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Don't fuck with italians, chap.1 : Le clan Rizzuto

1954, Nouvelle Écosse, port de Halifax, quai 21. Débarquement du Vulcania MS, paquebot de près de 200 mètres de long reliant la botte italienne au continent nord-américain depuis près de trois décennies. A son bord, Nicolo Rizzuto, né 29 ans plus tôt en Sicile, venu suivre les traces de son père, Vito, assassiné en 1933 à New York, dans des circonstances troubles. A cette époque, Nicolo a déjà trempé, à petite échelle, avec les milieux mafieux, puisqu’il est marié depuis 8 ans à Libertina Manno, fille d’Antonino Manno, patron de la pègre de l’Ouest sicilien. Propriétaire terrien, il loue ses champs à des agriculteurs, et les assure, moyennant contrepartie financière, de sa protection.

Son ambition étant autre que celle de sous-louer ses terres à de vulgaires paysans, Nick veut vivre ce qu’Hollywood finira par appeler le « rêve américain ». Après deux tentatives d’émigration clandestine vers les Etats-Unis, il se rabat donc sur le Canada, et choisit de s’installer à Montréal. Affilié au clan américano-calabrais Cotroni, sorte de sous-traitant de la famille Bonanno, il se fait rapidement un nom dans le monde de la drogue. Ses connexions intactes en Sicile lui permettent d’étendre son influence, et, en montant plusieurs chevaux à la fois, de se construire un réseau véritablement international : Europe-Amérique du Nord-Amérique du Sud.

Nick Rizzuto
Nick Rizzuto

Paolo Violi, numéro 2 de la famille Cotroni, ne voit pas les activités de Nick d’un bon œil : il n’apprécie pas de le voir faire cavalier seul, et le soupçonne de gérer ses propres affaires sans en avertir ses supérieurs. Ajoutez à cela la rivalité centenaire entre calabrais et siciliens, et vous aurez tous les éléments d’une véritable poudrière prête à exploser. Manque le détonateur. Ca tombe bien, Vincent Cotroni, numéro 1 du clan, prépare sa succession : il est vieillissant, et commence à être inquiété par la justice. Et évidemment, il choisit Paolo Violi, calabrais comme lui, pour prendre sa place.

La prise de pouvoir

On est alors au milieu des années 70, et la guerre de succession peut démarrer. Plus entreprenants, plus déterminés, mieux armés, les hommes de Rizzuto, parmi lesquels Vito, fils de Nicolo, assassinent tour à tour Violi et ses frères. Surtout, Nick a tout prévu, et est allé se mettre à l’abri au Venezuela en attendant que les choses se calment. Le bénéfice est double : il reste loin des potentielles tentatives d’assassinat sur sa personne, et surtout, il dispose d’un alibi solide face à la justice, qui cherche pendant un temps à lui mettre sur le dos le meurtre de Violi.

Vic Cotroni, n’ayant pas pris partie dans le conflit, et en pleine lutte avec un cancer qui finira par l’achever en 1984, n’est pas inquiété par les menaces siciliennes. Il se retire de lui-même des activités de la famille. Sans l’ombre du clan calabrais, les siciliens ont désormais la voie libre, et peuvent enfin s’investir complètement dans le trafic de drogues. Un business plus que fructueux, puisqu’en quelques années seulement, la famille Rizzuto s’engraisse au point de bientôt régner sur un véritable empire, étendu sur trois continents.

"Nick était petit et trapu, mais costaud et surtout très charismatique"
"Nick était petit et trapu, mais costaud et surtout très charismatique"

Le Canada tout entier est donc sous l’emprise de Nick et de son fils, débarrassés de toute concurrence. Les ramifications de la pieuvre sicilienne s’étendent du Nord des Etats-Unis au Sud du Venezuela, traversant l’Atlantique pour retrouver ses racines à Palerme, ou connecter avec la French Connexion en Corse et sur la Côte d’Azur. La grande force du clan, c’est son réseau : des accords passés avec les principales organisations criminelles mondiales, lui permettant de trouver des alliés partout, dans tous les domaines : cartels colombiens, mafia irlandaise, Hell’s Angels … Les Rizzuto ont des amis partout, se posent bien souvent en médiateurs des conflits inter-organisationnels, œuvrent dans l’ombre pour la paix des territoires et des rues.

Mais malgré les sommes colossales amassées, et le pouvoir acquis, Nick reste un homme simple. S’il goute avidement au train de vie du millionnaire qu’il est devenu, il continue, jusqu’à la fin de sa vie, à se rendre chaque jour au Ed's Café, un vieil établissement miteux de Montréal, ou à fréquenter le Tony Sports Bar, quelques rues plus loin, pour y dépenser quelques billets autour d’un bon jeu de cartes. Mais Nick aime également se rappeler aux premiers frissons qui l’ont poussé à intégrer la pègre, et, malgré les centaines de soldats, passeurs, et hommes de main à sa disposition, il retourne régulièrement au charbon. Ainsi, en 1988, personne n’est surpris de le voir pris la main dans le sac : il est arrêté au Venezuela, avec autour de la taille une ceinture bourrée de cocaïne. Après cinq longues années derrière les barreaux , son fils, Vito, surnommé Don Teflon pour son habileté à se défaire des problèmes judiciaires, lui fera obtenir une sortie en liberté conditionnelle, moyennant un extraordinaire pot-de-vin de 800.000 dollars canadiens.

La filiale dépasse la maison-mère

Pendant sa détention, c’est donc Vito qui prend les rênes de l’empire, contribuant à le faire prospérer et grandir, à tel point qu’il finit par surpasser en taille, en puissance et en influence, l’empire de la famille Bonanno. La filiale a dépassé la maison-mère : la famille Rizzuto est désormais considérée comme la Sixième Famille, mondialement implantée, reconnue et respectée. En 1993, lorsque Nicolo revient aux affaires, il ne peut que constater le travail accompli par son fils, nommé « officiellement » président du conseil d'administration du crime organisé. Il décide de se ranger sagement à ses côtés, sans chercher à bouleverser le solide équilibre hiérarchique qui permet au clan d’assurer sa pérennité.

Et pendant plus d’une décennie, aucune guerre interne, aucun conflit, aucune concurrence, ne viendront mettre à mal l’hégémonie des Rizzuto. Preuve de la fortune faramineuse accumulée pendant tant d’années par l’organisation : un investissement de 8 milliards (oui oui, 8 milliards) de dollars est proposé par Nick dans le projet du pont de Messine, censé relier la Sicile à l’Italie.

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Pourtant, en 2003, le grand jury fédéral de Brooklyn monte un dossier contre Vito, en l’impliquant notamment pour des meurtres commis au début des années 80. Impliquant plus de 80 personnes (policiers, magistrats, procureurs, traducteurs, secrétaires …), l’enquête, qui a duré 5 ans, coûte aux contribuables près de 35 millions de dollars. Plus impressionnant encore : le coup de filet géant, qui permettra d’arrêter une centaine de membres de l’organisation, mobilise au total 700 policiers. Des dizaines de kilos de drogues diverses sont saisis, mais aussi des millions de dollars en petites coupures. Entre biens, liquidités, et stupéfiants, la collecte est estimée à plus de 200 millions de dollars !

Avant le début du procès, Vito prophétise : « si vous m’enfermez, le sang va couler ». Il est finalement confondu par des témoins repentis, et se voit contraint de passer un accord avec le gouvernement, et de plaider coupable. En 2007, après 4 ans de préventive, il écope donc de dix ans de prison, assortis de trois années de liberté conditionnelle à sa sortie. Mauvaise pioche : le Parrain est envoyé à Florence ADX, l’ « Alcatraz des Rocheuses », une prison de sécurité maximale, à confinement permanent, aux cellules de 2 mètres sur 3, au mobilier en béton moulé, au fenêtres pointant vers le ciel, « empêchant le prisonnier de situer la position de sa cellule dans la prison ». Détecteurs de mouvements, caméras dans les cellules, sport et exercice interdits, aucune rencontre possible avec d’autres prisonniers … Amnesty International considère même Florence ADX comme « violant les standards minimums définis par les Nations unies pour le traitement des prisonniers ».

