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Mobsters, flambeurs et autres gangsters du rap game (1)

1/ Kenneth « Supreme » Mc Griffith

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«  They was legends, myths like urban-legends myths » Irv Gotti.

Finalement, il n'y a pas de justice ! Les derniers ont fini par être les premiers. Les vrais gangsters notoires de l'Amérique se sont vu ravir la place au Panthéon et (surtout) le magot par d'illustres rappeurs au CV de la cambriole aussi fin que le morceau de fromage qui s'ébat dans le sandwich SNCF. Se nommer Demetrius « Big Meech » & Terry « Southwest T» Flenory, Freeway Ricky Ross, Pappy Mason, Kenneth «Supreme » Mc Griffith, acteurs majeurs dans le jeu de la drogue mais aussi pour certains du business du rap, peut vous amener à vous coltiner de nombreuses années dans les pires pénitenciers du pays pendant que d'autres exploitent, voire s'approprient votre blaze tout en pérorant fadaises rimées sur votre vie d'illustre gangster.

Lorenzo « Fat Cat » Nichols, James « Wall »Corley & Kenneth « Supreme’ » McGriff (circa milieu des années 80)
Lorenzo « Fat Cat » Nichols, James « Wall »Corley & Kenneth « Supreme’ » McGriff (circa milieu des années 80)

 

A l'instar de Rome, le rap game ne s'est pas fait en un jour. De Miami en passant par New York, le rap du début rime le plus souvent avec argent sale en provenance de la drogue. Les breakbeats séminaux secouent non seulement les arabesques corporelles des B-Boys, mais aussi neurones de gangsters et autres gros dealers. Ces derniers ont compris que cannibaliser l'énergie du hip hop est un bon moyen de faire fructifier leurs nouvelles richesses. Don d'ubiquité, sang-froid et urgence dans les décisions sont les qualités requises pour celui qui désire établir son business en soumettant les autres à ses propres règles ... Oui, les autres, c'est à dire les amis qui deviennent vos pires ennemis, ceux-là justement qui veulent se la faire à l'identique, c'est à dire être des putains d'enfoirés de califes à la place du Calife !

Ce n'est pas pour rien que la vie trépidante des mobsters a été baptisée  : « sporting life » ! Littéralement « vie sportive » ... Sorte de marathon du meurtre, du business de la drogue et des allers-retours en prison, tout au long duquel le moindre arrêt pipi peut vous être fatal.

Bref, à l'heure où détonations de glock de studio et baragouin de gangster résonnent la plupart du temps comme des pétards mouillés, une fois n'est pas coutume, rendons au Petit César ce qui appartient au Petit César !

THE SUPREME TEAM

Non, Kenneth « Supreme » Mc Griff n'est pas le seul individu à avoir la légitime ambition de devenir riche pendant les années 80 dans le Queens (NY), il y a aussi pléthore de concurrents qui deviendront, business oblige, alter egos du drug game : Gerald « Prince » Miller, Thomas « Tony Montana » Mickens et surtout Lorenzo « Fat Cat » Nichols, gangster à poigne qui sévit entre 150th Street et Southeast Queens, un des rares chapelain de la coke à être capable de diriger son gang depuis sa cellule quand il est assigné à passer quelques temps derrière les barreaux.

Supreme et sa Team ont commencé à vendre de la drogue dans Bailey Park Houses du quartier Jamaïca (Queens) puis ont étendu leurs activités du côté des Queensbridge Houses, enfilades de barres bétonnées desquelles vont bientôt émerger Nas, Mobb Deep, Cormega et tant d'autres rappeurs en herbe. De fil en aiguille, la réputation de la Team va grandissante à Queensbridge, surtout grâce à la promiscuité établie avec les latinos qui sont les seuls à disposer de la filière de la cocaïne. Pour preuve, bien qu'étant de Harlem, le rappeur AZ décide d'emprunter son nom d'artiste à un des membres de la Team.

En 1986, Supreme est incarcéré une première fois pour détentions de drogues et d'armes. Affublée de la mythique veste rouge arborant le mot « Supreme », la Team ne lâche pas l'affaire pour autant. Désigné nouveau leader du crew par Supreme lui-même, c'est son neveu Gerald « Prince » Miller qui prend en main les opérations en tout point juteuses, traffic qui rapporte pas moins de 3000 dollars par jour. C'est une vraie fortune qu'accumulent ces ex-crevards en accrochant les nécessiteux du hood à leur poison, d'ailleurs tous se donnent vite des allures de propriétaires de yacht, roulent en voiture de luxe, enfin, portent pas moins de deux Rolex à chacun de leur poignet.

