Kaaris Album Pochette CD

Kaaris, l'univers et ma bite

On va pas introduire le bail pendant 107 ans, y'a quelques jours on a reçu le message suivant : "Salut Captcha Magazine, je m’appelle Thibault et je suis étudiant en Lettres à Paris (1). J'ai écrit sur le mode de la dissertation - avec un ton assez "scolaire" et une approche classique - quelques paragraphes sur le rappeur Kaaris. Si vous trouvez l'idée cool,le côté analyse littéraire d'un rappeur, dites le moi et je vous enverrai le texte."

Et ouai l'article est pas dégueu, donc on vous le publie tel quel, sans se faire chier avec une quelconque mise en page.

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Sujet 1 : dissertation (4 heures)

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Kaaris, l'oeuvre et l'artiste

L'usage de la calculette est interdit

Dans la peste de Camus, le spectre terrifiant de la maladie apparaît sur scène, au théâtre, et l'image obscène de corps infectés est montré à celles et ceux qui prétendaient y échapper. On retrouve le même procédé dans les chansons de Kaaris, ou la mort joue le premier rôle mais ne se dévoile qu'à la fin de l'acte. Il dit ainsi dans Houdini "fais moi un hug si t'es la veuve d'un CRS". Le thème principal de la phrase n'est pas la mort du policier mais bien le réconfort, le câlin (hug) fait à celle qui vient de perdre son mari. Le décès est impliqué dans l'affaire, mais n'est pas principal, comme dans la punchline "on fera des youyous pour la mort de ton père si c'est un keuf". La haine, la compassion et la fête se retrouvent mêlés de manière inattendu.

"Mon esprit ne pense qu'au deuil"

Un des aspects importants dans le texte du rappeur est aussi la mise en scène, la théâtralité du meurtre. "Continues à glousser, tu pourras griffer ton cercueil". L'auditeur est ici pris à contre-pied, le déroulement de la pièce est naïf ("glousser","griffer") mais son dénouement est à la fois tragique et spectaculaire : on assiste à la mise en terre d'une personne vivante. Celui qui écoute devient le témoin,le complice du crime. Kaaris peut aussi jouer avec les registres, en donnant à ses scènes macabres un caractère érotique "la rigidité de ma queue, comme un cadavre après une mort brutale" ou romantique "une rose disparaît, hop ! un flingue apparaît". On trouve même des métaphores sportives "transversale, but du tur-fu, j'te la mets en pleine tête". Tout cela peut évoquer les films d'horreurs américains, où on joue avec la tension en ne la faisant éclater qu4au moment ou le spectateur se relâche. Le caractère odieux de certaines scènes se retrouve aussi dans les images que Kaaris propose "résiste on rouvre ta plaie et on vomit sur ta blessure". L'enfant de Sevran est bien hardcore à outrance.

Kaaris se fait appeler "le légiste" et c'est un bon résumé de l'artiste, la mort et la médecine sont en effet deux thèmes prédominants dans son oeuvre. Ainsi, l'introspection prend chez lui la forme d'un diagnostic "j'arrête pas d'te tirer dessus, j'sais pas ! J'ai peut-être Gi-Gille de la Tourette", "contre-nature et ce qui m'touche, je suis la haine en cellules souches". Il se perçoit comme une erreur dans une opération chirurgicale "ne supporte plus la république, comme un putain de mauvais greffon" et le patient se transforme parfois en docteur "une autopsie pour savoir pourquoi ils rappent aussi mal". Témoigne également de cette obsession les nombreuses réferences à l'accouchement "la street et moi c'est fait ça y est, elle est enceinte de mon CD" ou encore  "les lances roquettes sont venus mettre bas". Kaaris va même jusqu'à décrire de manière assez cru sa propre naissance sur le titre Le légiste. La force de ce style "médical" réside dans l'impression étrange qu'il laisse à l'auditeur : Kaaris se permet d'être sanglant tout en restant froid et distancié. Le rappeur-légiste-sage-femme ne fait qu'un constat, laissant au public l’interprétation et les sentiments. Celui qui écoute pour La première fois en ressortira troublé, nauséeux. C'est en quelque sorte la science mise au service de l'imagerie rap, comme dans cette exceptionnel punchline "selon le CNRS, l'univers est en expansion comme ma bite". Ou comment confronter dans une même phrase la réthorique scientifique et un thème trivial, ma bite, dans le plus pur style ego trip. L'artiste reprend donc les codes de la culture Boobasienne, à savoir la bandicité, l'argent, la violence, tout en transcendant le genre.

Kaaris, penseur nietzchéen
Kaaris, penseur nietzchéen

Maintenant que nous avons défini le style et les obsessions de Kaaris, nous pouvons nous avancer sur une vision plus globale du rappeur de Sevran. Là, deux choix s'offrent à nous  : Kaaris le prophète et Kaaris l'animal.

"Les singes viennent de sortir du Zoo, armés comme à l'époque du Clos". Dans les textes de l'auteur, comme dans les fables de la Fontaine, l'allégorie animalière occupe une place importante. On y retrouve les représentations classiques, comme le poulet pour symboliser le corps policier "Le comissaire court dans tout les sens, comme un putain de poulet sans tête", "j'aime quand le poulet hurle, bah ça relève le goût de la sauce". Kaaris reprend également à son compte la métaphore raciste du noir grimé en singe dans le titre Zoo. L'animal se sent "traqué, mais pas domestiqué". Le Zoo, ou l'aquarium ("gros poissons séchés") représente dans l'imagerie kaarisienne l'endroit ou les hommes retournent à leur état primaire de bêtes sauvages "Bi-turbo 500 chevaux avec un âne au volant" comme les enfants dans le roman de Golding Sa majesté des mouches.

Prendre la street en levrette pour faire attention au bébé
Prendre la street en levrette pour faire attention au bébé

Mais la bête peut aussi se faire Dieu. Kaaris compare ainsi sa barbe à celle des saints sur le titre Ejaculation Faciale, il se fait même prêcheur sur  Hôte Funeste " Dis toi que chaque balle sort du silencieux par la volonté de Dieu". Ce qui est étonnant, c'est que la théologie croise parfois la désacralisation  "la terre se réchauffe jusqu'au dégel, l'auréole est sous les aisselles" ou la provocation "l'Afrique c'est un milliard de Jesus sur des croix". Quoi qu'il en soit Kaaris a ses fidèles "une pour mes pratiquants, l'autre pour mes trafiquants, j'aurai sûrement plus d'ennemis que le Vatican n'a d'habitants". Le vocabulaire religieux permet à la fois de contraster avec un phrasé cru propre à l'auteur et d'explorer des thèmes comme le péché ou le pardon.

De la racine de la racine à la sève à la sève

De la terre de la terre, aux étoiles aux étoiles

De la vie de la vie, à la mort à la mort !

Kaaris, apporte nous ta lumière !

 



  • One thought on “Kaaris, l'univers et ma bite

    1. Rectification : le titre "éjaculation faciale" n'est pas 'officiel', les saints auxquels vous faites référence sont officieusement dans le freestyle Booska P de Kaaris.

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