On imagine alors que l’épopée Rizzuto terminée, d’autant que Nick, le père, désormais octogénaire, passe deux années complètes en détention préventive, dans le cadre d’une enquête liée à la corruption, au racket, et au blanchiment d’argent. Le Cosenza, café convivial où il aimait passer du temps et boire des expressos, était truffé de caméras et de micros, fournissant aux enquêteurs des preuves flagrantes des activités du vieil homme. En plus de cela, il est menacé d’extradition vers l’Italie, puisqu’un un mandat d'arrêt international est lancé à son encontre lorsque son nom est cité dans l’affaire du pont de Messine. «Ce ne sera jamais plus pareil. C'est la seconde fois que la famille Rizzuto est touchée, et sa tête est décimée», affirme à l’époque le spécialiste de la mafia de Toronto, Antonio Nicaso.

La mort de Nick et le retour du Boss

En 2008, lorsque Nicolo sort de prison, il sait la fin proche. A 84 ans, il continue à mener la barque d’une main de fer, reprenant la tête du comité de direction de la mafia et refusant de partager les activités de son clan, affaibli depuis la mise en détention de Vito. La concurrence se fait pressante : la mafia asiatique cherche à contrôler le marché des drogues douces, tandis que des groupuscules venus du Moyen-Orient visent l’hégémonie sur le trafic des drogues dures, grâce à des réseaux préférentiels d’importation. Malgré les mises en garde de la police montréalaise, par le biais d’un agent d’origine italienne, Nick ne lâchera rien. Il sera contraint d’abandonner ses petites habitudes, son Ed’s café miteux, et ses parties de cartes, pour finir terré dans sa luxueuse demeure. Il est abattu par un sniper dans sa cuisine à l’âge de 86 ans. Les principales soupçons se tournent vers un conglomérat de trois familles calabraises, les Papalio, les Luppino et les Musitano, excédés de voir les Rizzuto leur refuser le partage des secteurs criminels les plus lucratifs. Lors de ses funérailles, une boîte noire décorée d'une croix blanche est déposée sur le parvis. C’est un message pour Vito, toujours emprisonné à Florence ADX. Explicitement : « veux-tu que l’on continue, ou abdiques-tu enfin ? ».

Les funérailles de Nicolo Rizzuto, à Notre-Dame-de-la-Défense, Montréal
Les funérailles de Nicolo Rizzuto, à Notre-Dame-de-la-Défense, Montréal

Et c’est depuis sa cellule de quelques mètres carrés que ce dernier apprend, en plus de la mort de son père, celle de son fils, mais aussi celle de son beau-frère, et de la moitié de ses proches collaborateurs. Entre assassinats et condamnations à des longues peines, le clan semble démantelé. En 2010, André Noel, journaliste de La Presse, écrit même « Le règne des Rizzuto est définitivement terminé ». Et les rues de Montréal ressentent cruellement l’absence de leadership criminel : c’est le début d’une véritable vague de violence, voyant s’affronter les différents clans, ethnies, et groupes criminels. Les trois familles calabraises citées plus haut cherchent des appuis au Québec et à New York. Les asiatiques n’ont pas réussi à s’imposer, pas plus que les groupes du Proche-Orient. Les Bonanno n’ont pas pris position concernant la succession des Rizzuto. En somme : comme Vito l’avait prédit une décennie plus tôt, la capitale québécoise connait son épisode le plus violent depuis plus d’un siècle.

C’est dans ce climat terrible que Vito Rizzuto sort de prison, fin 2012. On le dit affaiblit, on postule sur son retrait des affaires criminelles, d’autant que la Cosa Nostra voit d’un très mauvais œil le fait qu’il soit à l’origine de l’initiation de collaborateurs non-italiens. Pire : tout le monde le donne pour mort si jamais il s’aventurait à poser le pied dans son ancien fief : «si Vito revient à Montréal, il va se faire repasser » confie un enquêteur à la presse.

