Seth-gueko

Faut-il attendre quelque chose du nouvel album de Seth Gueko ?

A quelques semaines de la sortie de Bad Cowboy (dans les bacs le 6 mai), Seth Gueko en a livré hier un troisième extrait. Décevant à plus d'un titre, Bulldozer est l'occasion de se poser la question : faut-il attendre quelque chose de ce troisième solo du Gueko ?

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Retour sur le passif du bonhomme

Hormis quelques freestyles et apparitions éparses entre 1998 et 2003, on découvre véritablement Seth Gueko en 2004, avec un maxi (quatre titres + quatre instrus) : Mains sales. Un style hardcore et technique, quelques punchlines bien lourdes et bien senties (qu'à l'époque on appelle pas encore "punchlines", soit dit en passant) : "j'veux qu'mon enfant prie, mais quitte à pêcher, deviens affranchi plutôt qu'le caissier d'un Franprix" (La Famille) ; "plutôt que de rouler en Subaru, j'préfère rouler en 2 chevaux, un cadavre de flic sous la roue" (Fric et flics sales). Seth est racailleux, mais commence doucement à poser les bases de son univers.

On le retrouve un an plus tard pour son premier projet long play, Barillet Plein. Deux CD, 1h48 de salves violentes, de claques lyricales, d'insultes contre la police, les poukaves ou les filles peu vertueuses. Le "single" Patate de Forain, avec un Sefyu en pleine explosion, assure à Seth une visibilité suffisante pour élargir son public au delà du cercle des simples passionnés de rap. Épaulé par la moitié de la scène française (Salif, Alpha 5.20, Alibi Montana, Sinik, Nubi, Flynt, Alkpote, Nasme, Sidi-O ...), et bien servi par quelques classiques (La Nuit, Prison, Boyz in the hood), il s'impose comme une valeur sûre, et fait de la punchline sa véritable marque de fabrique. Malgré quelques excès de technique rendant l'ensemble un brin pompeux, la galette est d'une lourdeur assommante. On est alors en 2005, et on se dit que Seth Gueko va tout casser.

Une impression qui tend à se confirmer l'année suivante, durant laquelle le bon Seth enchaine les apparitions sur des compils, mixtapes et albums, en laissant à chaque fois la concurrence en piteux état. Deux ans après Barillet Plein, Patate de Forain en rajoute une couche. Seth Gueko vomit ses punchlines, défouraille avec une puissance animale, impose sa personnalité et son charisme : la bête est définitivement lâchée. D'autant qu'en parallèle, le boug de Saint-Ouen continue à enchainer les apparitions : près de 80 entre 2006 et 2008.

Boulimique, le fauve envoie le purin et ne se laisse pas le temps de souffler : Drive-By en caravane précède de quelques mois seulement Les fils de Jack Mess. Le monstre Gueko commence peu à peu à prendre la place du MC racailleux. Le personnage, ses gimmicks, ses influences et son humour franchouillard prennent le pas. Seth aime la caméra, il aime faire le mariole, imposer son bagou et ses expressions gitanes ("ma couillasse", "la chevalière" ...). Dans une série de vidéos surjouées, il annonce la sortie de son premier véritable album ... La Chevalière.

Beaucoup moins haineux, beaucoup plus blagueur, le Seth Gueko déçoit. On cherche la haine anti-flics, on cherche les punchlines, on cherche même la technique parfois un peu pompeuse des premières galettes. Mais rien de tout ça. Seth redevient humain, la bête furieuse devient animal de cirque. Le Seth Gecko de Robert Rodriguez n'est plus qu'un vulgaire Jean-Marie Bigard.

En 2011, Seth est de retour. Enfin, croit-on. Tapis-moquette, premier extrait de "Michto", envoie la purée : "laisse-moi Julie de Secret Story juste une petite heure, elle va kiffer comme Dutroux au concert de Justin Bieber ". Le personnage est mieux maitrisé, et si la verve est moins outrageuse qu'à l'époque de Barillet Plein, on se prend à apprécier d'autres qualités du bonhomme. Au final, l'album n'est pas mauvais. Pas le genre de classique qui se réécoute jusqu'à l'usure, mais un opus décidément meilleur que le premier. L'ensemble est certes très hétérogène, on passe du classique instantané "Adria Music" (feat Despo) au médiocre "Zougatazblex" (feat Mister You), mais on se prend d'un doux espoir, celui de revoir un jour Seth Gueko kicker comme il savait le faire quelques années plus tôt, et de sortir, enfin, le gros album qu'on est en mesure d'attendre de lui.

On place d'ailleurs beaucoup d'espoirs dans l'album commun avec Alkpote et Zekwe Ramos, Neochrome Hall Star. Le premier extrait est un solo de Seth, et la déception est une fois de plus au rendez-vous. Le flow lent qu'il adopte sur "Patong City Gang" agit comme un révélateur de toutes ses lacunes. Heureusement, Patong sera finalement le morceau le moins digeste de l'album, et le manouche tient la route sur l'ensemble de la galette. Pas flamboyant, mais assez sobre pour se fondre dans l'ambiance, il tient parfaitement la distance et nous laisse envisager l'arrivée d'un album solo de qualité. Trois extraits plus tard, tous les doutes sont de retour.

Les premiers extraits de "Bad Cowboy"

Dodo la Saumure

Le titre en lui-même est une punchline. "Dodo la Saumure" ! Le genre de personnage qui inspire Seth, évidemment. Que penser du morceau en lui-même ? Il rappelle dangereusement Tapis Moquette : une grosse prod pour le premier extrait, quelques bonnes punchlines qui glissent, beaucoup de punchlines forcées. Et voila le véritable défaut du Gueko en 2013 : à trop s'autoproclamer Roi de la punchline, il se sent obligé d'un lâcher une par mesure. Seulement, un trait d'humour ou un jeu de mots ne suffisent pas à faire une punchline !

Paranoïak

Deuxième extrait de "Bad Cowboy", Paranoïak confirme les défauts et qualités de Dodo la Saumure. Bien que le son soit totalement différent, l'impression reste la même : une prod magnifique, un refrain musicalement efficace, mais une performance générale vraiment moyenne. Au final, on s'ennuie vite.

Bulldozer

Bonne prod, refrain musicalement efficace, performance très moyenne. On repart sur les mêmes bases. A force de vouloir faire de la punchline, Seth Gueko nous balance des rimes à la Fababy. Le moindre jeu de mot qui lui passe par la tête se retrouve posé comme si c'était la phase de l'année. Ça en devient presque désolant.

L'album ?

Considérant que ces trois premiers extraits sont censés donner la couleur de l'album à venir, que doit-on en attendre ? Musicalement, ça pourrait être plutôt bon. Si toutes les instrus tiennent le niveau de Paranoïak, ce sera même très bon. On a un peu peur pour les featurings (Orelsan passe encore, mais Kery James et Soprano, vraiment ?), mais la vraie interrogation concerne le niveau du rappeur. Entendre ce genre de punchline forcée à longueur de morceau, c'est comme l'humour de Bigard : très vite fatiguant.484739_484026198318713_1125991775_n

A sa meilleure époque, Seth Gueko ne cherchait pas à tout prix la phase marquante, il se contentait de débiter son texte, de cracher sa rage dans son micro, de tabasser le beat, quel qu'il soit, sans trop se poser de questions. Un bourrin de rue, le genre de mec qui saute dans la moindre embrouille pour ravager la gueule de tout le monde, sans se poser la question de savoir qui est bon et qui est mauvais. La rage qui l'habitait n'est peut-être plus là, et à la limite ce n'est pas le souci : c'est sa manière d'écrire que Seth doit revoir. Arrêter de placer à tout prix des jeux de mots, qu'ils soient bons ou pas, arrêter de couper le beat pour des métaphores foireuses. Arrêter de se proclamer "professeur punchline", tout simplement ! Nakk, Lino, Despo, on n'entend jamais ces mecs là parler de punchlines. Et pourtant, en un seize, ils en lâchent plus que Gueko en deux albums solo.

Alors Seth, on t'aime bien, mais franchement, on a peu d'espoirs de prendre une claque à l'écoute de Bad Cowboy. Tu nous feras peut-être mentir, mais au mieux, ce sera un album sympa, comme Michto, au pire, ce sera carrément fade, comme La Chevalière. On sait que c'est un album, que t'as des objectifs de vente, que la musicalité passe avant le hardcore ... mais dans ce cas, lâche-nous au moins une mixtape, un street album, ou je ne sais quel projet un peu décousu, où tu kickerais comme tu sais le faire, sans te reposer sur la qualité d'une prod, et surtout, sans chercher absolument la petite vanne ou le petit jeu de mots que tu appelleras punchline.



  • 6 thoughts on “Faut-il attendre quelque chose du nouvel album de Seth Gueko ?

    1. Franchement j'avoue il est un peu trop vantard malgré qu'il soit au niveau quand même surtout par rapport a ce qui se fait actuellement en france meme musicalement le gars est opérationnel. mais seth gueko ca va 5 min on est bien d'accord.

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