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Jean Gab1 - Sur la tombe de ma mère

On va pas te raconter le destin tragique du petit Charles une fois de plus : tu le connais déjà. Il ne se passe pas une interview, une intervention télé, un article, sans que ces pédés de journaleux se sentent obligés de remuer le couteau dans la plaie de l'orphelin Gab1. Sa vie, tu la connais dans les grandes lignes. Le boug en a même fait un album.

Alors passons, et parlons littérature. Le titi parisien est fidèle à lui-même jusque dans la tournure de ses phrases : Audiard aurait pu ghostwritter Sur la tombe de ma mère sans le moindre mal. T'as déjà entendu jacter Gab1 ? Transpose sa prose à l'écrit : grosso-modo, qu'on parle de bouffe, de donjon ou de gazelles, le vocabulaire est fleuri : "La spécialité maison s'appelait la soupe de guerre einthof, bouillon clair, morceaux de gras et de chou. A bouffer, c'était du velours, à chier, de la soie."

MC-Jean-Gab1-Booba-La-Fouine

Résultat ? Cette sauce littéraire se dévore comme un bon dialogue Gabin-Ventura. Ça glisse de la première à la dernière lampée, et une fois le plat terminé, on en redemande. Il faut dire qu'au delà du style -qualité première du bouquin-, les péripéties de l'emmerdeur numéro 1 du rap français sont palpitantes. Alors, certes, on ne sait pas si tout s'est réellement passé comme dans le bouquin, si certains passages ne sont pas romancés, si certains détails ne sont pas arrangés. Mais au final, on ne se pose même pas la question. Du petit larcin aux braquages par dizaines, du marron dans les dents aux fusillades en pleine rue, on suit l’ascension d'un mec aux casquettes multiples, tour à tour voleur, receleur, braqueur et proxénète (un métier qui lui déplait au plus haut point et qu'il délaisse très rapidement).

1347131383_mc_jean_gab_1Il y aurait de quoi faire deux ou trois films sur les aventures du Ptit Charles. Si un réalisateur s'attelait à adapter Sur la tombe de ma mère, le résultat pourrait être extraordinaire. Mesrine passerait presque pour un petit délinquant à côté du Gab1 conté ici. Lorsqu'il est emprisonné en Allemagne, il semble même jouir des mêmes privilèges qu'un Ray Liotta dans Goodfellas. Bordel, foutez-moi un Scorsese derrière la caméra, le résultat sera grand, d'autant plus en considérant la prose cinématographique de l'auteur. Pour les dialogues, rien à envier à Audiard : Charles enchaine les punchlines avec encore plus d'aisance qu'un Despo ou un Lino : "Le Rapha était pédé jusqu'à la moëlle mais il valait mieux pas essayer de l'enculer.". En prison, au sujet d'un passeur : "Si j'avais mis Misha à ma botte, ce n'était pas juste pour la capacité de son cul." De la punchline qui se retrouve jusqu'aux titres de chapitres : South Side Pussy, Gangsta Reich, ou encore Les vertus de toujours frapper le premier.

Certains passages sont paradoxalement aussi durs que drôles, la faute à un Gab1 qui semble ne jamais rien prendre au sérieux, aidé par son phrasé légendaire. Les viols en prison ? "Certains avaient de bonnes dents, mais il y en avait toujours un pour leur casser les chicots afin que sa bite puisse entrer." La perte de l'amour de sa vie ? "La rupture avec Pepito me faisait si mal que je somatisais du tarin toute la journée, j'en avais même attrapé un ulcère aux couilles." Le boug se permet même de déconner sur sa double-tentative de suicide manquée.

Quand y'en a plus, y'en a encore

Une fois les péripéties de type braquage-prison-bicrave passées, on en redemande. Et Gab1 n'est pas avare en paroles ! La dernière partie du bouquin est consacrée au rap et ses alentours. De Joeystarr et ses consommations de coke à ODB, à qui Gab1 a collé une droite, tout le monde y passe ! Gab1, qui cherche presque à se justifier de s'être lancé dans la musique (par moments, on a l'impression qu'il n'assume pas vraiment d'être devenu rappeur), nous raconte dans un premier temps comment il est entré dans ce monde ... en projetant d'enlever puis rançonner les Rita Mitsouko ! Parmi une foule d'anecdotes, on apprend aussi que "33 comme l'autre" a été le premier morceau écrit de l'album "Ma vie", ou encore que la première version de "J't'emmerde" durait dix minutes.6db74faf01df1ea24a8d8646d9c0652b7c5e5098.png

Des drames, du rire, des ragots sur les rappeurs, de l'action, des fusillades ... il ne manque pas grand-chose à Sur la tombe de ma mère. En plus de nous proposer une biographie riche et rythmée, Gab1 se permet aussi quelques très bonnes réflexions de nature sociale (notamment sur le thème "tout le monde peut s'en sortir, aucune citée n'a de barreaux). Et, cerise sur le gâteau, comme dans toute bonne autobiographie, on en apprend pas mal sur la personnalité de l'emmerdeur numéro 1 du rap-jeu. Notamment sur le fait qu'il soit ... un putain d'emmerdeur : "J'ai toujours pensé que si j'arrivais à gâcher la journée de quelqu'un, c'était une journée de gagnée pour moi. Aussi, chaque jour, opiniâtre, je m'y employais."

Une faculté innée à emmerder le monde, qui nous réserve quelques passages hilarants : "Un gars du Mozambique, qui ne parlait pas un mot d'allemand, désespérait d'écrire une lettre à sa meuf. N'écoutant que mon bon coeur, je m'improvisai écrivain public. Le frère était à la peine, et moi un sentimental, alors j'écrivis ceci  : "Salut ma chatte, maintenant je te déteste, tu n'étais qu'une grosse blanche avec des yeux bleus, quand je te baisais, je pensais que tu étais un cochon. Ne m'écris plus, je ne veux plus rien savoir de toi. Signé : ton gros zob noir.""

Gab1, crois-moi, ton bouquin a un seul défaut : il a une fin. On voudrait que ça ne finisse jamais, qu'après le dernier chapitre, il y en ai encore un, ne serait-ce que quelques pages. Un peu comme à la fin d'une bonne série tv, tu payerais cher pour une saison de plus, ou juste un épisode-bonus. On relit les dernières phrases avec une interrogation : franchement, en 2013, après des décennies à mener l'existence que tu nous contes ... bah tu dois bien te faire chier.

Allez, faut conclure. Une dernière pour la route : "S'il y a une vie après la mort, je souhaiterais revenir sous la même forme, pour commencer à déconner plus tôt, et buter mon père par précaution."

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