..

    Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *