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Captcha Genius Ep.04 : Young Scooter - Listen To The Streets

Nouveau CaptchaGenius, encore un trio : Young Scooter, OG Boo Dirty et Young Dolph.

Si j'apprécie depuis déjà pas mal de temps la musique de Young Dolph, j’ai mis énormément de temps à pouvoir apprécier celle de Scooter. La plupart du temps, j’accrochais quand il était avec Gucci par exemple, mais pas tout seul. Je l’avais donc rangé prématurément dans la case «rappeur à featuring». Pourtant convaincu que ça devait être un bon rappeur, j’avais à l’esprit que les deux derniers rappeurs que Gucci a poussé dans ce jeu s’appellent Future et Waka Flocka. De ce point de vue, Gucci est plutôt une valeur sûre, mais rien à faire : blocage. Jusqu’à ce que je tombe un peu par hasard sur Listen to the streets extrait de la dernière mixtape de Scooter : Street Lottery. Et comme pour chaque chanson qui finit en CaptchaGenius, j’ai écouté cette chanson en repeat trois jours durant, sans jamais écouter autre chose. Décryptage.

Une bonne chanson de rap doit avoir un bon refrain, qui rentre dans la tête si possible, avec l’air qui reste dans le crâne. C’est le cas ici. Chanson de hustler par excellence. Le refrain reste dans le cerveau, comme un caillou de coke qui reste dans les narines, difficile de s’en détacher. La fluidité du flow de Scooter, il laisse même sa signature : JUGG, JUGG, JUGG.

La plus grande qualité de cette chanson n’est pourtant pas son refrain, mais le couplet de Scooter qui est absolument génial.

« I count and jagging on the beat at the same time: seven, seven white bricks, I get them anytime »

Comme Future, au même putain de moment, Scooter compte ses billets et crache dans un micro, la polyvalence. Briques blanches, le décor est planté : bienvenue aux sports d’hiver.

Après cette courte introduction, rentrons dans le vif du sujet, la partie de son couplet qui a elle seule m'a fait écouter cette chanson plus d’une centaine de fois. Énormément de références, c’est réglé au millimètre comme une montre suisse. L’argent de la drogue doit se dissimuler, être un véritable fantôme malgré les sommes colossales. Les boites à chaussures, matelas et autres tambours de machines a laver pour ranger les Benjamins Franklin c’est bien au début mais le manque de place se fait vite sentir. Le meilleur moyen de démanteler un réseau c’est de suivre l’argent et non la drogue. Scooter est aussi au courant manifestement  il faut investir dans plusieurs maisons piégées pour coffrer son argent durement gagné. La dernière partie du couplet, malgré le côté facile, est super efficace. On ne peut pas s'empêcher de penser à Walter White dans Breaking Bad, qui a le plus grand mal à cacher ses gains, ou même a The Wire avec les planques qui changent d’endroit tous les trois jours pour brouiller les pistes. Suivez les conseils d’un bon placement épargne :

« I got a half of million in my slaughterhouse

Plus you know I gotta take your orderhouse

Three hundred 25 thousand in my floating house

Ninety thousand left for LA up that shitty house.

Two hundred thousand in the country at my grandma house

I got money but the problem's got a money house

I get 'em on my face, ain't got to cash out

Do the math, nigga, get your calculators out. »

Tout est fluide. Une organisation a grande échelle. Un peu d'argent dans la maison Zone 6, un peu a LA, un peu en campagne chez mamie, comme les marins, Scooter a une pute dans chaque port. Calculatrice, compteuse à billets, calepin, stylo : un vrai comptable, retranché dans un bureau au fond d’une "trap maison" les oreilles collées à la rue pour surveiller l'offre et la demande, la concurrence, les bruits qui courent, les fournisseurs, pendant que les ouvrières dans la cuisine, emballent la poudre à la chaine comme à l'usine. L’importance de la comptabilité, RAP GAME STRiNGER BELL. «J'fais des mathématiques eux des rédactions».

Le deuxième couplet est pour OG Boo Dirty, la grosse voix originaire de Memphis, signé sur 1017. Moins connu que les deux autres, il est pourtant bien loin de gâcher la chanson. «I'm a street runner, trap out, doing numbers». Champ lexical des mathématiques encore et toujours. Faire des nombres, faire des nombres, faire des nombres ... King Louie like this. 

« Plus I'm serving out their ring, chasing rack like Serena » la référence de luxe.

 

« I’m with black migo gang, move nothing but them bricks » Ventes de briques avec le Black Migo Gang, le crew de Jeune Mobylette. Les connexions ATL / Memphis se font. Jeune Dauph vient finir le travail.

« I hopped out of the coot and jumped in my Chavell' » Dolph a toujours autant d'amour pour les veilles voitures.

« Pull up on your bitch and she asked me what's that smell »  L'eau de Cologne parfum Purple Haze, pour les connaisseurs. « Got a pack loud in the trunk bitch !» au cas où quelqu’un aurait encore des doutes sur la marchandise à transporter, et plutôt deux fois qu’une : «I got that extra loud coming, get you some, bitch. » Si vous avez déjà transporté de l’herbe en quantité conséquente dans un véhicule motorisé, cette ligne devrait éveiller en vous quelques souvenirs.

« South Memphis shit it’s Dolph, you know I shit on these : Paper Route Empire, I make one call and flood the streets». Le CV toujours aussi important chez les rappeurs. Nom : Jeune Dolph. Localisation : Memphis Sud. Entreprise : Paper Route Empire. Profession : VRP, inonder ( flood ) les rues en hydroponique, professionnel since 2009.

« Police hit their lights and I hit the gas, I paid a hundred for it, bitch, I'm about to do the dash »

La chanson prend fin ici : Dolph fuit dans son Dodge Charger pour éviter les gyrophares, coup de pied sur la pédale de droite, aussi rapide que le dash d'un hérisson bleu.

Listen to the Streets est disponible en téléchargement gratuit sur Street Lottery, la dernière mixtape de Young Scooter. Jetez une oreille sur le reste de la mixtape a l’occasion, elle contient un tas d’autres pistes de qualité.



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