bannière-Génération-600x268

Roman : Génération H

«  Génération H  » . Avec un titre comme ca, j'étais forcement partant, le titre pue le racolage facile sur la drogue. Déjà, rien que la couverture, le fils de timp' qui à eu l'idée mérite une balle.

generation-h

Sérieux, les feuilles de cannabis dans le titre ? La photo d'une meuf avec un tarpé qui fait des doigts ? Ca va les clichés de mongoliens ? On a voulu faire dans le subversif de chez Aldi ?

Une recherche google plus tard, je suis légèrement déçu, la 4eme de couv est pas aussi racoleuse que je l'espérais et ca promet un genre de roman d'aventure à 2 balles plutôt qu'un brulot sur la drogue.

La 4eme de couv' en question:

«  Sacha, Jo et leurs amis appartiennent à la Génération H. Amateurs de skunk, de double zéro, de pollen, de charasse ou d’aya, ils passent leurs journées à fumer des deux ou trois-feuilles, à tirer des bangs, à se faire tourner des shiloms et des pipes en tout genre. Un été au milieu des années 90, la petite bande part sur la route explorer toutes les facettes d’un nouveau style de vie alternatif qui s’offre à elle dans un road trip haschisché et musical. Allant de festivals underground en free parties, de sound systems en soirées improbables pour bons beaufs de base, ils parcourent une France enfumée traversée par un vent de liberté qui balaie tout sur son passage. En stop ou à pied, portés par le son des nouvelles musiques urbaines qui explosent (hip-hop, techno, ragga dancehall…), ils font les quatre cents coups, enchaînent les rencontres inattendues, les expériences mystiques et amoureuses, découvrent les joies de la vie de nomade, surmontent mille et une galères, en usant et abusant des spécialités cannabiques locales. Guidés par leur soif de vivre à cent à l’heure, et grâce à leur amitié indéfectible, ils brûlent leur jeunesse comme un spliff de weed et écrivent l’histoire d’une nouvelle France où la consommation de haschisch et d’herbe se généralise et s'intègre totalement à sa culture. La Génération H a enfin son roman. Faites tourner.  »

Bon, j'ai pris le truc. Le sujet m'intéressait (estimant faire partie de cette génération H) et je suis pas trop mal placé pour chroniquer ce genre de truc, quand j'avais 16 ans, tout mon groupe de potes était dans ce délire hippie/babbos (pour faire vite et péjoratif parce que je me doute bien que vous vous en calez de ma vie hein). Si j'étais dans le ton du bouquin, j'écrirais “vazy roule toi un gros trois feuilles, on va s'enjailler ensemble” mais c'est pas le cas alors lis la suite ou nique toi.

Le style d'écriture

Le style de l'auteur est assez étrange par rapport au thème du bouquin.

On se coltine les expressions de jeunes, de fumeurs, enrobé dans un langage vaguement soutenu.

Tu rajoutes à ca pas mal d'envolées lyriques sur la beauté du monde, la connerie de la société de consommation, etc. Alors que le narrateur est sensé être un grunge de 17 ans. Ca colle pas des masses,  j'ai trouvé que ca avait un peu le cul entre deux chaises. C'est pas imbouffable, c'est juste chiant et incohérent en fait.

Faut ajouter à ca que tout les chapitres commencent de la même manière, le narrateur déblatère pendant 1/2 pages  sur un truc qui n’a rien à voir, et qui finit par nous ramener à la suite de l'histoire. J'ai rien contre l'idée mais c'est systématique alors au bout d'un moment, t'as juste envie de sauter les deux premières pages de chaque chapitre.

Et le bonus c'est le petit lexique pour aider ta mère à suivre ce qui ce passe. Quand ca fume un «  gros spliff de weed  », le lexique nous dit: «  synonyme de joint d'herbe  ». Bon, j'ai rien contre les lexiques et les annotations mais celle du bouquin sont complètement connes. C'est normal de détailler le vocabulaire ultra spécialisé des fumeurs, seulement, il aurait fallut le faire soit tout le temps, soit jamais. La, on se retrouve avec certains trucs expliqués, d'autres non.

Il y a aussi beaucoup trop de name dropping, c'est un des gros points négatif du bouquin. Pour les gens qui ont pas subi la fac ou une connasse pseudo cultivée :

«  Le name dropping est une figure de style qui consiste à citer des noms connus, notamment des noms de personnes, d'institution ou de marques commerciales. Ce procédé a souvent une connotation péjorative ou sarcastique car il est perçu comme la tentative d'impressionner les interlocuteurs. Utilisé dans un raisonnement logique, le name dropping peut être considéré comme un argument d'autorité.  »

On aura bien capté que l'auteur est critique de musique (comme indiqué sur la 4eme de couv'), à un moment on se tape un festival de reggae, et c'est surtout le festival du name dropping de groupe de reggae ala con (ca parle même de raggasonic pour les chauvins), ijamahan fume un joint avec eux (et trouve leur weed mortel), le chanteur de burning spear refuse leur tarpé, etc. Le fantasme de tous les mongols qui écoutent du reggae j'imagine.

Les personnages

Au début, t'as 4 potes (dont j'avais toujours pas retenu les noms à la 50eme page), et tu finis par te rendre compte qu'en fait c'est surtout sur 2 personnages que tu vas suivre tout le long du truc. Le héros ponctuera le bouquin par les réflexions plus ou moins intéressantes qui se font dans sa tête.

Autant vous dire que je me suis pas beaucoup attaché à nos deux petits grunges.

L'univers

C'est peut-être une des seules bonne raison de lire ce bouquin, surtout si tu connais pas cette faune. Ça permet de comprendre un bout de la jeunesse à travers festoches, teknival, les boulots saisonniers de merde, les féria de beauf, les circaciens, les dealers, les bourges ...

Forcement, c'est le point de vue de jeunes très particuliers, et ca permet de dépasser le coté babtou fragile des hippies que tu peux croiser dans la rue. Et je suis pas en train de te parler de Nicholson dans psych out. Nan, la c'est plus les circaciens: jonglerie, bollas, bâton du diable, diabolo ... Tout ce genre de truc de fils de pute.

C'était le passage amour, tolérance et aimez vous les uns les autres bande d'enculés.

Tarpé à l'eau de rose.

Sur la 4eme de couv', c'est marqué: “La génération H à enfin son roman”.

Ce qu'elle a surtout dans ce bouquin, c'est de la romance (et un peu de cul). Forcement, on suit le road trip d'une bande d'ados, donc ca parle d'amourettes à la con assez souvent. J'ai trouvé ca touchant –parfois- (la découverte de l'amour et ce genre de conneries) et assez chiant -très souvent-.

Je m'attendais à un truc sur la drogue majoritairement, et pas à une majorité de problèmes de couples d'ados qui consomment de la drogue.

Là je flippe, je me demande dans quoi je me suis foutu.

J'avais raison de flipper parce que 10 pages plus tard, le narrateur nous balance que sa piste préféré c'est «  une image  » de Mano Solo. Ce mec est mort du sida et à un moment, t'as que ce que tu mérites.

Florilège: les trucs pénibles et ridicules.

Au début, les 4 mecs partent en train, le ton est donné, ils fument des spliffs et des shiloms (ils feront ca tout le long du bouquin). On est direct plongé dans l'ambiance des gamins attardés qui se sentent supérieurs parce qu'ils se droguent et écoutent du reggae. On est en 95, c'est underground t'as vu.

Je dois ajouter qu'on se tape des pages pas possibles sur le shilom du mec, un renzo, les puristes apprécieront surement avant d'aller se faire mettre profondément. Tout au long du bouquin t'auras ce genre de connerie sur l'art de fumer proprement quand t'as 15 ans. Parce que c'est vachement important quand t'as 15 ans, après t'en as honnêtement plus rien à foutre ou t'es surement un gros con.

T'as aussi un truc assez pathétique où l'auteur te raconte une scène mythique de dbz (celle où sangoku se fait ruiner la gueule et finit par enlever tout les poids qui le leste), sans jamais citer dbz, ni sangoku. Pour faire un parallèle avec... un match de foot d'ados. On en est la, page putain de 43. J'ai eu une légère envie de balancer le livre par la fenêtre.

On se tape aussi un peu de socio de comptoir sur le mouvement des free parties, nos héros fumeront un shit particulièrement bon et découvrir la MDMA (c'est proche de l'ecstasy mais en mieux, pour info). Ca parle de communion à travers la drogue et de liberté ...

Bref, il vaut mieux regarder le docu «  WE HAD A DREAM  » sur les hérétiques que de lire ca, même si le récit n’est pas faux : par exemple un type fout sa tête dans un caisson. Un grand classique.

A un autre moment, nos gentils fumeurs de pétards, toujours bonne ambiance et prêts à faire tourner leurs tarpé rencontrent des surfeurs. C'est le seul passage de haine pure et simple du bordel. T'as 2/3 pages sur les surfeurs, les mecs blonds, sportifs, tout dans l'apparence avec leurs groupies et leurs mentalité «  FREE TIBET  » de gosses de riches. Et là, un des surfeurs vient chercher des feuilles pour rouler un tard, revient leur filer le cul et ils finissent potes, j'étais un peu tristesse mais LA MAGIE DE LA DROGUE PUTAIN.

Ce qui est finalement, pas si faux que ca mais quand c'est fait en 3 lignes ... Ca m'a donné envie de m'agrafer la bite en hurlant “DEUS EX MACHINA”.

Une dernière perle pour la route, et un moment mémorable de connerie de la part de l'auteur quand il dit que la super famicom est une version «  bridée  » de la supernes. S'en suit un name dropping ultra merdique où Zelda devient un jeu de plateau.

Bien tenté mais à un moment, faut aller mourir dans un feu.
Bien tenté mais à un moment, faut aller mourir dans un feu.

Florilège: les fulgurances de l'auteur

Je sais que je dresse un portrait un peu noir du bouquin, avec ces gosses qui parlent comme si la drogue les foutait au dessus des autres, qui pitent rien à leur vies merdiques, mais de temps en temps, t'as une bonne réflexion.

Sur les jeunes à la campagne et l'urbanisation, sur la rage de ces jeunes sans pression sociale parce qu'ils n'existent pas, personne ne parle d'eux, ils n'ont accès à rien de culturel. Un genre de rebelle sans cause ni raison.

Il parle du raggae, qui est un truc assez revendicatif et même agressif dans les paroles, qui se retrouve commercialisé en truc de bobo fumeur de pétard (et on ne peut pas dire que ça ait beaucoup changé depuis l'époque).

Plus loin, une autre phase intéressante, sur la diffusion médiatique de certains genres musicaux comme le reggae et la techno et même une petite pique sur le rap, considéré comme un truc de sauvage MAIS qui a sa radio (petit rappel, on est en 1995, à mettre en perspective avec aujourd'hui).

Plus loin, après avoir bouffé un space cake trop chargé, le narrateur se retrouve mal, et en plein Bordeaux au milieu des soldes, seul refuge, un magasin assez vide: une libraire. Il analyse ca comme “la fin de la lecture et la victoire du règne de la consommation ? On ne lisait plus, ou mal, et cet aveu était terrible pour notre pays et notre civilisation”.

Le passage sur la féria est juste magique : le début est festif, picole à gogo et au bout d'un moment, ils se rendent compte qu’en tant que fumeurs, ils n’ont rien à voir avec les beaufs qui se biturent la gueule, et les rejettent clairement et simplement. Grosse fulgurance sur la picole, une drogue à la con, qui rend con la majorité des gens, surtout en groupe.Tout le discours de dégout sur le français moyen, beauf de base qui vient picoler comme un trou jusqu'à se friter avec n'importe qui alors que le cannabis est interdit est loin d'être idiot.

C'est un peu le discours principal du bouquin qui est raconté à travers l'utopie de ces ados qui se sentent en dehors de cette société et essayent de vivre tout feu tout flamme. C'est l'idée que la liberté, c'est juste la longueur de la chaine, qu'on le veuille ou non, que personne ne s'en rend compte. Que le monde tourne à l'envers, surtout quand t'as le droit de faire un coma éthylique, mais que tu risques de tomber si tu fumes ou que tu vends un truc quasi inoffensif (à coté de la drogue préférée des français).

Le passage sur le LSD, court et réaliste, un truc dangereux, qui fait salement cogiter, avec une capacité d’introspection hors-norme ... ce qui est tout à fait juste.

On parle pas mal de l'autorité et de son nivellement par le bas, véritable rouleau compresseur que tu vois arriver quand t'as 17 ans et que tu te dis “un autre monde est possible”. “Consommer pour survivre. Travailler pour consommer. Obéir pour travailler. Naitre pour obéir.”

On découvre la vie de dealer, l'amour de la fume, la nécessite de faire du bif d'une manière ou d'une autre, les calculs d'apothicaire sur la rentabilité du truc, les kissdé devant la porte ... Bon, après c'est pas universel à ce niveau là, c'est pas le gros dealer de tess qui roule en TT, c'est ambiance dealer du 92, skatepunk et bd subversives.

Autre point intéressant : les dilemmes du narrateur, pris entre son amourette et sa loyauté, son amitié envers son sidekick. Quasi tout le monde à connu ca, le type avec qui tu partages quasi tout, les galères comme les moments cools, les phases débiles, les problèmes de cœurs, etc. Et ca va pas trop loin dans le coté meilleur ami pour la vie même si tu sens que les mecs se sont bien rencontrés et vivent un vrai truc. (#nohomo)

La conclusion pour les golios qui veulent pas tout lire

Les trucs négatifs:

La romance, le coté baboss au gré du vent, la romance, le style mi-pompeux mi-dans le ton des protagonistes, la romance, les envolées lyriques permanentes des jeunes drogués et leur 3eme œil ouvert sur le monde ... bien casse couille et assez souvent cliché.

Les trucs positifs:

Pour plein de gens, ce sera instructif, qu'ils se droguent ou non. Pas mal de trucs sont bien expliqués, sur une mouvance de la jeunesse, sur une conception de la vie impossible, sur la liberté et tout ce genre de trucs. La playlist à la fin du bouquin est pas mal aussi, elle est dans l'esprit du livre, assez éclectique, t'as les beru, les rita mitsuko, plein de raggae, minister amer, ntm, les negresses vertes ... L’idée est sympa.

NB : L’article est long, mais j'ai même pas la place de caler un dixième des trucs que j'ai noté.

3 thoughts on “Roman : Génération H

  1. Des barres... Dans l'anecdotique : un jour me suis retrouvé à un concert de Ijahman, dans le Cantal, donc public tout droit sorti du bouquin, là. Le mec gueulait des trucs type "Woman is a woman, man is a man, the woman has to do what man says in his house, man is the master...", et tous ces putains de hippies qui parle pas anglais se roulaient des pelles et tortillaient du fion "le reggae c'est l'amour tu vois...". Des envies de meurtre de masse...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *