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L'effroyable imposture du rap : 2eme partie - Interview de Arnaud Fraisse

Il y a quelques jours on publiait une chronique sur "l'effroyable imposture du rap" à paraître le 21 février.
On a eu envie de creuser un peu le sujet.

Je l'ai dit précédemment, je suis loin d'être un spécialiste de la culture hip hop, aussi quand j'ai écrit la première partie de la chronique, il restait des points que je voulais éclaircir. Me basant sur le documentaire "Les milliards du rap US" écrit par Arnaud Fraisse, j'ai décidé de lui demander son avis sur les faits évoqués par le livre et les théories que l'auteur développe. Ancien rédac' chef de Groove Magazine, impliqué dans la création de Canal Street, et à l'origine de documentaires sur le rap, Arnaud a accepté de répondre à quelques questions. Interview.

B<3 : Arnaud tu as écrit ce reportage sur les relations entre le rap et l'argent. On sent bien que beaucoup de rappeurs utilisent leur musique pour le business et faire de l'argent. Cardet en fait le reproche principal de son livre, le libéralisme qui tiendrait le rap depuis le début aux Etats Unis. Tu en penses quoi ?

A : Il y a deux théories qui s'entrechoquent et une vision idéalisée et à l'européenne des Etats-Unis. Mais reprocher son ultra-libéralisme à un américain, c'est comme s'étonner de voir un français manger du fromage... Historiquement, l'industrie a mis très longtemps avant de faire de l'argent avec le rap. L'imagerie ultra-matérialiste était déjà bien en place dans le genre dans la rap avant les premiers gros deals.

B<3 : Justement, concernant Run DMC, Cardet évoque "My Adidas" et explique la démarche commerciale qui a accompagné la chanson, notamment dans un concert où les représentants d'Adidas étaient là et dont tu parles aussi dans le documentaire. Il s'en sert pour expliquer que le rap est dès le départ une question d'argent.

A : Déjà dans les freestyles, les mecs parlaient d'argent. Le deal avec la marque Adidas suite à la chanson est venu bien après la création du morceau en réalité. En comparaison, c'est comme dire que les jamaïcains qui parlent des "Clarks" dans le reggae veulent tous des deals avec la firme anglaise.

B<3 : La logique commerciale serait donc venue après la logique contestataire ?

A : Mais le rap ne s'est jamais défini comme outil de contestation ! C'était  plutôt comme une contre-culture et il est l'est devenu simplement de fait, pas par volonté délibérée.

B<3 : Si le rap n'est pas un outil de contestation, l'auteur explique qu'il n'est en réalité qu'un outil de contrôle et de globalisation des masses, un moyen de "tenir" la jeunesse

A : Le rap n'est pas un outil de contrôle. Cela sous entendrait que le business est bien organisé. Les rappeurs ne sont pas les artistes les plus maléables et ils font ce qu'ils veulent dans leur direction artistique. Je ne crois absolument pas à une manipulation générale du rap. Le genre est bien trop éclaté dans ses styles, ses parsonnalités et sa géographie pour pouvoir être contrôlé. Le plupart des labels rap sont d'ailleurs tenus par des gens du rap. Les majors jouent le rôle de distributeurs ou licencient les projets le plus souvent.

B<3 : On parle ici des labels mais j'évoque à la fin de l'article le cas des radios et notamment de Skyrock,  en évoquant la "guerre" de Bellanger avec les actionnaires de la radio dans laquelles rappeurs et auditeurs ont été invités à prendre position. J'ai eu l'impression qu'on utilisait la liberté d'expression comme un prétexte falacieux ...

A : Ce n'est pas propre au rap, ça arrive dans tous les genres ! Les fans suivent leurs stars. Il faut se rappeler que Johnny et Eddy Mitchell ont défilé dans les années 80 pour sauver NRJ ...  Là, Skyrock a effectivement utilisé la force de prescription de ses principales têtes d'affiche pour mobiliser ses auditeurs et faire pression sur les actionnaires en portant le débat sur le terrain de la liberté d'expression. De leur point de vue, la fin justifie peut-être les moyens mais le procédé était discutable c'est vrai.

B<3 : Pour autant, politiquement, beaucoup d'initiatives liées au rap ont été lancées en direction de la jeunesse, avec le sentiment que ça permettait de canaliser une certaine partie des jeunes

A : Pour la France, ça a toujours été comme ça depuis la création des maisons des jeunes. On subventionne des petits événements. Pour le rap ou le hip hop, tous les gouvernements y sont allés de leur subvention, y compris la droite. La fameuse politique de la jeunesse menée par des gens qui n'y comprennent rien. C'est une grande tradition chez nous. que ce soit dans le rap, le rock ou l'electro.

B<3 : Pour terminer j'ai été très étonné par un "fait" exprimé par Cardet, racontant que NWA ne viendrait en fait pas du tout de Compton. Personnellement j'en ai toujours été convaincu, c'est en tout cas ce que j'ai toujours entendu. Là, on touche un peu au mythe du rap, son identité de la rue. Ce serait donc un mensonge ?

A : Gros bullshit ! Certes les membres de NWA n'était pas des gangsters mais sauf Jerry Heller (le co-fondateur du Ruthless Records avec Eazy-E) et Ice Cube qui n'y a pas grandi, tous les autres membres venaient de Compton.

 

 

4 thoughts on “L'effroyable imposture du rap : 2eme partie - Interview de Arnaud Fraisse

  1. merci de votre intervention. Ca devient trop facile de calquer des images et des idées pas assez approfondies comme le fait Cardet si personne ne les conteste.

    izi

  2. Il va pas dire le contraire, en tant que petit blanc bobo il fait parti du système c'est comme demander à Gad Elmaleh de défendre Dieudonné...

  3. @CROQUETTE, si tu connaissais un peu ton sujet et que tu savais qui est Arnaud Fraisse, tu saurais peutêtre que le rap est un sujet qu'il connait plus que bien. De plus être un "petit blanc"ne fait pas de toi un bobo. Je suis blanc...pas si petit que ça j'ai grandit en cité...et j'enc... tous les bouffons qui tiennent des propos comme les tiens.
    PS : si il y a imposture, c'est bien celle de cardet qui n'assume même pas ses propos puisqu'il se cache

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