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MOBSTERS, FLAMBEURS ET AUTRES GANGSTERS DU RAP GAME (2)

« Freeway » Ricky Ross

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A ma connaissance, Ricky Donnell Ross n'a jamais été concerné par l'univers du rap game. Arabian Prince, « Lonzo » Williams, Ice-T, Kid Frost, Egyptian Lover, N.W.A. Snoop ? Pas un seul de ces putains d'illustres pionniers de la West Coast n'apparait dans ses interviews ou déclarations. Les considérait-il comme des michetons du breakbeat et de la rime dite « gangster », lui qui avait pris l'habitude de grenouiller avec les pires narco trafiquants de la planète ? Or, l'ex-maton de Miami devenu rappeur, Rick « Rozay » Ross a débarqué, exploitant sans vergogne son blaze, enfilant sans son consentement son costard de ponte de la drogue, puis, pour finir, démentant avoir un jour entendu ne serait-ce qu'une seule fois parler de lui. Pris une nouvelle fois en flagrant délit de mensonge, Rozay a désormais avancé trop de pions bancals dans le jeu du rap et ne peut cette fois-ci faire marche arrière. Sachez que c'est seulement à partir de 2007/2008, qu'informé par des missives en provenance de Miami lui racontant qu'un MC barbu rapporte maintes histoires rocambolesques au sujet de dealers de drogue qu'il ne connait ni d’Ève, ni d'Adam, que Freeway Ricky Ross semble découvrir la face alambiquée du nouveau rap. Emprisonné depuis plus de dix ans, il profite d'un champ d'action très restreint et ne peut réclamer quelconques réparations. Heureusement, les nouvelles de sa libération se précisent, aussi Ricky prend son mal en patience. Enfin sortit du mitard en 2009, il s'empresse d'exiger 10 millions de dollars pour contrefaçon et entame une action en justice contre Rick Ross, Jay-Z, Def Jam et Universal Music pour utilisation illégale de sa propre identité (en mai 2010). Mais ce n'est pas tout. Au delà de l'usurpation frauduleuse de son blaze, c'est peu dire que la parabole rap de la montagne de saindoux de Mayback Music l'ulcère au plus au point. Car, comme Ricky l'a clamé durant tout le temps de sa récente introspection : «  Les vrais dealers ne parlent jamais de drogues ! ».

Ce n'est rien de dire que les moindres faits et gestes du Falstaff noir du « coke rap » sont continument colportés par la presse people US, par contre, la vraie vie du vrai Ricky Ross est digne d'être adaptée au cinéma. Ci-joint un éclairage diurne sur la vie sportive du légendaire Freeway Ricky Ross, laquelle oscille entre carrière avortée de tennisman professionnel, débauche d'énergie animale de gros gangster et récidiviste pourchassé au volant de son bolide par un escadron du SWAT de Los Angeles !

Reprenez votre souffle, trois, deux, un c'est parti...

Né en 1960 dans la ville de Troup (Texas) Ricky file vers la Californie vers 1978. A cette époque il joue plutôt bien au tennis puisqu'il remporte tournois sur tournois et qu'une carrière de professionnel se profile. Or, si le monde immaculé du tennis US a tout juste commencé à intégrer les Noirs (Arthur Ashe), il ne supporte en rien les incultes et les médiocres. Ricky Ross possède un jeu de jambes phénoménal, un revers performant, malheureusement pour lui, il est quasiment illettré. Le jour où son coach constate ses lacunes, on lui barre l'entrée au collège. Du coup, dépossédé de la manne pécuniaire indispensable à sa progression sportive, il fait une croix définitive sur la carrière de tennisman qu'il a tant rêvé.

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Un rejeton empoisonnant baptisé « Ready Rock »

De retour dans le hood, Ricky Ross est vite confronté à cette quotidienneté oppressante que le tennis lui a permis momentanément de fuir. Le fait de ne pouvoir vivre dans une maison de Beverly Hills avec un court de tennis dans son jardin alimente sa frustration. A force de chercher une nouvelle sortie, il finit par en déduire que la cocaïne est cette énième chose que les Blancs ne veulent pas que les Noirs possèdent. Indéniablement, la coke est une défonce bien trop onéreuse pour les habitants de Compton ou de South Central, des endroits où l'herbe et l’héroïne sont prédominants, aussi, accrocher les trimards du hood – via l'erythroxyline – à une drogue aussi délétère que le sacro-saint rêve américain est un projet de marketing qui s'étudie de près.

Il a 19/20 ans lorsqu'il rencontre Henry Corrales, dealer de drogue nicaraguayen qui va commencer à l'approvisionner. Son ami « Big Loc » Newell est de la partie. Tous deux décident de prendre le business à leur compte, se connectent avec les Crips et développent leur propre clientèle.

