ray

MOBSTERS, FLAMBEURS ET AUTRES GANGSTERS DU RAP GAME (5)

# RAYFUL EDMOND 3

n1

« The city ain’t been the same since then. Especially, with that bitchass Rayful telling. It almost seems as if he made it a fad. I definitely blame him for that. » The DC Hustler

« I was real jazzy. I’m like let’s try to have a lot of class. » Rayful Edmond

Le jour où Rayful Edmond 3 fut jeté en prison pour le restant de sa vie, il adressa ce message à la centaine de balances et autres fils de putes qui avaient œuvré contre lui : « Je reviendrai ! »

Non, « Big dog » Rayful n'est jamais revenu de l'enfer pénitentiaire. Il y coule des jours caniculaires, investi dans le « United States Federal Witness Protection Program », visité régulièrement par sa maman, protégé par le Gouvernement puisque son entêtement à vendre de la drogue en font un témoin historique en tout point irremplaçable.

Avouez qu'il aurait pu tomber facilement dans l'oubli. Seulement, tagué en long et en large sur les murs de Chocolate City par la légende du graffiti local, Cool « Disco » Dan, célébré par un jeunot Jay-Z (« Can I Live » 1996), vénéré par The Clipse, enfin, remis récemment dans la lumière par Wale (« DC Or Nothing » 2011) puis par Meek Mill feat. Rick Ross (« Work » 2011) Rayful Edmond 3 n'a rien à envier aux autres kingpins racontés précédemment dans la saga des « Mobsters, Flambeurs et autres Gangsters du rap game » en terme de notoriété dans l'industrie du rap. Pour s'en assurer, il ne suffit pas d'écouter attentivement les lyrics, il est impératif de revenir sur le destin vite abrégé d'un as du business de la drogue pour tenter de discerner l'aura du bonhomme …

The coach, John Thompson
The coach, John Thompson

Un flambeur passionné de sport ...

Né en 1964 à Washington D.C., Edmond 3 a une réelle passion pour le sport. Il est un fan absolu des Georgetown Hoyas, panel d'athlètes multi-sports qui véhiculent la réputation de l'université de Georgetown à travers le pays.

D'ailleurs, John Thompson, émérite coach en basket-ball à Georgetown, lui intime l'ordre d'arrêter de fréquenter les futures stars du panier que deviendront John Turner et Alonzo Mourning. A n'en pas douter, Edmond 3 sent déjà le souffre. Conséquences de sa fréquentation avec le dealer, Mourning est convoqué par les Feds pour se justifier. « Je n'ai jamais vu de drogues, de cash, ou d'un quelconque attirail de transformation dans aucune de ses maisons ! » confirmera-t-il, un peu avant que Thompson n'hésite pas à menacer publiquement le gangster et sa présence inconvenante. A vrai dire, coach Thompson fut le premier et dernier quidam à oser affronter et menacer Edmond 3 sans avoir recours à des représailles. Son statut d'entraineur des Hoyas l'a à coup sûr préservé du pire ...

A cette époque, en 1986, Rayful Edmond 3 est en pôle position du business de la drogue à Washington. Ce dernier a ouvert un marché à ciel ouvert dans le Southwest de la ville et il paye ses « runners » entre 100 et 500 dollars par semaine. L'endroit s'appelle « The Strip ». N'importe quel quidam a besoin de sa dose peut débarquer à n'importe quel moment du jour et de la nuit, car c'est ouvert 24h sur 24, 7 jours sur 7. En quelques mois la crack cocaïne est devenue la chose la plus courue à Chocolate City. La police a perdu le contrôle de la situation dans les ghettos, si bien que Washington est élue la capitale US du crime. Drôle de promotion pour la capitale fédérale du pays qui est devenue l'équivalent de Chicago période Al Capone, à la mode des années 80/90. Ville historique au climat tempéré où les gens ont peur de sortir de chez eux car terrifiés par les meurtres et autres drive bys qui s'enchaînent sans la moindre interruption jusqu’à ce 14 février 1989, authentique Valentine Day avec ses 13 morts par balles.

Rien de nouveau sous le soleil du District de Columbia. Déjà en 1972, l'écrivain gonzo Hunter S. Thompson avait décidé d'attaquer le problème de la violence locale à la racine dans son réactionnaire « Fear and Loathing on the Campaign Trail ’72 », dénonçant la passivité du gouvernement Nixon embourbé au Vietnam et se demandant ce qu'attendaient les Blancs pour foutre dehors les quelques 72% de Noirs qui composaient à cet instant la ville de Washington D.C..

n3

Et puis il y a ce gamin de 17 ans qui est classé parmi le Top 10 des « runners » qui bossent pour Edmond, et qui, lorsqu'il se fait serrer, possède 7 voitures et gagne 20 000 dollars par mois. Les bruits courent, la rue les colporte ... Bref, les Feds ont des oreilles un peu partout dans le ghetto. Aussi le jour où ils convoquent Edmond, ce dernier ne trouve pas mieux que de se pointer à l'entrevue en limousine blanche avec chauffeur, sapé comme un roi africain, arborant au poignet sa montre favorite estimée à 300 000 dollars. Cette désinvolture de nouveau riche, notre homme l'arbore sans retenue. Non, l'attitude « jazzy » d'Edmond n'est pas pure mythomanie. Il est connu pour avoir dépensé précisément 457 619 dollars dans un magasin de sapes italiennes, le Linea Pitti à Georgetown, dont le patron Charles Wynn sera un peu plus tard accusé de posséder 34 comptes de blanchiment d'argent.

Sachez que Rayful Edmond n'est pas uniquement supporter des Hoyas, gros dealer ou flambeur, il aime aussi boxer. Non seulement l'art du jab et de l'esquive le maintient en forme, mais lui donne une vraie assurance lorsqu'il faut donner le coup de poing, même si c'est Antonio « Yo » Jones qui est rémunéré pour s'acquitter de la sale besogne. C'est en accord parfait que lui et sa propre famille vendent de la drogue, pourtant c'est encore et toujours sa passion pour le sport qui guide sa destinée. Se déplacer en jet privé jusqu'à Las Vegas afin de voir son idole, Ray Sugar Leonard, démolir un à un ses opposants va à jamais changer sa vision du business. Là-bas, à l'ouest, il ne tarde pas à rencontrer Melvin Butler et Brian « Waterhead Bo » Bennett, deux membres des Crips qui ont dans leur carnet d'adresses la connexion avec le Cali Cartel qui œuvre en Colombie. Importer une drogue qui a pris l'aspect de la crack cocaïne est devenu un jeu d'enfant pour Edmond 3, il leur envoie l'argent par courrier et c'est par centaines de kilos qu'il est approvisionné dans son fief de Georgetown.

Le crew de Rayful Edmond 3
Le crew de Rayful Edmond 3

Une entreprise familiale

Le Quartier Général, lui, se situe chez la grand-mère d'Edmond. C'est là que les membres de la famille ajoutés à ceux du crew supervisent les opérations, comptent l'argent et empaquètent la drogue destinée au « The Strip ». Si le prénommé Antonio « Yo » Jones est en charge de la sécurité, le crew qui entoure Edmond est d'une efficacité totale. Les membres connaissent parfaitement les codes de la rue – « If you’re willing to do the crime then be willing to do the time. » – et savent la boucler quand les choses s'enveniment. Se déplacer sur le fil du rasoir fait parti de leur quotidien et vendre 25 dollars de coke est une opération si bien orchestrée qu'elle peut se multiplier à l'infinie ... Rien à enlever ou à rajouter, la machine est parfaitement huilée.

Alors que le crew œuvre dans l'ombre la plus complète dans les rues exiguës de Main Street x Orleans/Morton, endroit stratégique où se situe ce volcan en fusion appelé « The Strip », Rayful Edmond 3 alias le « 300 Million Dollar Man » parade en Benz, Porsche ou Jaguar, jette les dés à Las Vegas ou Atlantic City, va chez le merlan au moins trois fois par semaine, mais n'oublie pas de soigner son image publique avec la minutie d'un horloger suisse. Malgré que les haters lui attribuent des tendances homosexuelles, ce type est un vrai aimant à gonzesses, en plus, son entourage roule sur l'or, mais pas que ... Pour se maintenir à ce niveau quasi schizophrène de héros du hood, il n'oublie jamais de voler au secours des nécessiteux de son quartier, leur offrant la dinde ultra gavée de Thanksgiving, distribuant les billets de 100 dollars aux gosses pour qu'ils s'offrent des Air Jordans.

Autant le rapprochement avec Robin des Bois s'impose, autant Main Street x Orleans/Morton n'a rien a voir avec la forêt de Sherwood ... Zone urbaine exsangue, certes, n'empêche que quand les flics rappliquent, ils ont été repéré depuis longtemps par les sentinelles et devront enjamber de multiples obstacles qui ont été dressé par les dealers afin d'entraver leur progression.

Famille nombreuse, famille heureuse
Famille nombreuse, famille heureuse

Trop grand, trop haut, trop vite ...

Entre 1985 et 1989, la criminalité a doublé à Washington. Le fléau de la crack cocaïne a bien entendu contribué à cette escalade, aussi pour continuer à régner sur la ville et espérer ne pas descendre trop précipitamment des nuages crayeux flottant sur son Gangster's Paradise, Edmond s'allie avec une femme blanche du nom d'Alta Ray Zanville. Miss Zanville vend la drogue qu'Edmond lui livre et devient tout naturellement intime avec sa mère, Bootsie. Si elle prête son nom pour qu'Edmond puisse avoir accès à voitures et appartements dans l'anonymat le plus complet, elle a un micro dissimulé et recueille tout ce qu'il faut savoir sur l'organisation des gangsters de Georgetown. Quelque part, à l'écoute, les Feds attendent patiemment de posséder le strict nécessaire pour confondre Rayful.

La spirale négative s'est mise en route le jour où Royal Brooks, ami d'enfance d'Emond 3, se fait virer de L.A après avoir perdu 2 millions de dollars en cash dans une affaire de drogue. Edmond vient d'avoir 22 ans. Si les coutures de ses costards Hugo Boss, Valentino ou Ralph Lauren tiennent encore le coup, celles de son organisation lâchent tout doucement ... Il ne le sait pas encore, mais va l'apprendre à ses dépens.

En 1989, Edmond est finalement appréhendé avec 29 autres personnes dont sa mère, sa tante, ses frères et sœurs, et Johnny Mondord, son cousin ... Les membres de son crew sont éparpillés dans diverses prisons alors qu'il est accusé d'être responsable de pas moins de 60% du marché local de la cocaïne, plus détention d'armes, meurtres et autres actes de violenc e... Il aura fallu 2 ans et quelques 200 agents fédéraux pour le déboulonner de son piédestal d'original snowman.

Michael « Corleone » Blanco
Michael « Corleone » Blanco

Sitôt jugé et condamné à la prison à vie, on le parachute au pénitencier de Lewisburg en Pennsylvanie. Là, il se lie avec les frangins Trujillo/Blanco qui sont les rejetons de la marraine de la coke, feue Griselda Blanco alias «La Madrina », qui fait régner son pouvoir sanguinaire en Floride. Si les frères Blanco ont eu leur première Porsche à l'âge de 6 ans, leur enfance fut un véritable calvaire : tentative d'enlèvement à 4 ans, famille constamment sous les verrous, père rapidement assassiné, des corps sans vie en guise de décorum ...

Le pénitencier de Lewisburg regorge de mexicains, colombiens et cubains, et tous ont accès aux drogues les plus diverses. Du fond de leurs cellules, Rayful Edmond et les frères Blanco parviennent à organiser un chargement entier de 2 tonnes de cocaïne en provenance des champs de coca de Colombie. Du pur délire ! Il faut dire que les téléphones libres d'accès et l'ignorance des gardiens des régions rurales en ce qui concerne l'argot jacté par Edmond pour communiquer avec les dealers sans être confondu lui facilitent grandement la tâche. En une seule après-midi Edmond a passé 54 coups de fil à quatre États US différents et à deux pays étrangers sans que quelqu'un ait la moindre chose à lui reprocher.

Pour comprendre le fin mot de l'histoire, les Feds décident de décoder ses longues conversations téléphoniques. Puisque l'histoire le rattrape et le condamne à nouveau en 1996, Edmond balance cet argument : « Ça m'amusait ! Il n'y avait rien d'autre à foutre en prison, et puis c'est un truc qui concerne un peu tout le monde ici, vendre de la drogue directement ou bien indirectement. La tentation est là, bien présente, donc tout le monde le fait ! »

Du coup, c'est bien 30 ans que les instances fédérales ajoutent à sa sentence, joli petit bonus accordé à un prisonnier récalcitrant qui a décidé d'arroser à grands jets d'urine chaude à la fois condamnation à perpète et rédemption. Bref, on le transfère en hélicoptère au pénitencier de Sandstone dans le Minnesota ... Il sait depuis longtemps déjà qu'il en sortira les pieds devants.

Enfin, en 2004, afin de bénéficier des visites réconfortantes de sa mère, on lui demande de charger Kevin Gray, gangster notoire du Murder Inc. Crew de Washington D.C. en passe d'être à son tour condamné, il ne s'en prive pas ... Gray va prendre 26 ans et sombrer dans l'anonymat, pendant que Bootsie, la vieille maman d'Edmond 3, est devenue une sorte d'icône gangsta depuis que son profil est apparu dans divers magazines et livres qui relatent l'épopée thug américaine.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *