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DOE B: Bon pied, bon oeil.

"Doe B : quand il ne lorgne pas vers le paquet de biftons que le rap game agite sous son nez tel un pompon à la fête foraine, son unique œil encore valide évalue la distance qu’il a parcouru en une seule année."

 

 

Si mes souvenirs ne me font pas défaut, le premier borgne du rap à avoir fait le buzz a été « the hip hop's greatest story teller » Slick Rick. Qui n'a pas vu un jour Rick faire claquer ses rimes, muni de ce cache-oeil en tout point semblable à une énorme rustine posée à la va-vite sur une chambre à air poreuse, est un inculte..
Slick Rick fut certainement le premier rappeur notoire en prison que tout le monde voulait voir libéré... Tout cela bien avant Tupac et la sainte cohorte de MC's « hors-la-loi » qu'on envoya au ballon au beau milieu des années 90.

De son côté, Doe B vient de Montgomery en Alabama, cet État emblématique du Sud qui a vu naître Donald Pears Jr. AKA Mr Diamond Eye AKA The Last Mr Bigg, autre légendaire MC borgne qui décida de colmater le trou béant provoqué par une balle sodomite avec une prothèse à l'iris en diamant de plusieurs carats. L'histoire raconte que, convaincu de mourir, il demanda aimablement au staff paramédical en train de le secourir de ne pas détériorer son pardessus de vison rouge qu'il portait à cet instant, au moment de l'agression. Mr Bigg restera à tout jamais ce pygmalion pimp que 3-6 Mafia invita un peu piteusement à interpréter une boucle sur « Poppin' My Collar » ..

N'est pas un bellâtre qui veut ! Doe B n'a ni les tatouages, ni les tresses de Wacka. J'imagine qu'il est/sera très difficile pour lui de propulser ses trap songs dans les salons guindés du hood rich. où les nantis ball-trappent la hype sans le moindre discernement les jours chômés. Qu'importe ! A la fois charnu et trainard à souhait, son flow s'accapare le beat, surfe sur la mélopée sudiste, éparpille l'imagerie poussive, la caricature gluante. B tombe à point nommé pour ramener le concept où certains auraient fait mieux de le laisser s'époumoner : le caniveau !
Pour tout dire, les cadavres qui parcourent les chansons de Doe B ne portent pas de costards à paillettes. Ils sont nés lucioles faméliques du slum, ont bouclés prématurément leur périple distordu, la peau sur les os, une bastos dans le buffet, châtiés d'avoir trop dansé avec le diable. Quand il ne lorgne pas vers le paquet de biftons que le rap game agite sous son nez tel un pompon à la fête foraine, son unique œil encore valide évalue la distance qu'il a parcouru en une seule année. A vrai dire, la traversée est impressionnante même si on reste lucide de ce que le destin réserve à ceux qui sont devenus célèbres trop vite et qui ont disparu irréversiblement de la circulation, un peu à la manière d'une lampe qu'on allume et qu'on éteint. Clic ! Clic !

Doe B aime la considération, les bonnes manières, déteste la pacotille, préfère introduire le luxe dans la production. Du coup il s'entoure de certains des meilleurs artificiers actuels (Zaytoven, Bang Brothers, Lex Luger, Shawty Boy, Kartlin Bankz AKA Dem White Boyz) et s'amuse à panacher son rap de références horrorcore, notamment dans le clip de « Scary » tout au long duquel se pavane le très inquiétant étrangleur de rimes, Boston George.

Autre particule de Trap Life (son ultime mixtape), « Let Me Find Out » est l'exemple typique de « solja trap song » tel qu'on le concevait encore au milieu des années 2000, en même temps catchy, sobre et corrosif...  Je ne sais pas pourquoi, « Knuck If You Buck » de Crime Mob me vient tout à coup à l'esprit !

Doe B x DJ Frank White x DJ Scream – Trap Life [mixtape]

par Jean-Pierre Labarthe

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