En 1983, résultante des ravages causés par la crack cocaïne, les quartiers pauvres de la métropole des angelins sont devenus de véritables poudrières (sorry). Un peu comme on baptise son propre rejeton, Ricky Ross la surnomme affectueusement « Ready Rock ». A cet instant, il a perdu de façon irrévocable son statut de rookie du business de la drogue, il possède un vrai gang sous ses ordres, « The Freeway Boys », plusieurs laboratoires de transformation, et peut vendre jusqu'à 2 à 3 millions de dollars de freebase crack par jour.

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Argent de la drogue + CIA + Danilo Blandón VS la révolution sandiniste

Le fait d'avoir grandit sans son père pousse Ricky a s'inventer une figure paternelle. C'est là qu'intervient Oscar Danilo Blandón Reyes alias Mr Fisher, un ancien maître d'école reconverti en pourvoyeur de drogues. Ce dernier possède sa connexion nicaraguayenne de narco trafiquants, laquelle peut vous abreuver en coke de haute qualité à un prix défiant toute concurrence. Comme il l'avouera plus tard lors d'une interview, à cet instant, Ricky Ross n'a ni peur de la CIA, ni des Contras, cela vient du fait qu'il n'a aucune connaissance des intrigues politiques qui lient le Nicaragua, les USA et le trafic de cocaïne. Pourtant, Blandón Reyes l'éclaire de façon assez précise sur ce sujet plutôt brûlant : « Ronald Reagan nous a donné 18 millions de dollars pour acheter des installations médicales et des armes pour mater la révolution. De notre côté, nous avons empoché l'argent et avons acheté de la drogue ! »

Oscar Danilo Blandon Reyes
Oscar Danilo Blandon Reyes

Les lacunes géopoliticardes de son associé n'ont aucune incidence sur le déroulement des affaires de Blandón Reyes, celui-ci utilise l'argent en provenance du trafic pour irriguer les fonds de la lutte anti-sandiniste. Du reste, ce dernier est en relation étroite avec la CIA et l'administration Reagan qui non seulement luttent main dans la main contre l'implantation du communisme au Nicaragua, mais l'autorisent à importer puis déverser la drogue dans les ghettos californiens. De son côté, Ricky Ross est devenu le rouage essentiel entre les Cartels colombiens et les Bloods & Crips, notoires crack gangs locaux qui défendent bec et ongle leurs bouts de territoires afin de vendre leur came –> THE DARK ALLIANCE, exposé incendiaire dévoilé par Gary Webb en 1996, qui ruinera à jamais sa carrière de journaliste et le poussera à un énigmatique suicide en 2004, raconte ici l'inavouable : http://www.mega.nu:8080/ampp/webb.html

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Cause à effet, le cancer qui ronge South Central n'est qu'au début de sa généralisation.... Une étude conduite par Roland G. Fryer de la Harvard University Society of Fellows, conclura bien plus tard qu'avant 1980 les indices du crack étaient, toutes races confondues, quasiment nuls. Pendant les 80's jusqu'au début des années 90, les indices concernant les Noirs ont bondi au delà de 3 voire 4, alors qu'il est de 0,5 pour les Blancs. A cet instant précis personne n'est encore capable d'évaluer les conséquences ou répercutions d'un tel fléau, Ricky Ross, quant à lui, voit grand, toujours plus grand ...

En 1984, il profite de ses nouvelles relations pour ajouter les armes à la drogue dans le contrat des offres. Puis, profitant des équipements les plus sophistiqués permettant d'échapper aux scanners de la police et autres surveillances radio, le marché bien établi du crack peut s'étendre, irriguant les villes de Kansas City, Oklahoma, New Orleans, St. Louis, Seattle, accostant enfin celles de l'Est du pays - Atlanta, Miami, New York et Detroit.

Du « Ready Rock » au « Jailhouse Rock » !

La vie dispendieuse de Freeway Ross – achats de parkings, de bateaux, d'une flottille de voitures, d’un hôtel baptisé Freeway Motor Inn qui sert de lieu de villégiature pour gros dealers, séjour au ski à Aspen etc - alerte l'attention de certaines autorités. Résultat des courses, différents fédéraux suivent ses agissements 24 h sur 24 ...

Infiltrer le marché de la drogue de Cincinnati est le nouveau challenge qui lui tient très à cœur. Avec les dealers de la ville sous sa coupe, c'est pas moins de 5 millions de dollars que Ross compte empocher ... L'organisation est en place et les affaires vont bon train, si bien que la rue et le milieu cincinnatiens l'ont baptisé « The Six Million Dollar Man »....

