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KENNETH ANGER : Un ange déchu à Babylone.

« Je n'ai jamais pris l’Église de Satan au sérieux,
c'était juste pour se marrer. Se prendre un peu pour le diable. »
Kenneth Anger.

« Je n'ai jamais pris l’Église de Satan au sérieux,
c'était juste pour se marrer. Se prendre un peu pour le diable. »
Kenneth Anger.

Il y a cette histoire incroyable invoquant la fois où Kenneth Anger s’est présenté à l’enterrement de son ami et réalisateur Curtis Harrington au Hollywood Forever Cemetery en 2007. Paré d’un imper noir et de vernis à ongles, sa chemise ouverte jusqu’au nombril, un tatouage en grandes lettres bleues de LUCIFER lui barrant le torse, vint le moment où Anger se mit à embrasser goulûment le cadavre de Curtis juste avant sa crémation. Tout ce tintouin juste avant de se faire éjecter avec perte et fracas de la cérémonie,

Aujourd’hui âgé de 85 ans, Kenneth Anger est beaucoup plus qu'une légende vivante de la culture underground US, il en est le mage maudit, le prophète luciférien. Qu'ils se nomment M. Scorcese, D. Lynch ou D. Cronenberg, tous reconnaissent leur dette envers ses explorations psychédéliques. Kenneth Anger a non seulement transfiguré l’esthétique hollywoodienne à travers quelques courts métrages sans dialogues, d'une beauté stupéfiante -- Rabbit’s Moon, Scorpio Rising, Kustom Kar Kommandos, Lucifer Rising et Mouse Heaven –  mais a encore prétendu être le disciple d’Aleister Crowley (1875-1947), occultiste anglais, fondateur du satanisme moderne, doctrine brassant en vrac rituels égyptiens, sorcellerie occidentale, pratiques tantriques, le tout sous influence des drogues les plus diverses et variées qui finiront par avoir sa peau.

Aleister Crowley a d'autres disciples, et non des moindres. Il est l'idole du guitariste de Led Zeppelin Jimmy Page qui réalise la bande sonore inachevée de « Lucifer Rising», le film d'Anger dans lequel apparaît l'acteur Bobby Beausoleil, un des adeptes de la peu fréquentable « Family » de Charles Manson. Le fait de tirer constamment le diable par la queue finira par rapprocher Anger d'Anton Lavey, ex-organiste de cabaret et fondateur de l’Église de Satan américaine. Jusqu'à sa mort en 1997, Lavey recrute dans sa secte des stars déchues comme Jane Mansfield, mais aussi Samy Davis Jr ou Marilyn Manson.

Difficile de ne pas trouver dans les ingrédients de ce cocktail détonant la force novatrice de Kenneth Anger, éthique et esthétique crowleysiennes qui le poussent à distordre tout ce qui est croyances, iconographie et normes sociétales américaines.

 

Anaïs Nin. dans «Inauguration of the Pleasure Dome»

Quand il ne s'attire pas des ennuis légaux ou est taxé d’obscénité, ses sponsors ou pseudo mécènes qui se déplacent pour visionner ses films lui tournent constamment le dos. Quelquefois, lorsque la roue tourne, il semble décidé à ne mettre aucun atout de son côté. Par exemple, lors d'un séjour en France, tandis que de riches libertins unissent leurs efforts financiers afin qu'il puisse réaliser une adaptation d' «Histoire d’O», la collecte lui sert à payer son billet de retour et son avion décolle sans qu'il ait tourné la moindre scène.

Beaucoup par passion, un peu bravade, il se mue en écrivain, le temps d'accoucher de Hollywood Babylon en 1959 (puis de Hollywood Babylon II en 1984), deux tomes qui mettent en pièces le fabriqué glamour hollywoodien, relatant avec force détails les scandales et rumeurs les plus sordides, souvent vite étouffés, impliquant les célébrités du cinéma muet jusqu'à celles de la fin des années 60.

Considéré à juste titre comme une épine dans le pied de l'usine à rêve californienne, il doit
patienter six ans après une première parution en France pour que son livre soit publié en 1965 au États-Unis, puis qu'il soit dix jours après interdit et retiré des rayons.
S'invitent dans Hollywood Babylon une pluie d'étoiles au pouvoir magnétique toujours intact, mais aussi les noms effacés d'astres morts-nés. Les feux ardents de la calomnie qui embrasent la planète Hollywood ne seraient rien, sauf que Kenneth Anger prend un malin plaisir à exhumer les vices qu'elle a enfoui dans sa folle rotation.

De fait, il y a ce halo d'histoires qui fait allusion à la « poudre de joie », au drame sensationnel de Lana Turner avec son gigolo gangster, au masque de James Dean alias « le cendrier humain » à la fervente catholique Lupe Velez rebaptisée « the mexican spitfire » ou « the hot pepper », à Ava Gardner qui fit jouer une nuit durant les gammes du plaisir à tout un orchestre, à la forte attirance du producteur D.W. Griffith voire de Charlie Chaplin pour les très jeunes filles, et à beaucoup d'autres encore...

Lorsqu'il avoue posséder le brouillon du Tome III, lequel compromet au moins la moitié de Hollywood impliquée dans la scientologie, on salive d'avance. Sauf que, selon lui, publier le très litigieux contenu censé dévoiler certaines lubies de John Travolta ou Tom Cruise s'avère une entreprise assez risquée.

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