Et pourtant … après avoir sondé le terrain à Toronto, puis trouvé appui à Montréal auprès de têtes connues, comme Gregory Woolley, premier afro-américain a être accepté dans un club des Hell’s Angels, Vito semble plus que jamais être l’homme de la situation. Les pontes mafieux, révulsés à l’idée de voir les journaux associer chaque semaine leurs noms aux vagues de crimes, cherchent à se tapir, à nouveau, dans l’ombre. A retrouver la discrétion qui fait depuis toujours la force des organisations italo-américaines. « La plus belle ruse du diable est de faire croire qu’il n’existe pas ». Il faut se faire oublier, et c’est précisément ce que Vito sait faire. Mais on ne fait pas d’omelette sans crever des yeux : pendant quelques mois, le sang coule à flots. Le parrain doit montrer qu’il est de retour aux affaires, avec sa main de fer et son artillerie lourde. Et ça fonctionne très bien : à partir de mars 2013, une fois l’effusion d’hémoglobine passée, la ville redevient parfaitement calme, comme du temps de la splendeur des siciliens. Depuis, plusieurs concurrents des Rizzuto ont été assassinés, ou ont décidé par eux-mêmes de quitter la ville, par peur des représailles. Il se murmure que Vito ne se retirera pas tant qu’il ne se considérera pas comme entièrement vengé et lavé de l’affront. Pour sanctionner définitivement son retour dans la place, il s’est entiché d’une apparition publique dans le luxueux club de golf privé Le Blainvillier (5000 dollars la carte de membre), en compagnie de Rocco Sollecito, fidèle associé de Nicolo, du temps où celui-ci était aux affaires. Cette apparition, c’est aussi un joli pied de nez, puisque Le Blainvillier était l’un des lieux de détente préférés de Joe Di Maulo, l’une des premières victimes, au sens propre, du retour de Vito.

Selon les dernières informations, les derniers concurrents calabrais encore en vie attendraient la chute de Vito pour enfin s’assoir sur le trône de la pègre nord-américaine. Après avoir vécu l’enfer à Florence ADX, après avoir mené les deux guerres les plus meurtrières de l’histoire du crime organisé canadien (années 70 puis 2012-2013), après avoir repris le pouvoir alors qu’il était esseulé et au fond du trou, on se demande ce qui pourra venir à bout d’un des plus grands chefs mafieux de l’histoire récente, aujourd’hui âgé de 67 ans. Vito semble plus fort que jamais, apprécié par le crime organisé pour son sérieux et sa discrétion, par les politiciens pour sa faculté à entretenir la paix dans les rues, et par les membres de son club de golf pour son « humour et ses manières de parfait gentleman ».



  • 6 thoughts on “Don't fuck with italians, chap.1 : Le clan Rizzuto

    1. I agree completely: "Don't fuck with the Italians".

      A man, who shows respect for another man's family, gains respect and participates in the things of life.

      A man who demands respect from those he has not respected merits death.

      Prostituting another's daughter is far from respectfull.
      Distributing narcotics is far from resepectfull.
      Profiting off of people's labor on an earth one did not create
      is far from respectfull.

      Many an emporer surrounded by better trained and better armed have been killed for less.

      A man, who shows respect for another man's family, gains respect and participates in the things of life.

      A man who demands respect from those he has not respected merits death.

      "No man shall profit from the labor of another man".

      That is The Law.

    2. A man can redeem himself.
      A man can return to the land.
      A man can admit his faults.
      A man can ask forgiveness.
      A man, when his body becomes frail, can also ask for help
      from others who have returned to the land.

    3. Bon bon, ok ...

      Un homme qui respecte la famille d'un autre homme gagne le respect et merite les belles choses de la vie.

      Un homme qui exige le respect sans l'offrir merite la mort.

      Prostituer les filles des autres et loin du respect.
      (etc... j'suis un peu fatiguer)

      Par contre le pardon rentre en ligne de contre.

      Finalement: "Un homme ne profiteras aucunement de l'ouvrage d'un autre homme" (cela equivaux le vol).

      Ce sont des anciens lois ecrites profondement dans le coeur des hommes et forme la base d'une communaute et e.suite une societe.

      Certains les ont oublier.

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