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MDRG : Mort du Rap Game

LgDMQiD"Skyrock, Booska-P ne sont pas premiers sur le R-A-P, mais sur les rappeurs signés ... ce sont mes ennemis !". Shone pose les bases dès la première piste de sa compil. Initiateur du projet MDRG, le ghetto fabulous gangster aime faire les choses à sa manière : en totale indépendance. Pas de planète rap, pas d'habillage booska-p, comme une illustration de la mentalité exposée dans le premier extrait, "Enterrez-moi dans ma tess" (Shone et Iron Sy). A l'heure où Miami est devenu le nouveau lieu de pèlerinage de toute bonne tête d'affiche du rap-game, le GFG vient remettre les pendules à l'heure.

Trente titres. Comme une manière de dire : ici on ne se fout pas de la gueule de l'auditeur. A une époque où les albums se consomment façon fast-food-music, MDRG se pose là aussi en opposition, avec un produit véritablement consistant. Une lourdeur qui se dessine avant même de lancer l'écoute du double-CD, par la simple lecture du nom des participants à la tuerie. Dans le désordre (liste loin d'être exhaustive) : Dosseh, Casey, Niro, Iron Sy, Sofiane, Ciro, Mac Kregor, La Comera, Le Rat Luciano, Nakk ou encore Rockin Squat ... Rockin Squat ? Vraiment ?

On est presque surpris de voir son nom apparaitre sur un projet estampillé Ghetto Fabulous. Et on l'est encore plus à l'écoute du morceau : l'Assassin se fond parfaitement dans l'ambiance ghettoïsée de MDRG. On l'imaginerait presque aux puces, capuche sur la tête, en train de vendre ses CD, aux côtés de Malik Bledoss et O'Rosko. Et c'est précisément là que se trouve la réussite de la compilation : malgré la quantité phénoménale de participants, l'ensemble est d'une cohérence impressionnante. L'accumulation de talents ne nuit aucunement à l'homogénéité musicale du projet. Au contraire ! L'armée ghetto-fabuleuse pousse toute entière dans le même sens, comme un seul homme, avec une seule visée : "la mort du rap game, et le renaissance du r-a-p".

Une mentalité insufflée par Shone, digne successeur d'Alpha 5.20, qui s'évertue à réunir autour de lui des rappeurs talentueux, qu'ils soient reconnus ou très peu exposés. Voir Ciro apparaitre sur la même tracklist que Le Rat Luciano, c'est tout l'esprit Ghetto Fab. Saluons la démarche, d'autant que l'initiative ne se limite pas à quelques beaux espoirs bien intentionnés, mais bien à un double-CD sans le moindre temps mort, sans la moindre baisse de rythme ou de qualité. Difficile de dégager une sélection de morceaux meilleurs que d'autres, l'ensemble est si homogène que les préférences seront forcément totalement subjectives. Citons tout de même l'enchainement des 6 premières pistes (en excluant l'interlude), qui déclasse de très loin tout ce qui s'est fait jusqu'ici en 2013 : Ennemi d’État (Shone), Enterre-moi dans ma tess (Shone et Iron Sy), La mentale (Niro), Infernhall (La Comera), Règne de terreur (Mac Kregor), Pussy Niggaz (Juicy P, D.O.Z, Malik Bledoss).

L'ambiance est celle de tout bon Ghetto-Fabulous album : sombre et crapuleuse. Les champs lexicaux prédominants ? Racisme, bicrave, armes à feu, amour de la rue, haine anti-policière, religion, valeurs, solidarité des quartiers, rejet des faux, affranchissement du système. Pas d'idées révolutionnaires, d'utopies naïves, de misérabilisme larmoyant, ou de bons sentiments hypocrites. Loin des paillettes du rap game, MDRG réhabilite une vision humble, sincère et lucide de la musique, tout en conservant sa verve crue et la violence de son énergie.

Le rap-game est mort, vive le rap

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