maxresdefault

Alkpote - Mazter Chefs Muzik vol.1 (chronique)

5 euros 99 mon salaud. Moins cher que ton paquet de clopes. Et c’est garantit sans substances cancérigènes.

Alkpote est productif. Depuis l’Empereur contre-attaque, l’aigle de Carthage n’a pas cessé de planer sur le rap français. Quelques mois seulement après l’excellent Neochrome Hall Star, il est déjà de retour, avec un projet sans grandes prétentions : Mazter Chefs Muzik volume 1. Seize titres, inédits pour la plupart, et quatre instrus. Parfait pour continuer à occuper le terrain avant l’été.

Monsters (Alkpote, Zekwe, Waybess)

L’entrée en matière est monstrueuse : sur une prod angoissante, Zekwe (présent au total sur 6 pistes) et Waybess viennent prêter main forte à Atef.  « Difficile monnaie, difficile life » : la singularité du label est réaffirmée une fois de plus. Les punchlines sont toujours aussi déglinguées, Atef maitrise toujours aussi bien son personnage décalé : « Si c’est Halloween j’mettrai le masque de Nina Roberts ».

Mongoldorak (Alkpote)

Premier extrait de la tape, Mongoldorak est un morceau difficile à appréhender : nombreux sont les auditeurs déstabilisés par le flow ultra-saccadé d’Alkputaindepote. Pourtant, il y a dans Mongoldorak tous les ingrédients du bon classique alkpotien : de la crasserie sexuelle (« j’fourre même des moches, cougars, vieillasses, camionneurs »), des phases complètement hallucinées (« un sachet de weed et un carré de kiri »), et une débilité génialement assumée (« on protège les bonnes sœurs tout comme Woopy Goldberg … salope ! »). Ajoutez à cela une prod hyper lourde signée Zekwe, un refrain entêtant, et vous aurez le morceau le plus écouté de ma playlist récente.

Kubiak frappe (25G, Zekwe)

« On reprend Tupac Back, on remplace par Kubiak frappe ». La recette est simple, le résultat efficace. La rage habituelle de 25G, le rappeur préféré de Fdesouche, à qui l’on reproche souvent son côté « je gueule au micro et tant pis pour tes oreilles » est ici assez contenue pour rendre le morceau agréable à l’écoute, même s’il dénote un peu avec le reste de la galette. Toujours aussi franchouillard, on l’aurait bien vu en feat sur l’album de Seth Gueko.

La France qui se lève tard (Alkpote, Joe Lucazz, Zekwe)

Que ça fait plaisir d’entendre un nouveau couplet de Joe Lucazz, « un Abd al Malik sous alcool ». Dans son style toujours atypique, sa présence est une vraie valeur ajoutée, le genre de guest qui fait gagner énormément de crédibilité à une digitape sans prétentions. Cerise sur le gâteau : Zekwe vient taper un coup de crampon dans la fourmilière de rumeurs qui entoure les raisons de l’incarcération de Joe : « il était bourré, il a touché les seins d’une keuf qui l’a contrôlé ». Lucazzi la légende !

Pas facile (Zekwe, Hayce Lemsi)

Prod festive, flows énergiques, bourrés d’accélérations et de variations bienvenues : une réussite de plus. Hayce Lemsi, pour sa seule apparition sur la tape, fait le taff. Avec un refrain chantonné entrainant, Pas facile est le genre de titre parfait pour s’ambiancer, pieds dans le sable, soleil sur la peau, GHB dans le verre de ta voisine de plage. Après cinq pistes, Mastez Chefs Muzik fait un sans-fautes.

Protège ta nuque (Alkpote)

« Protégez vos petites sœurettes » … non, La Fouine n’a pas été invité sur Mazter Chefs Muzik. Protège ta nuque s’inscrit dans le plus pur style alkpotien : instru sombre et sale et punchlines crasseuses (première phrase du morceau : « maintenant c’est l’heure de la sodomie »). Ce genre de son aurait parfaitement collé à l’ambiance de l’Empereur contre-attaque. Prendre des risques, varier, s’essayer à des nouveaux styles, c’est très bien, mais on apprécie qu’Alk n’oublie pas de revenir de temps en temps à du très classique, et à ce qui a fait ses premiers succès.

