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DOPE-E : La vie d'un terroriste du rap texan


Fondé par K-Rino en 1986, South Park Coalition est un collectif qui rassemble les rappeurs du quartier de South Park à Houston. Au fil du temps, c'est à dire entre 1986 et 2012, l'association a du mobiliser pas loin de cent artistes dont A.C. Chill, Psk-13, K-Rino, Guerilla Maab (Z-Ro, Trae & Dougie D.), 20-2 Life, Point Blank, Klondite Kat, Gangsta NIP, A.C. Chill, Icey Hott, DJ Screw, Ice Lord, G-rapp, Alcatraz et Dope-E en ce qui concerne les plus connus.

Autant le dire de suite, Dope-E n'est pas le premier venu. Il est le membre (avec Egypt E) du duo The Terrorists qui a sorti Terror Strikes; Always Bizness, Never Personal en 1991 chez Rap-A-Lot. Un classic !

Fort bien épaulé par Egypt-E, Dope-E alias le « South Park Black Panther » s'acquitte d'un rap violent, radical, fustigeant les Blancs, très proche de la coloration idéologique du défunt Black Panther Party. A l'image du BPP, lequel à enfoui ses rêves d'émancipations les plus fous dans la lubricité et les drogues, il prône l'auto-défense armée et la délivrance du Noir que le système ne cesse de confiner dans la détresse et l'ignorance. En bref, Dope-E veut répandre l'éducation, mais désire aussi que la plupart des Noirs s'éloignent définitivement des Blancs. Particule tranchante de Terror Strikes, « Blow Dem Hoes Up » est un échantillon du rap anti-Blanc qui a fleurit à la fin des années 80 et dont Ice Cube est un des plus éminents représentants.

« Prejudiced white mothafuckers upset me / I wanted to blow dem hoes up but the Coalition wouldn't let me / See, you're obsessed that fact that I'm black / And I'm obsessed that fact that I'm black with a bat (of baseball). »

 

Entre temps, en 1992, K-Rino a adhéré aux idées de la Nation of Islam créée en 1930 par Wallace Fard Muhamad. De la sorte, il emboite le pas de Public Enemy mais surtout du pré-cité Ice Cube qui a franchi le pas et a rejoint la Nation en 1991... Sur ses premiers disques en solo, Ice Cube est porteur d'un racisme anti-blanc ultra violent, et relaie le discours de la dite Nation de Louis Farrakhan – The Final Call – selon lequel 400 ans jour pour jour après le début de l'esclavage (1555), Dieu affranchirait les Noirs en cette proche et cruciale année 1995, tout cela au terme d'un véritable Armageddon racial. Certains rappeurs y ont souscrit, quelques uns, en particulier Ice Cube, en reviendront ...

 

 

Autant K-Rino inocule à ses raps son parti pris religieux et son immense culture, autant Dope-E ne fait pas dans la nuance. Si ce dernier déclare « il est temps que la fumée noire recouvre l'épais brouillard blanc » c'est que selon lui, Satan et la suprématie blanche ne font qu'un. Et puis, comparer le ghetto à un camp de concentration ou bien dénoncer l'influence néfaste des drogues ventilées par le pouvoir (blanc), afin d'éradiquer toute forme de résistance de la part des Noirs, ne sont pas encore devenus des lieux communs.

En fait, Dope-E et K-Rino collaborent depuis 1988, date à laquelle E l'a incorporé au sein de C.O.D. Puis, suite à Cummin Out Doggin (1990) et la vie aventureuse des tournées pendant trois ans, Dope-E est parti rejoindre Gangsta NIP qui fait dans le « psycho rap » chez Rap-A-Lot.

Le pugnace E se mue donc en producteur avisé pour ses acolytes qui ont signé chez Rap-A-Lot voire chez Bigtyme records, deux labels phares de H-town. Il accomplit un boulot phénoménal sur The South Park Psycho de Gangsta NIP – œuvre fondatrice qui va donner le sein à la texture horrorcore de Triple Six Mafia -- mais aussi sur Mad At The World et The Lyrical Lion de Point Blank et Klondike Cat, respectivement, trois de ses partenaires de la Coalition.

Enfin, il fait feu de tout bois en co-produisant Southside Story de Big Mello, Hillwood de South Park Mexican mais surtout Stories From The Black Book ainsi que le mythique Danger Zone de son alter ego en combat rap, K-Rino (1995).


 

L'époque vouée au bling rap lui fait prendre certaines distances. Parler de ces poubelles rutilantes aux jantes chromées ou de comment faire des millions en vendant le cul d'une fille qui a le nez planté dans la farine ? C'est pas son kif à Dope-E. A vrai dire, notre homme préfère le face à face, la baston dans les règles du noble art. Pour preuve, le magazine The Source révèle dans ses colonnes qu'il a essuyé un K.O. sévère lors d'une réunion de boxe à but caritatif à laquelle participe pléthore de rappeurs.

 

 

Quand il ne sort pas des albums sous divers pseudos – ex : Da Warrior par Murdoq - maintenir l'unité de South Park Coalition est toujours à l'ordre du jour. Malgré les beefs et les décès qui déciment sporadiquement le crew. c'est armé du savoir-faire de Dope-E, de K-Rino, que la Coalition conjugue ses efforts afin d'allumer la mèche jamais humide des Personal Vendetta (2002) et Heat Packin (2003)

 

 

On est en 2008, c'est peu dire que les temps ont changé, que le rap a évolué, mais rien n'y a fait, Dope-E et Egypt-E sont restés fidèle à leur leitmotiv provocateur. C'est dans ce contexte que sort Detonate The Landmines, projet qui crache une fois de plus son glaviot microbien dans le bassinet blanc-ivoire US. Ce n'est pas un pur hasard si la suprématie des afro-américains dans ce monde de blanc-becs y est copieusement célébrée... jusqu'à ce que l'épée de Damoclès s'abatte sur la tête de l'indélicat président George W. Bush – lors de « That's My Motto » :

« Fuck George Bush / His daddy is a ho / Walking around the whitehouse / Smoking a blunt and drop my ashes on the floor / Never gave a fuck about a crooked politician / Terrorism make they motherfucking ass listen. »

Quant à « Terrorize Tracks », il reste un exemple d'activité terroriste noctambule, prenant en compte l'hypothétique fonction subversive de la seule musique rap:

« When you go to sleep, we up making beats / When you go to sleep, we up writing rhymes / When you go to sleep, we up smoking a dime / Laws want to say that we committing a crime. »

 

 

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