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Le révisionnisme dans les jeux vidéo

Le succès commercial international de la franchise Call of Duty pose une question : le jeu vidéo peut-il se permettre d'arranger l'Histoire à sa guise ? N'est-il pas dangereux d'en faire un outil de propagande ? Une réflexion de Mido Ban.


Sujet très délicat qu’est le révisionnisme (ndlr : dit-il sur un site qui parle de nazisme dans 78% de ses articles). Petit cours pour les incultes, le révisionnisme consiste à revisiter l’histoire afin d’en nier certains faits. Par exemple, il n’y a jamais eu de colonisation en Afrique, ce n’était que de simples échanges commerciaux. Cela est considéré comme du révisionnisme. Le révisionnisme en soit n’est pas un crime, nous pouvons contester des faits historiques, encore faut-il en apporter une preuve pour valider une thèse. Le révisionnisme est différent du négationnisme qui lui est un crime. Le négationnisme se cantonne à la négation de crimes et de génocides perpétrés dans l’histoire.

 

Un négationniste se cache dans cette image. Sauras-tu le retrouver?

 

Après ce petit cours lexical, nous en arrivons au coeur du problème : le révisionnisme dans le jeu vidéo. Figure toi, ma couillasse, que pas plus tard que la semaine dernière, j’ai répondu à l’appel de la geekerie, en achetant le dernier Call Of Duty.

Alors oui, cet achat peut constituer un acte de trahison envers la rédaction de Captcha, tant cette licence a fait sa renommée à travers le massacre de pauvres petits nazis en pixels. Mais pour ma défense je pourrais simplement dire que la présence d’un mode Zombie franchement réussi m’a poussé à cet achat. Et puis après tout je fais ce que je veux et je vous emmerde.

 

Le mariage pour tous (même pour les nazis)

Revenons en à ce jeu , grand succès commercial, qui est en train de battre tous les records établis. Ce succès fait grincer pas mal de dents chez les coincés du cul et les vieux cons, qui se posent évidemment des questions sur l’influence des jeux sur nos enfants. Et comme ils ont entendu quelque part que Mohamed Merah et Anders Breitvik se sont entraînés sur Call Of, forcément ça fait tourner la machine à conneries.

C’est à mon tour de m’attaquer à ce jeu pour des faits qui m’ont affreusement choqué. Son histoire solo, qui  est évidemment empreinte de manichéisme, comme tous shooters de base : moi américain = gentil ; en face : russes, latinos, arabes = méchants. Moi gentil tuer méchant ; tout le monde content. Là où le bas blesse, c’est lorsque l'on cherche à insérer des faits historiques sur cette trame propagandiste. Pour faire simple, dans le jeu, nous incarnons un soldat américain. Nous devons dans un premier temps traquer un méchant trafiquant d’armes sud-américain, le caricatural Menendez. Nous nous retrouvons donc en Afghanistan dans les années 80, en plein contexte de guerre froide.

Alors premier constat, on s’amusera de voir dans ce niveau des chinois et des américains faire ami-ami, pour aider les moudjahidin contre les méchants russes. Nous apprenons que si notre héros américain parvient à aider cette tribu, il obtiendra en échange des infos sur le méchant trafiquant d’armes ... C’est donc sur un cheval (WTF??!!!) et avec une simple mitraillette que j’ai mis à mal toute l’armée rouge (je suis vraiment fort quand je suis un américain). Quand tout à coup ... j'apprends que ces sales moudjahidin sont en fait super-méchants, et travaillent pour Menendez. Ils me trahissent donc et commencent à me torturer.

Voila pour résumer ce que cette merde infâme m’apprend sur un motif de fierté musulman :

- Les moudjahidin sont des traîtres à la solde de trafiquant d’armes.

- Les gentils américains ont libéré seuls le peuple Afghan contre les méchants russes.

Cela peut paraître léger, mais vu le succès phénoménal du jeu, et le nombre de faits historiques référencés dans celui-ci, on peut parler de révisionnisme. Et cela nous amène à nous interroger sur les méfaits des jeux-vidéos comme outil de propagande. Un média qui est encore assimilé à un public jeune et qui, quoi qu’on en dise, va leur forger une culture inexacte (et pro-américaine). Un peu à l’image du cinéma depuis des décennies. Il n’est pas infamant en soit d’utiliser un contexte historique pour le remixer à sa sauce. Cela peut donner de la matière à un scénario (souvent très faible dans un FPS). Mais lorsqu’on assiste à une manipulation, la moindre des choses est de prévenir le joueur. L’inviter à prendre de la distance avec ce jeu.

Quand on évoque l’histoire dans les jeux vidéo, on pense fatalement à Assassin’s Creed. Le premier de la saga a su évoquer intelligemment une période pourtant sensible de notre histoire, celle des croisades (juifs, chrétiens et musulmans en guerre sur un même territoire, hum). Le jeu prend place dans des lieux réels, avec des vraies batailles (la prise d’Acre), et des personnages ayant existé (Richard Cœur de Lion, Saladdin etc). Cependant l’exagération est tellement grande qu’on peut facilement y déceler de la fiction. De plus, il est précisé à chaque lancement du jeu qu’il s’agit d’une fiction basée sur des faits réels. Un avertissement qui n’existe pas dans Call Of Duty.

Le malaise est quand même bien là et tout compte fait cette licence est plus un outil de propagande pro-américaine qu’autre chose. Les premiers jeux, qui se déroulaient lors la seconde guerre mondiale, auraient dû nous mettre la puce à l’oreille. Réaliser avec succès le débarquement en Normandie avec un seul soldat, et libérer toute l’Europe, après coup, ça sentait l’arnaque …

L'impression globale est celle laissée par les films des années 80, de type Rambo : le mâle bodybuildé qui met à sac tout un pays, a lui tout seul, car il est occidental. Bien que nos consoles de jeux next-generation permettent des expériences très poussées, la création artistique occidentale reste cantonnée aux années 80. Il faudrait quand même que certains studios découvrent que le monde n’est pas si binaire, et qu’on apprenne à nos gosses que tout ce qui est non-occidental n’est pas forcément mauvais.

Et puis au lieu de faire un énième opus avec des faits historiques modifiés pourquoi ne pas passer le concept à l’extrême, et proposer une expérience nouvelle ? La seconde guerre mondiale côté nazi, la guerre du Vietnam côté VietCong. Ou, moins polémique, la guerre d’Afghanistan contre les Russes. Un peu d’audace, les arrangements historiques sont si forts qu’on aura bientôt une frappe nucléaire à Chicago.

Sur ce, je débranche mon cerveau et retourne me faire une session.

Si la guerre d’Afghanistan vous intéresse, je vous recommande cet excellent livre et ce documentaire.

 


One thought on “Le révisionnisme dans les jeux vidéo

  1. j'aime bien vos articles en general surtout quand ca clashe le rap francais, ça c'est des barres. Mais là, insinuer que Faurisson est un negationniste c'est du travaille d'amateur les gars, renseignez vous au lieux de nous rabacher ce que les media veulent nous faire croire. Faurisson n'est pas un enculé de nazi d'extreme droite comme on voudrait nous faire croire..fin bref continuez de parler de peura, moi c'est ça que je kiffe, là au moins vous abordez des sujets que vous maitrisez! peace bande de nazis en carton (de la part d'un juif mexicain)

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