Douille pleine (Waybess)

On va pas te mentir : avant Mazter Chefs Muzik, on connaissait pas Waybess. Il se présente ici avec un égotrip très classique. Pas complètement fou, sans pour autant être mauvais ou insipide, le titre est à ranger dans la catégorie « pas grand-chose à en dire ». Ca se laisse écouter, mais ça ne restera pas dans les mémoires.

Prêt à faire feu (Alkpote, Katana)

Même si les apparitions de l’U2F se distillent au compte-goutte, l’équipe est toujours prête à défourailler. Katana-Alkpote, c’est une association qui fonctionne toujours. Encore une grosse saveur, et une fois de plus, on se prend à rêver d’un nouvel album Atef-Serge.  Alk, fais pas la sourde oreille, on sait que tu vas lire ça. Cette connexion camerouno-tunisienne est aussi nécessaire pour le rap français que l’association oxygène-azote dans le putain d’air qu’on respire.

Agas (Dinos Punchlinovic)

Bon, Dinos, on a rien contre toi, mais si t’as la prétention de t’appeler Punchlinovic, faut assurer derrière. T’as pas le choix, t’es obligé de balancer des phases de fou dans chacune de tes mesures. Et franchement, c’est pas le cas. Sur trois minutes de son, ok y’a quelques rimes sympas, mais rien d’assommant. En plus t’as pas de chance, tu tombes juste derrière l’U2F, qui balance un nouveau classique, et en plus, tu te tapes la prod la moins intéressante de toute la tape.

H.A.T.F.R (Zekwe, Waybess)

Le même effet que Douille Pleine. Pas mauvais (d’ailleurs Zekwe fait toujours forte impression mic en main), mais loin d’être transcendant. Le genre de son qui ne fait pas de mal, mais qui ne s’avère pas nécessaire, et n’apporte rien de particulier à la galette finale.

Juste à côté Remix (Alkpote, Zekwe, Seth Gueko)

Un remix peu judicieux. Ca reste bon, mais c’est un cran en dessous de l’original, qui était l’un des morceaux les plus réussis de Neochrome Hall Star. Il aurait peut-être été plus intéressant de s’intéresser à une autre track de l’album.

Tour de passe-passe (Alkpote, Katana)

Après quelques pistes en deça des attentes, l’U2F revient mettre les pendules à l’heure. C’est crasseux (« de mauvaise humeur, comme si j’avais des menstruations »), technique, pertinent. Les métaphores sont folles, la prod de Zekwe tabasse, et Katana confirme pour l’énième fois qu’il est vraiment le partenaire idéal pour l’esprit psycho-troublé d’Alkpote. Alk, fais pas la sourde oreille, on sait que tu vas lire ça.

Phuket Finest (Seth Gueko, Jason Voriz)

Phuket, nouvel amour du gueko. Le son, issu de la mixtape gratuite « Manstrr » de Jason Voriz date de décembre 2012. On le connait déjà bien, on se demande s’il apporte vraiment quelque chose à la tape, ou s’il est juste là pour ajouter une piste à la tracklist.

91-93 (Alkpote, Sadek)

Sadek, qui nous offre une magnifique danse du ventre dans le clip de Mongoldorak, est la vraie bonne surprise de Mazter Chefs Muzik. Sur une nouvelle prod très réussie de Zekwe, il apporte une véritable énergie à un son qui s’impose comme l’un des plus réussis de la digitape.  On regrette presque de ne l’entendre que sur une seule piste, tant son apport sur ce featuring est visible.

J’suis pire que ça (Sadik Asken)

Sadik Asken ! Le vétéran rappeur- producteur, jamais mieux servi que par lui-même, pose sur une prod de Tony Danza. Forcément, c’est du sur-mesure, et sans poser le morceau de l’année, il nous gratifie d’une prestation de qualité. On aurait aimé le voir participer d'avantage au reste du projet, poser sa patte sur plus de tracks.

Violentissime (Alkpote, Demon One, Selim du 94)

Deux noms ronflants de plus pour venir gonfler la liste des invités. Demon One fait du Demon One, ni plus, ni moins. C’est très bien. Selim du 94 fait du Selim du 94. C’est pas terrible. Finalement, c’est peut-être la piste qui résume le mieux l’ensemble du projet : du bon, du moins bon, sans grosses prétentions, et sans révolutionner le genre, le rendu est propre et efficace.



  • 2 thoughts on “Alkpote - Mazter Chefs Muzik vol.1 (chronique)

    Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *