Escobar Macson - Vendetta

Escobar Macson : loin des pulls à capuche, une sale crapule

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En 1992, Mac n'a que onze printemps. Et quand il pose pour la première fois le pied aux States, c'est d'un revers en pleine face qu'il est accueilli : une claque nommée Snoop ! Avant même Doggystyle, lui et toute l’équipe de Death Row viennent choquer celui qui deviendra Escobar putain de Macson !

Six hivers plus tard, le gosse a bien grandi, et suit les traces de Calvin Cordozar Broadus. Ses premières armes se font au niveau local : le projet Villeta Saga, compilation de rappeurs issus de Villetaneuse, et réunissant notamment Alibi Montana ou Alino, ne voit malheureusement jamais le jour. On prête alors à Escobar une comparaison peu judicieuse avec Oxmo Puccino : si le timbre de voix (pas encore tout à fait mûr) s'en rapproche, le style est radicalement différent. Macson n'est pas encore majeur, mais ses textes sont d'ores et déjà déconseillés à aux mineurs.

Un an plus tard, les choses accélèrent : signature chez Menace Records ! Le chargeur est surchargé, mais une boulette bloque l'automatique : un peu moins de dix-huit mois plus tard, Escobar annonce son départ. "Ça n'allait pas à mon rythme", expliquera-t-il quelques années plus tard à Rap2k. Le boug est pressé, il a ses projets en tête, et veut les finaliser. Que les horreurs imaginées dans son cerveau puissent enfin se matérialiser, que le massacre à la tronçonneuse devienne massacre de beat.

On est déjà en 2001, et Tony Bamboula décide de s'entourer d'une équipe pour enfin débarquer dans les bacs, déblatérer et mettre des coups de battes. Drive By Firme est le nom que se donne le groupe : trois bougs du 93 (Esco, Rani et Jozahaf -ces deux derniers formant le groupe 3ème Degré-) et un du 77 (Awanza Cocaïne), encadrés par DJ Hamdi (95). Le produit ? Intifada, une mixtape, au sens premier du terme, puisqu'elle sort au format cassette ! La liste des invités donnerait presque mal à la tête : Casey, Movez Lang, Ol Kainry, L'Skadrille, Eloquence, Savant des rimes, AP, Samat ... A noter qu'une réédition (format digital) est parue en 2012.

"Negro, si tu kiffes pas t'écoutes quand même" : on sent le Macson Escobar déjà très affuté. En 2002, Drive-By Firme lance le maxi du groupe 3ème Degré, "Interdit aux batards". Esco pose un couplet assassin sur le morceau "Mein Kainf" : "Touche mon clan, ça pue les funérailles", "tout ce que j'ai retenu de la Marseillaise, c'est Aux armes, citoyens". Rencontrant un certain succès d'estime, il est contacté par K-lybr (ex associé de Bayes chez Menace Records), et signe chez Calibre Records.

Son style est alors déjà bien défini : sec, crapuleux et violent, Escobar est le genre de mec qui découpe le beat à la machette. Sans fioritures ni mise en scène ("loin des pulls à capuche, une sale crapule"), il débite crûment ses saillis, envoie de la punchline massive sans peur de se salir les mains. Les champs lexicaux prédominants ? La violence, évidemment ("j'me fais une écharpe avec tes boyaux"), la torture et l'amputation ("me montre pas du doigt ou c'est la machette, tu vas jouer du tam-tam avec les coudes"), l'argent sale (avec une prédilection pour les stupéfiants comme source de revenus :"investissements grâce aux sachets d'Amérique Latine"), la vengeance et la damnation ("si je suis là c’est qu’il n’y a plus de place en enfer""). Mais Mac Jerry n'est pas uniquement violence : à l'instar d'un Despo Rutti, son africanisme est revendiqué et interrogateur ("la cause de la première guerre mondiale, c'est parce qu'ils se disputaient l'Afrique"), et ses coups de têtes sont politiques ("me demande pas l'impossible, comme l'Iran sous une kippa") comme historiques ("tu parles de Napoléon en héros, mais quelle histoire mal écrite").

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2004 est une année-charnière dans la carrière de Tony Bamboula, qui sort de l'ombre suite à sa rencontre avec Lalcko. Le morceau Ghetto Guet Apens se retrouve sur Sang d'Encre Haut Débit, la compilation du 45 scientific, et met une claque monumentale à bon nombre d'auditeurs. "Parfois il faut marcher avec le diable pour accomplir l'oeuvre de Dieu", "Pourquoi faire les difficiles, à la naissance on vient à poil", "Tu vas quitter ce monde comme t'es venu : sale, en hurlant, et arraché à la femme que t'aimes" ... on pourrait quasiment citer chaque ligne du morceau tellement la punchline lui semble facile. La noirceur d'Escobar commence enfin à rayonner au delà des quartiers dans lesquels Intifada avait tourné.

Cette époque, c'est celle du chant du cygne pour le 45 scientific. Après la très faste période Mauvais Oeil - 45 scientific vol.1 - Temps Mort, l'écurie cherche un nouveau souffle. Sans Booba, mais avec les brillants Lalcko, Hifi, Keydj ou Mekhlouf, on se dit que le label peut survivre. Après un premier album de Hifi passé quasiment inaperçu, c'est donc au tour de Ali, tête d'affiche du 45, de sortir son solo. Escobar y apparait le temps d'un morceau, "L'Impasse". Évidemment, le contraste avec le pieux Ali est saisissant : "j'ai envie de bé-ger, vite, ramène un sachet". Une association de contraires qui n'est pas sans rappeler le duo Lunatic, et qui pousserait presque à rêver d'un album commun. Dans la même interview (abcdrduson, juillet 2006), Ali confirme, "il est clair que nous sommes appelés à faire des trucs en commun", puis tempère, "pour être franc, je ne me vois plus retaper des albums en duo, non". Difficile d'y voir clair dans les intentions et les projets du label.

Après une tournée (France + quelques dates à l'étranger) avec les membres du 45 scientific, Escobar pense enfin avoir trouvé le label qui lui permettra de lancer son premier album. Une fois de plus, le coche est manqué. Septembre 2006, Macson quitte donc le navire percé du commandant Geraldo. Deux mois plus tard, Résurrection, street-CD produit par Escobar et mixé par DJ Hamdi, est dans les bacs, sous l'égide du 45. Aucune promo, Esco lui-même n'était pas au courant de cette sortie ! C'est à n'y rien comprendre. D'autant qu'un album est annoncé ! "Du berceau à la tombe" est même visible sur les boutiques en ligne de la Fnac !

"Du berceau à la tombe’, c’est le titre qu’a donné à un de mes morceaux un espèce d’escroc appelé Laurent Geraldo. Ce soit-disant monsieur a voulu sortir derrière mon dos tout ce que j’avais enregistré chez 45 Scientific. Un de ces morceaux s’intitulait ‘Du berceau  la tombe’ et je l’avais fait avec Lalcko… Le mec, il n’est pas allé chercher plus loin. ‘Du berceau à la tombe’ ? Hop, hop, hop, ce sera le titre de l’album… Donc que les choses soient dites : l’album “ Du berceau à la tombe  n’existe pas, c’est virtuel." (abcdrduson, octobre 2008)

Voila pour l'extra-musicale. Mais qu'en est-il du son ? Résurrection est un projet inégal, fait à 50% de remplissage à base d'interludes, d'extraits de films, et de freestyles radio. Pourtant, si on prend le temps de faire le tri parmi les 27 pistes, il y a de quoi se décrocher deux ou trois chicots. On voyage de 1998 à 2006, et des salves comme Résurrection, De l'argent ou du plomb, Rimes et tragédies, ou encore 3 voyelles et 4 consonnes raisonnent salement dans le crâne, comme un coup d'extincteur en pleine face.

