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Nuwine alias Wine.O : Du rap chretien au club rap cretin

Nuwine alias Wine-One est une petite frappe de Cleveland (Ohio) qui vit d'activités illicites jusqu'au jour où une balle lui perfore la joue et ressort par un œil, le gauche.

Nuwine alias Wine-One est une petite frappe de Cleveland (Ohio) qui vit d'activités illicites jusqu'au jour où une balle lui perfore la joue et ressort par un œil, le gauche. Transféré d'urgence à l’hôpital, Nuwine survit. Écroué jusque là pas moins de quinze fois, c'est ce dernier événement tragique qui lui a fait prendre conscience de la fragilité de la vie et le fait basculer dans la foi en Dieu.
S'il a perdu un œil, Nuwine a trouvé son credo. D'ailleurs, il a déménagé à Houston et s'est investi à 100% dans le rap chrétien, vitrine à la fois novatrice et excentrique du label Grapetree Records de Knolly Williams alias Rubadub, lui aussi éphèbe californien repentit. De son côté, Williams s'est installé à Austin (Texas) après être tombé amoureux d'une fille alors qu'ils assistent ensemble à un office religieux. C'est avec un pécule de 250 $ que le jeune épousé Williams fonde le précité label Grapetree en 1993. mais aussi le magazine Heaven's Hi-Hop l'année suivante.

Repérés pour leurs rimes gangsta qui débouchent sur un message d'espoir, Rubadub a signé NuWine ainsi que son acolyte de joute Lil' Raskull. Ils ne sont pas les premiers venus chez  Grapetree. Le label possède dans ses rangs pléthore de rappeurs aux blazes animés par certaines dévotions christiques : Christ Fa Real, God's Original Gangstaz, Rhymes Monumental, Preachaz in Tha Hood, Fiti Futuristic etc...


Question rap, il y a Operation K.A.P. (Kill A Pimp).de C.R.O.W qui apporte un éclairage assez radical sur la perversité du game. Sinon, Gangstaz Pain de Preachas in Tha Hood, Resurrected Gangstaz de G.O.G.'z,  Good Vs Evil d'Antonious, Songs of Redemption de Testimony emboitent le pas de Reflexions of An Ex-Criminal, premier album de Grapetree enregistré par Rubadub, le boss lui-même, qui met à nu cette notion furieusement rédemptrice que le rap sudiste véhicule encore à cette époque.
«Je voulais quelque chose de nouveau et faire un label de rap chrétien. J'avais vraiment une réputation de pionnier même si je ne le prenais pas en tant que tel. Je voulais juste faire la volonté de Dieu. » dévoile Rubadub en ce qui concerne ses intentions intimes.
C'est écrit noir sur blanc, « Silly Rappers » de L.G. Wise appose sa rhétorique biblique afin d'envoyer en Enfer le bling rap alors en grande vogue :
« You silly rappers, you be killin' me / You comin' off wack / Talkin' 'bout the cars you driving and how much money you stack / I think you be frontin' about the way you be living yo' life / Always talking bout my God, but you ain't livin' it right / My Bible speaks about the way, you know Hell is hot / And if you really know the Word, you must've really forgot. »

Da Bloody 5th (1996) est le premier et seul projet accompli pour Grapetree par Nuwine avant qu'il quitte suite à une sombre histoire de droits. Car oui, propager la voix de Dieu et réhabiliter quiconque par la seule entremise de la rédemption est un véritable business. D'ailleurs Grapetree n'a pas grand chose à envier à certains labels gangsta notoires, à l'instar de Rap-A-Lot et autre Suave House records, le label a souscrit au pen & pixel graphics des frères Brauch. Enfin, les sorties CD et les ventes ont explosé depuis que le distributeur californien Diamante Music l'a lancé sur un marché beaucoup plus large que le seul Texas (30 000 unités vendues par mois).

N'allez pas croire que, suite à cet imbroglio, Nuwine a décroché du marché juteux qu'est le « christian rap » pour autant. Non, bien au contraire, il a toute une famille à nourrir et se remet dans la course en érigeant son propre label : Wine-O Records.
Quatre albums de  « street gospel » sont sortis chez Wine-O records, notamment When Thugs Fly... The Psalms of Nuwine (2001) qu'il considère comme son meilleur projet. Entre temps, il a répondu à l'invitation de l'ex-champ Evander Holyfield qui désirait l’accueillir sur son label Real Deal Records. Si Ghetto Mission (1999) voit le jour, l'album n'atteint pas, par contre, le succès escompté. Nuwine s'explique : « Ma musique est destiné aux thugs et n'est pas visible dans la section Gospel. J'ai découvert que ma musique n'a pas besoin de label. Il est clair que ma musique n'est pas destiné aux gens de l'église, elle est faite uniquement pour sauver et éduquer les âmes ! »

J'ignore si Dieu a cédé à son utopique desiderata, n'empêche que Nuwine se retrouve rapidement sans le moindre label. Une longue et éreintante traversée du désert du Christian rap game se profile. Le divorce avec sa femme fait que les gros bonnets de la bénédiction et autres huiles du prêchi-prêcha texan parlent négativement de lui, du coup, la communauté religieuse jusque là compatissante lui tourne froidement le dos. Écœuré par tant d’hypocrisie, au bout du rouleau, il finit par retourner sa veste : « Je remarque que les gens de cette génération ont davantage besoin d'une chanson qui leur parle de secouer leurs culs. Les jeunes gens de cette génération ont ce besoin impératif de ressembler à des modèles, et il se trouve que le seul truc qu'ils retiennent de leurs modèles c'est prendre des billets et secouer leur culs. »

Pour Nuwine, la page du rap chrétien est définitivement tournée. En 2003, South & West sort chez Wine-O music, projet né de la collaboration avec le Dogg Pound gangsta de Death Row : Daz Dillinger. L'année suivant Rated R, son nouvel opus, lui fait avouer cela :
« On a amené le truc à un niveau supérieur mec, seulement plus personne ne veut trinquer avec moi. Aucun de ces gars ne sont prêts à boire la nouvelle cuvée (the new wine)... »

Que dire ? Sinon que le business fait le rappeur. En fait, Nuwine a décidé de grimper dans le train du rap mainstream le jour où il a compris qu'il fallait qu'il change son crucifix d'épaule afin de préserver son avenir et celui de sa famille.
« Quand je faisais ce genre d'inspirational-music, je payais mes factures. Au début, différents groupes de pratiquants et jeunes adeptes de l'église m’engageaient  régulièrement! »
En 2005, c'est non pas Nuwine mais bien le rebaptisé Wine-O qui fait dresser les cheveux sur la tête des prosélytes du dogme chrétien en franchissant le Rubicon du grind avec « Pop My Trunk », un rap commercial qui en a sous le capot -- lequel lui permet de signer un gros contrat avec Universal...

La suite est du même acabit. Il bosse avec Scarface, Mike Jones, Slim Thug, Lil' Jon, Paul Wall et finit par enfoncer le clou en compagnie de Pen, rappeur de Memphis, et « Shake Yo Sally »... 3 minutes 46 secondes de bonheur bling, de grosses basses et de « booty shake » - dont la vidéo est co-dirigée par Dr. Teeth - extracteur de dents en or du game qui s'est forgé une solide réputation en dirigeant les meilleurs clips des crews Cash Money et Swishahouse.
« You know what we want to see / Hit the dance floor, shake your boo-ty / Wiggle wit it / Stop, make it drop, drop / Wiggle wit it / Hit the floor, make it pop, pop. »

Wine-O vit actuellement à Atlanta. Quand on lui demande pourquoi, il répond : « On gagne beaucoup mieux sa vie ici. Le son d'Atlanta est excellent ! » Puis, il en vient à parler de son cache-œil et balance cette seule vérité, la $ienne : « N'importe qui a reçu une balle dans le visage devrait automatiquement recevoir un million de dollars. Ça devrait être une règle ou un truc du genre. »
« Bang Bang » (2010), un de ses derniers singles, est un club rap sans concession qui, à défaut de vous transporter vers les verts pâturages du jardin d’Éden, se doit de vous faire vous trémousser sur la piste bassement profane du dance-floor... Ainsi soit-il.

http://media.houstonpress.com/5122155.0.mp3



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