En 1988, un énième caillou de « ready rock » mal négocié vient faire dérailler cette machine du deal merveilleusement huilée. En effet, une conversion téléphonique au cours de laquelle il est question de transfert de cocaïne est interceptée. Pire, une section canine de New Mexico intercepte neuf kilos de coke qui transitent dans un bus. Alfonso Jeffries, dealer impliqué dans le dit transit, crache le morceau lors d'une garde à vue ...

Désormais, le Gouvernement Fédéral possède les indices nécessaires pour délivrer un mandat qui inculpe Ricky Ross et 13 de ses complices de trafic de cocaïne à Cincinnati. Se sachant poursuivit, Ross retourne se fondre dans la masse à Los Angeles. Il se planque et, chose impensable pour quelqu'un de sa stature, est obligé de faire profil bas. Le 8 juin 1989, deux hommes du SWAT le capturent à la suite d'un assaut. En novembre de la même année, il est transféré au pénitencier de Cincinnati.

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En 1990, Ricky Ross plaide coupable au sujet de la majorité des faits qui lui sont reprochés. Sa coopération avec les autorités va entraîner la chute de 35 shérifs adjoints, de leurs compagnes et d'un nombre incroyable de subsidiaires corrompus de Los Angeles.

Ce sont dix années de placard qui se profilent. Toutefois, la pleine collaboration qu'il a consenti avec les autorités lui donne l'opportunité d'écourter sa peine ... Cette coopération est si fructueuse que c'est au bout de quatre ans de détention qu'il est finalement libéré moyennant 2 millions de dollars et des broutilles d'arrangements qui appartiennent au seuls arcanes de l'État Fédéral.

 

Ricky en zonzon
Ricky en zonzon

Enfin libéré, Freeway Ricky décide de changer de vie. Du moins en apparence. Il restaure un théâtre de South Central qu'il a acheté avant son incarcération, et apparaît à la télévision en tant qu'ex gros dealer marchant sur le chemin escarpé de la repentance avec, surplombant sa caboche, auréole virginale de philanthrope éclairé. Cette soudaine velléité de réhabilitation ne peut que séduire. Du coup, huiles politicardes de tous bords, cohorte de fans, institutions religieuses et pléthore de célébrités du rap et du sport (Magic Johnson, Snoop Dogg, Ice Cube) s'activent au chevet d'un Ricky Ross transformé, par on ne sait quel génie, en une sorte de petit Jésus noir de South Central. Sans être cynique, la fable narrée par Ross a tout pour plaire aux enfants des crack heads de South Central qui s'étripent pour le moindre caillou de « ready rock ». Feu Walt Disney, gourou du dessin animé béni par les WASP, n'a jamais fait mieux.

 

En 1995, fraîchement libéré, Danilo Blandón réapparait. Le fait de revoir Ricky Ross à la télévision réactive des neurones du cerveau engourdis par 24 mois de détention. Aussitôt, il contacte son ancien partenaire de crime car il possède pas moins de 600 kilos de cocaïne estimés à 12 millions de $ à fourguer à travers le pays. En premier lieu, Ross refuse, mais sur l'insistance maintes fois répétée de Brandon ajoutée à l'idée réjouissante de faire un gros coup, il craque à nouveau. Justement, ça tombe bien, un quidam a besoin illico de 100 kilos. On est le 2 mars 1995 et le transfert de la blanche doit avoir lieu sur un parking de la périphérie de San Diego. Ross s'en va chercher la voiture bourrée de came et vole vers le rendez-vous.

A peine débarqué, voilà que l'étau se resserre. Les flics interceptent le deal mais, pareil à une anguille habituée à frayer dans les eaux pestilentielles de la « L.A. river », Ross se faufile et s'enfuit au volant de sa merco. Il est arrêté un peu plus tard après que son bolide ait fait une embardée et emboutie une haie.

Le rap dans la nouvelle vie de Ricky Ross

Une nouvelle fois, sa sentence à vie est réduite à vingt ans. Tous les efforts consentis pour se rééduquer et se réhabiliter aux yeux de l'opinion publique via quelques très influents médias font qu'il est relaxé en 2009.

Depuis, il s'est établi dans différents secteurs de la vie active qui vont de la conception d'un show de télé réalité à une fondation conçue pour aider les jeunes défavorisés en passant par l'édification d'un label de rap – Freeway Music Group – pas encore tout à fait prêt à concurrencer le notoire Maybach, propriété de son fieffé homonyme qu'il ne cesse de provoquer, de désavouer, en confortant le fait que la « War On Drugs », cheval de Troie électoral de Ronald Reagan, fut, parole de Ricky Donnell Ross, une jolie petite farce républicaine.

Freeway Ricky Ross Presents « American Gangster » The Street Album

http://freewaymixtapes.com/freeway-ricky-presents-american-gangster-the-street-album/

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