Une fois de plus, Tony Bamboula confirme son véritable talent de punchlineur : "les poches vides, ça sert à rien comme les couilles du Pape" ; "Il faut que je prenne les devants pour pas qu’on me prenne le derrière" ; "Tourne ta langue sept fois avant que je la bouffe" ; "Le crime paie plus que l’intérim" ... la liste est longue, très longue. Et si on regrette que le projet ne soit pas un peu plus condensé, on reconnait aux interludes et extraits divers le mérite de donner une cohérence à l'ensemble. De la cohérence dans un street-CD : Escobar fait décidément les choses comme personne.

En 2007, Mac Jerry continue à enfanter de sales rejetons, vaquant de compil en invitation, reprenant Le Crime Paie pour la compilation Têtes Brûlées 3épaulant Seth Gueko sur son street-album Patate de Forain, ou donnant la mesure de la compilation Self Defense (Driver), avec Lino l'année suivante.

Après la résurrection, 2008 est l'année de la Vendetta. Nouveau street-CD, à nouveau très cohérent, malgré un manque flagrant d'inédits. Escoputaindebar travaille son personnage hardcore jusqu'à l'aspect visuel, tronchonne ses instrus et tronçonne avec le clip de l'Introconneuse.

Quelques featurings côtés (notamment Lalcko et Seth Gueko), de nouvelles claques ... encore une fois, le projet est solide, mais a le démérite de faire s'impatienter la fan-base grandissante du bonhomme. L'album est attendu, et annoncé pour l'année à venir. Il s'appelera "Esprit de clan". Dans une interview pour l'abcdrduson parue en janvier 2009, il le présente même comme "quasiment terminé".

Mauvaise pioche. L'album ne sort pas.

Mais quelle putain de malédiction poursuit Tony Bamboula ?

Comme une mauvaise habitude, c'est donc avec un street-CD qu'on retrouve Escobar Macson. Ou une mixtape, compilation, pré-album ... en fait, on ne sait plus trop. "Un best-of" précise le rappeur dans une interview pour Passion Hip-Hop. On se retrouve donc avec huit morceaux déjà connus (Mein Kainf, Lettre anonyme ...), agrémentés de 4 inédits (2 solos et 2 feats : Alpha 5.20 et Dosseh), et d'un remix (Fripouilles et billets sales - l'originale provenant de la BO d'African Gangster). On apprécie les inédits, mais on se demande si la carrière du Villetaneusien ne commence pas à sentir le sapin. De mixtape en best-of, on est en 2010, et douze ans après ses premiers pas au micro, le rappeur n'a toujours pas sortit d'album.

Depuis, on continue de le croiser ci et là, au détour d'un featuring, comme sur la compilation "Département 93", en featuring avec Despo Rutti : Qu'est ce que tu racontes ? Il trouve même le temps de balancer quelques classiques instantanés, comme cette grosse saveur, Esprits Crapuleux, avec Lalcko et Despo (une association fructueuse) :

Faisons une fleur à Escobar, et ne parlons pas de sa participation à Rap Contenders en tant que membre du jury. Parlons plutôt de l'avenir, puisqu'un nouveau projet est dans les startings blocks : Red Business, "pré-album" composé d'une dizaine d'inédits, devrait être disponible très prochainement. Prévu à la base pour la fin d'année 2012, Red Business est surtout un moyen de préparer le terrain en attendant l'album. Dernier Hold-up est quasiment terminé, et il suivra de très près la sortie du pré-album.

Alors bien sûr, ce n'est pas la première fois qu'on nous annonce un album d'Escobar Macson "presque terminé" et "sur le point de sortir". Mais cette fois, c'est sa propre structure (Makila Mizik) qui gère les bails. On sait le bonhomme déterminé, et une fois les derniers détails juridico-administratifs réglés, rien ne devrait l'empêcher d'envoyer les bastos. On attend ça depuis bien trop longtemps, et on a peu de doutes sur la qualité du produit fini, qu'on imagine déjà violent, efficace et sans concessions : le dernier hold-up parfait.

"J'veux voir des rappeurs à l'hosto"

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