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L'épopée Fusils à Pompe : de la compil illustrée au micro-label

Quelques jours après la sortie de Felix Faure Money, retour sur le parcours étonnant de  l'écurie Fusils à Pompe, avec en fil rouge le témoignage de l'un de ses fondateurs, Pure Baking Soda.

Juin 2011. Un ovni débarque dans les internets, avec un naming aussi surprenant qu'approprié, un visuel comme seul Hector de la Vallée en a le secret,  et une compilation de 20 titres allant de Future à OJ da Juiceman : voici Frederic Nihous Money vol.1. Les auteurs du méfait ? Damencio, Nemanja et PureBakingSoda. Un peu plus de 18 mois plus tard, les compilations sont oubliées. Aujourd'hui, Fusils à Pompe fait dans la production originale. Booty Call Records, Roro, Hype et Sazamyzy, Butter Bullets, Aketo, Seno, ne sont que quelques-uns des noms collaborant à ces projets un peu barrés. Comment un telle folie a-t-elle pu voir le jour ? Pourquoi un tel engouement ? Quel avenir ? Pourquoi tant de questions de merde ?

Frederic Nihous Money (vol.1, 2, 3)

Tout commence donc par une simple compilation. Une idée très bête, loin des projets complets lancés aujourd'hui. "Le point de départ ça a juste été quelqu'un qui nous a demandé de faire une compilation avant de partir en vacances", nous explique Pure Baking Soda. Alors, lancer la carrière d'un micro-label, c'est aussi simple que cela ? "Comme on aime faire les choses proprement, on y a bien réfléchi, on a demandé à Hector une pochette, et c'est comme ça que Frederic Nihous Money Vol.1 est sorti." Une simple compil pour les vacances, voila donc le point de départ de l'épopée Fusils à Pompe. La différence avec toutes ces compils merdiques qui pullulent chaque semaine sur ton forum de téléchargement préféré ? Ici, les choses sont bien faites. "On est de très gros consommateurs de musique, avec peut être la particularité d'être intransigeants avec ce qu'on écoute." PBS, Damencio et Nemanja sont tous les trois de véritables spécialistes de la musique. Le public le sent, et le succès est, presque contre toute attente, immédiat : "ça a très bien marché dès la toute première compilation, ouais. Et on s'y attendait pas du tout, pas à ce point là."
Quelques semaines plus tard, le volume 2 est en ligne. Un visuel encore plus barré, une sélection agrémentée d'une interlude rurale pour appuyer le concept de saison de la chasse :  "on avait prévu dès le départ d'en faire plusieurs -d'ailleurs si tu fais gaffe, notre première compil s'appelle "volume 1"- même si personne ne nous avait calculé". Alors, puisque le succès est au rendez-vous, pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Les trois compères franchissent un premier palier, en s'attachant les services de "gens du métier"  (Hype et Sazamyzy, Soufien 3000 ...) pour offrir au monde un volume 3 "spécial halloween" : "toutes nos premières connections, c'est tout simplement des amis qui font des choses qu'on aime beaucoup. Donc ça s'est fait très naturellement. C'était l'occasion d'avoir nos premiers trucs originaux, et de commencer à laisser entendre que c'est vers ça qu'on voulait se diriger."

La barre est donc franchie : compiler les morceaux, c'est bien. Créer une valeur ajoutée, c'est autre chose.

S'en suivra une autre compilation (Georges Frêche Money vol.1), sur laquelle nous reviendrons plus bas.

Charles Pasqua Money (vol.1)

Les dés sont lancés : l'écurie Fusils à Pompe a mis le gros orteil dans l'engrenage de la production-maison. Après quelques bribes de création originale sur le dernier volume de la saga Frederic Nihous, Charles Pasqua Money est le premier opus entièrement composé par l'équipe des fusils.

Et c'est Roro, beatmaker émérite (ayant -entre autre- collaboré avec des talents du calibre de Zesau, LIM, Hype, Barge, ou plus récemment Butter Bullets ...), qui vient poser sa patte sur le projet. Preuve que le nom de Fusils à Pompe commence à bien tourner, c'est lui-même qui fait la démarche pour entrer en contact avec Pure Baking Soda, Damencio et Nemanja. Il explique lui-même la genèse de cette connexion, chez nos confrères de Maelström : "Déjà, quand j’ai vu les visuels, je me suis demandé ce que c’était, qui étaient ces fous ?! [...] j’ai téléphoné à Mehdi (Hype), et je lui ai dit :  "Il faut que je fasse quelque chose avec eux, je veux faire un volume spécial, un truc, quelque chose !". J’avais une partie de ces gars en liste sur Twitter, donc on a pris contact et on a ouvert un fil de discussion sur Facebook. Pour moi, c’est une façon de travailler totalement inédite, avec des gens que je ne connais pas autrement que par ce biais. Ça a tout de suite fonctionné, et très efficacement. On lance des idées, les connections, des pistes à suivre, on se donne une deadline, et soit ça plaît, soit on corrige, soit on passe à autre chose. Charles Pasqua Money est né comme ça." Le rôle de Fusils à Pompe dans cette mixtape ? "On a un peu joué le rôle de D.A. sur sa première mixtape. On avait un thème, des gens avec qui on voulait travailler, on a fait les connections, etc. Roro a produit une quarantaine de morceaux exceptionnels, et on en a choisit une petite vingtaine pour construire l'album." Autour de Roro s'ajoutent Madizm pour le mix, les désormais habituels Hype et Sazamyzy, Shone, mais aussi les américains Khalif da Menace et AM. En franchissant l'Atlantique, la maison Fusils à Pompe commence à faire les choses en grand.

Le palier est donc franchi, et le concept suit cette ascension, en montant d'un cran lui aussi : du pauvre chasseur Frederic Nihous, on passe au roi des gangsters : Charles Pasqua. La cible n'est plus le lapin de la cover du premier projet, ou bien le sanglier du second : l'armada Fusils à Pompe affronte ici les reptiliens. Les prods de Roro sont d'ailleurs dénommées ici "quantiques anti-reptiliens". C'est toute la force du concept : quelque soit le thème de départ, chaque acteur investit son rôle pleinement, et la carte est jouée à fond. A l'image -attention, comparaison peu judicieuse à venir- d'un Sacha Baron Cohen, qui vit chaque personnage de ses films, l'équipe FaP s'engouffre ici dans la chasse contre les reptiliens, une idée poussée jusqu'aux déclarations de Roro ("Plus j’avançais dans la composition de ma K7, plus le visage du costume humain de Carla Bruni se distendait") ou Pure Baking Soda (-en parlant du volume 2 de Charles Pasqua Money- "on est bien conscient que ce ne sont que deux batailles qu'on a remporté, mais que la guerre contre les reptiliens ne fait que commencer").

Une folie dans les thèmes, qui se retrouve jusqu'aux dénominations des différents opus produits par la firme Fusils à Pompe : à l'instar -attention, seconde comparaison peu judicieuse à venir- d'un Riff Raff et ses déclinaisons autour du désormais célèbre "Rap Game" (Rap Game Larry Bird, Rap Game James Franco, Rap Game Rudy Huxtable ...), l'équipe s’éclate à trouver des appellations aussi folles que perspicaces : Frederic Nihous Money,  Charles Pasqua Money, Georges Frêche Money, et dernièrement, Félix Faure Money. L'avantage : d'une part, il est plus aisé pour l'auditeur d'adhérer à un délire lorsque celui-ci est concret, et poussé à l'extrême ; d'autre part, il ajoute une dose de créativité et de folie, assurant un liant et une cohérence entre les différents morceaux de chaque cassette mixée.

Symbole ultime de cette cohérence : la symbiose parfaite entre musique et graphisme. En franchissant le pas musicalement, Fusils à Pompe élève aussi le niveau visuellement, avec le clip du remix de "Google me" (Lil Rue), réalisé par Octave Abaji & Hector De La Vallée.  "Quitte à monter en catégorie, nous explique Pure Baking Soda, on s'est dit autant pas le faire à moitié. Et le côté visuel de nos sorties, il est toujours très travaillé, c'est une part intégrante de Fusils A Pompe. Le fond et la forme. Donc il fallait aussi passer une étape de ce côté là."

Au final, Charles Pasqua Money finit de faire entrer définitivement le nom de Fusils à Pompe dans le paysage musical hexagonal : "avec le recul ce projet est notre plus important parce qu'il marque un tournant dans Fusils A Pompe, c'est un peu les prémices d'un micro-label."

George Fresh Money (vol.1, 2)

On le disait plus haut, Nemanja, Damencio et Pure Baking Soda sont de véritables spécialistes de la musique. Preuve en est, ce premier volume de George Fresh Money, composé de deux galettes, l'une, classique compilation fusil-à-pompable, et l'autre, superbe recueil de 21 morceaux qui ont été samplés par DJ Fresh, résultat d'un travail de recherche exceptionnel de Damencio : " Damencio, en quatre centièmes de seconde il est capable de repérer et reconnaitre le sample, de te dire de quel album ça vient, etc. Mais il fait toujours des compilations du genre qu'il poste sur son tumblr (http://elmago95.tumblr.com/) ça s'appelle "Made In The 80's", c'est des pépites. Y'a le volume trois qui arrive très bientôt."

Pour le second volume, un autre spécialiste vient prêter main forte au trio, Jean-Pierre Labarthe, "recruté" par Hector de la Vallée : "Plutôt que de refaire le coup de "nos morceaux préférés" on a demandé à JP de construire un truc un peu "historique", parce que la mixtape est faite de manière à ce qu'en l'écoutant on revive en accéléré la carrière de Mannie Fresh. Pour faire ça, je crois que la personne la plus à même au monde à pouvoir le faire, c'était lui. En plus ça correspondait avec la sortie de son livre qui traite en partie l'histoire du rap à New Orleans, donc c'était nickel". Le tout est mixé par DJ Kesmo, du label Booty Call Records. Une nouvelle connexion importante, qui se fait très simplement, et qui prouve -une fois de plus- que le nom de Fusils à Pompe tourne beaucoup, et franchit les frontières : "On écoute tous beaucoup de ghetto tech, et on est très fan de ce que font les mecs de Booty Call. Du coup on leur a juste proposé de collaborer, le temps d'une mixtape de remix et ils ont été plus que bouillants parce qu'ils connaissaient et kiffaient ce qu'on faisait aussi."

Et DJ Fresh dans tout ça ? "Il est venu nous dire qu'il avait adoré, qu'il l'avait fait écouter à des rappeurs dont on est très très fans et tout ... Et il a en prévision de les presser pour les sortir en format physique un jour. Pour l'instant, il a un planning de sorties plein à craquer, jusque encore la fin de l'année, mais dès qu'il aura un moment, il la sortira. Il revient de temps en temps nous dire qu'il nous oublie pas." Le mec a une carrière incroyable, et il pense à presser des compilations faites par ce petit groupe de mecs un peu barrés, qui se sont lancés en se disant "on va faire une petite compil de sons pour l'été".

Charles Pasqua Money (vol.2)

Après la réussite incontestable du premier volume, Roro revient, dans ce qui sonne comme une suite logique à la première bataille contre les reptiliens : "pour ce deuxième volume, Roro a eu carte blanche. On avait confiance en lui, le premier défonçait tout sur son passage, alors on a découvert le projet peu de temps avant sa sortie en réalité. Du coup, ça donne un volume qui est peut-être plus personnel, c'est exactement ce qu'il fallait."

Combinant continuité et progression, Charles Pasqua Money vol.2 est jusqu'ici le projet le plus abouti de l'épopée Fusils à Pompe. La collaboration Roro-Fusils ne devrait vraisemblablement pas s'arrêter en si bon chemin : "on est encore hyper content de ce qu'il a fait, donc c'est sûr et certains qu'on refera des choses avec lui." Et puis, de plus en plus de noms s'ajoutent à la liste des invités : Butter Bullets, Aketo, Seno ... Les choses continuent à se faire, et elles se font bien.

Comme pour les précédentes sorties, on continue à grimper les échelons, avec, toujours, musique et visuels en parallèle : "Hector et Octave ont pu réaliser le premier clip de Ryan Hemsworth, un producteur canadien très en vu, un peu le mec du moment quoi. Avec ce clip ils se sont retrouvé dans plusieurs top des meilleurs clips de l'année".

Félix Faure Money (et la suite)

Tout roule donc à merveille, autour de cet amour de la musique. Dernière publication en date : Félix Faure Money. Associée au label Booty Call Records, l'écurie FaP nous propose une série de remix Juke/Footwork/Ghettotech/Bmore/Booty de morceaux de Gucci Mane, Wacka Flocka, Jackie Chain, ou encore Butter Bullets. Une réalisation qui pourrait, à terme, représenter la transition parfaite entre la période purement rap du micro-label, et son avenir, résolument plus ouvert musicalement : "Avoir des projets techno, electro, funk, etc. c'est aussi quelque chose qu'on est en train de développer. Cette année l'un de nos plus gros projets est un EP sur lequel il n'y a pas une seule seconde de rap... Donc se diversifier ça fait partie de nos prérogatives."

Ces prérogatives, justement, quelles sont-elles ? "Ne pas faire de concessions, chercher la qualité avant tout, se diversifier, et gravir un échelon régulièrement."

Alors, Fusils à Pompe, futur poids lourd de l'industrie musicale française ? En étendant son champ d'action et en élargissant son univers -et par la même son public-, en revoyant régulièrement son ambition à la hausse, et en continuant à collaborer avec des acteurs importants -pas forcément en terme de visibilité, mais surtout en terme de qualité-, l'équipe s'en donne les moyens : "l'objectif c'est vraiment que Fusils A Pompe fonctionne de plus en plus comme un micro-label. On a encore une compilation de prévue, en réalité terminée depuis très longtemps mais dont la libération ne dépend pas de nous, mais à part ça je pense qu'on ne sortira plus que des projets originaux. On a dans nos cartons déjà un paquet de projets démarrés ou prévus, des EP, des albums de rappeurs, de producteurs, de rap, de juke. "

Les reptiliens sont prévenus : Fusils à Pompe est dans le building. Les cantiques chargés, le chargeur surchargé. Hé reptile, c'est pas fini, pourquoi tu te couches par terre ?



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