Supreme et son neveu « Prince » Miller
Supreme et son neveu « Prince » Miller

 

LE RAP : MURDER INC & E-MONEY BAGS

En 1989, Supreme Mc Griffith est frappé de plein fouet par la queue du « crack dragon » qu'il vend sans vergogne avec l'aide des ses soldats. La sentence est lourde : ce sont dix longues années de placard qui se profilent. Il en fera six. A sa sortie du mitard en 1995, le business du rap est en plein boom. Supreme prend sous son aile Irv Gotti, un rookie qui l'idolâtre, et l'aide à monter un label de rap : Murder Inc. Il est clair que Gotti a impérativement besoin d'un vrai caïd à ses côtés pour renforcer sa street credibility et vendre son rap sans que quiconque ose la ramener, seulement la réciprocité est de rigueur dans leurs relations. De son côté, Supreme a vite compris que le marché florissant du disque risque de lui échapper définitivement sans le concours de son protégé. En fait, cette histoire s'apparente à la virgule près à celle du rappeur Young Jeezy, lequel aurait eu, sans l'appui de Big Meech Felony, un mal fou à élaborer son Trap recording business à Atlanta au milieu des années 2000.

On est en 1999. Escorté par son homme de main Colbert « Black Just » Johnson, Supreme est pris sous le feu nourri du rappeur E-Money Bags. Une banale histoire d'achat et vente de voiture de luxe est à l'origine du désaccord qui a brutalement dégénéré. Ces babioles de gangsters sur les nerfs font que Johnson est blessé, pire, il se vide de son sang. Au lieu de l'emmener directement à l'hôpital qui se situe au bout de la rue, Supreme a la piteuse idée de retourner au quartier et de demander à quiconque de transporter son ami à l'hôpital. Trop de temps perdu et « Black Just » y laisse finalement la peau.

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Deux ans plus tard, à titre de vengeance, Supreme embauche un associé en chef dans la crapulerie et la brutalité, Dennis « Divine » Crosby. Le contrat est clair : celui-ci, épaulé par sa compagne, doit liquider E-Money. Après avoir filmé ses mouvements pendant plusieurs jours et décidé de l'endroit du crime, le couple démoniaque l'abat au volant de sa Mercedes mais se retrouve assez vite devant la justice pour meurtre, racket et trafic de drogues. Lors du procès, il est prouvé que, prévenu de la mort d'E-Money Bags, Supreme s'est empressé d'envoyer un message à Irv Gotti and C°, leur disant ceci : « Vous avez manqué la fête ! »

La même année, ce sont deux barons de la drogue du Queens, à savoir Troy « Big Nose Troy » Singleton et Nathan « Green Eyed Born » May qui sont assassinés par Emmanuel Mosley. Le délit qui leur a couté la vie ? Ils ont aveuglément giflé le très protégé Irv Gotti dans un studio.

E-Money Bags
E-Money Bags

CURTIS « 50cent » JACKSON

Entre temps, en 2000, c'est le rappeur devenu notoire Curtis « 50cent » Jackson qui a subit les représailles de Supreme. Un tueur à gage lui a logé trois balles dans la carcasse alors qu'il flâne avec un ami devant chez sa grand-mère. Il survit miraculeusement. En vérité, cela fait déjà un petit moment que 50 Cent cherche des crosses, notamment en agressant verbalement Murder Inc sur disque, puis dans les colonnes des magazines hip hop. Il ne cesse de sermonner que Ja Rule est une brêle, mais prononce la phrase de trop lors d'une battle : « Don’t nobody respect you nigga / You Preme’s son nigga / Muthafucker been getting extorted since day one. ».

Truculent, arrogant, il est décidé à enfoncer le clou et en rajoute une couche énorme sur « Ghetto Qu'ran » (2000) « When you hear talk of the southside / You never hear talk of the Team / See niggas feard Prince and respected Preme / For all you slow mothefuckers I'm gonna break it down iller / See, Prince was the businessman and Prince was the killer. »

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Pourtant 50 Cent n'est pas le premier MC à rapper sur la « sporting life » de Supreme, Nas, autre rappeur notoire de Queensbridge, a profité de « Memory Lane (Sittin in Da Park) » sur Illmatic (1994) pour verser son couplet sur Mc Griffith. Seulement, dans la rue on raconte que Supreme a quelque chose à voir avec la mort de la mère à 50 Cent, elle-même affiliée à la Supreme Team qu'on a retrouvé morte chez elle après qu'un anonyme ait versé un produit dans son verre et ouvert le gaz. Si la défunte Sabrina Jackson a, soit dit en passant, arnaqué financièrement Preme, sa mort sonne comme un avertissement pour tous ceux qui auront la mauvaise idée de tenter pareille chose.

Si 50 Cent avait à peine huit ans lors des faits, il est en âge de se rebeller en cette année 2000. Du coup, il s'époumone à souffler sur la mèche courte qu'il a allumé en connaissance de cause. Cause à effet, les choses s'enveniment quand il y a confrontation physique avec Ja Rule dans un club d'Atlanta, mais aussi avec des membres de Murder Inc. dans un studio à Manhattan.

Or, il faut être doté d'une inconscience folle pour dévoiler les arcanes du pouvoir de Supreme ... Pourtant, le jeune Cent sait (mieux que quiconque) qu'avant de s'élever à ce rang de puissance tutélaire du crime qui impose autant la crainte que le respect, il a fallu à Supreme remuer par centaines de kilos, poudre blanche et carcasses refroidies de gangsters acariâtres. Étonnamment, plutôt que sévir, Supreme préfère pour une fois s'aventurer sur le terrain de l'apaisement, tentant de ne pas retenir ce qui sort de la bouche du jeune rappeur, réfutant toute relation avec la mort de sa mère.

Un beau jour, Supreme décide même de se déplacer afin de parlementer une bonne fois pour toute avec le jeune effronté. S'ils se séparent en « bon terme », le drive by shooting qui fauche 50 Cent à l'aube du nouveau millénaire est bien entendu imputé à son interlocuteur, à savoir Kenneth « Supreme » Mc Griffiths.

Blablablabla ... les langues se délient ... Jon « Love » Ragin régurgite les propos du supposé tireur le jour de la fusillade  -- « Je l'ai eu ! Il y avait beaucoup de sang. » – Les titres de la presse new yorkaise (New York Post) gonflent de façon vertigineuse rumeurs et soupçons. Rien n'y fait, Supreme ne sera jamais épinglé pour ce délit.

Curtis « 50 Cent » touché par 3 balles et non par 9 comme l'affirme la Légende.
Curtis « 50 Cent » touché par 3 balles et non par 9 comme l'affirme la Légende.

 

Nulle autre que l’Amérique sait mieux transformer quelconque fatalité en conte de fée. Pour preuve, ce fait divers a élevé le jeune rappeur au rang d'icône gangsta, lui qui jusque là naviguait dans les eaux troubles d'un rap new yorkais en pleine déconfiture. Paradoxalement, 50 cent doit une éternelle reconnaissance à Supreme Mc Griffith, sans lequel il n'aurait probablement jamais flirté avec le haut de l'affiche.

Rattrapé en 2007 par son passé qui l'accuse d'avoir sorti de ses poches 50.000 $ afin d'éliminer « Big Nose Troy » Singleton et « Green Eyed Born » May, mais aussi d'avoir blanchi 1 million de dollars d'argent de la drogue via les manigances rapologiques du label Murder Inc, Supreme est incarcéré dans une prison fédérale de Brooklyn où la peine de mort lui tend amoureusement les bras.

Aux abois mais jamais battu d'avance, il lance un appel désespéré à Gotti, lui demandant de contacter Jay-Z ainsi que P. Diddy afin de financer sa défense au tribunal ....

Reconnu coupable, il échappe à la peine de mort mais est condamné à la sentence à vie en février 2007.

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  • 4 thoughts on “Mobsters, flambeurs et autres gangsters du rap game (1)

    1. Je comprendrais jamais pourquoi les mecs comme Suprême une fois qu'ils ont fait assez de monnaie continue à tremper dans l'illicite sachant que ça termine toujours de la même façon.

      1. L'illusion que tout ça peut durer indéfiniment... Le sentiment d'invincibilité que ça génère ...On décèle les mêmes symptômes chez les politiciens, grisés par le pouvoir, l'argent, les avantages en tous genres etc -

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