c comme caillera

C comme Fils de pute

Mercredi soir, Canal Plus diffusait une soirée spéciale "caillera" : la très bonne comédie "Les Kaïra", de Franck Gastambide, suivi d'un documentaire, "C comme Caillera". Retour sur une fils-de-puterie de niveau 3.

"Sauvageons, lascars, galériens, wesh wesh : les substantifs ne manquent pas pour les qualifier." Les bases sont posées. Alors que la voix off n'a pas encore conclu sa première phrase, on sait déjà où l'on a mis les pieds : en plein dans le plat. Caricaturale au possible, "la voix" surenchérit : "ils ont longtemps effrayé les bourgeois, mais aujourd'hui, l'image des caillera est en train de changer". N'en jetez plus ! Pas besoin d'aller plus loin pour y voir clair : la caillera stéréotypée amuse le bon citoyen français, celui qui vit de l'autre côté du périf, comme le bouffon amusait le roi.

Et pourtant, on est curieux, et puis, on est content de voir sur une grande chaine comme Canal Plus, à une heure d'écoute certaine, des têtes qu'on aime bien : Hype et Sazamyzy, ou encore Rim-K, pour ne citer qu'eux. Alors, on se lance dans ce documentaire presque animalier, dans lequel on se demande à quel moment cette salope de voix off va nous annoncer "et maintenant, étudions le mode de reproduction de la caillera", en insistant sur une parade nuptiale faite de "hey mademoiselle, t'as un 06 ?".

C comme Caillera se présente comme un abécédaire, censé détailler chaque caractéristique de la caillera. On passe donc d'un terme caricatural à un autre, frôlant complètement le ridicule à plusieurs reprises : "A pour accent : la caillera s'entend de loin, et se reconnait à l'oreille" ; "K pour Kebab" ... attends, K pour Kebab, sérieusement ? Le kebab c'est caillera ? J'ai toujours cru que c'était turc. A la limite, gageons que le kebab/grec soit "banlieusard" (et encore, puisqu'il est au moins aussi parisien que provincial), on en conclura que pour l'auteur de ce docu, culture caillera est synonyme de culture de banlieue. Mais alors, on tombe vite dans un amalgame -pas forcément mal-intentionné- caillera/banlieue. La moitié des banlieusards est tout sauf proche du portrait grossier dessiné ici. Mais là n'est peut-être pas la question.

L comme Lacoste ... difficile d'aller plus loin dans le cliché. Le chapitre sur la marque au crocodile, c'est l'illustration la plus parfaite de l'absence totale de maitrise du sujet de la part des auteurs du docu. Les mecs ont dix ans de retard. Hormis quelques irréductibles -dont l'auteur de ces lignes fait partie-, qui, en banlieue, en 2013, ose encore s'afficher en Lacoste ? Cerise sur le ghetto : l'intervention de Rohff, t-shirt Distinct, casquette Distinct, devant un présentoir Distinct, qui explique que "Lacoste est la grande marque du mec du ter-ter".

Rohff : "Lacoste est la grande marque du mec du ter-ter"
Rohff : "Lacoste est la grande marque du mec du ter-ter"

Le summum est vite atteint avec Nawell Maddani, "humoriste" féminine, qui décrit la caillera comme "attachante dans sa manière de draguer, avec sa timidité et sa maladresse". On comprend alors parfaitement le fond du problème : la caillera est un être ridicule, un peu flippant, mais tout de même intriguant. Le mot "bête de foire" n'est pas prononcé, mais l'idée est là. On se souvient alors des "substantifs" employés lors de la première phrase du documentaire : "sauvageons, lascars, galériens, wesh wesh" ... sauvageon !? Mais voila, tout est clair ! Regardez, l'homme-sauvage, il n'a aucune éducation, il vit dans la forêt/de l'autre côté du périf, mais si on fait attention à ne pas se faire mordre, il est tout à fait sympathique ! D'ailleurs, pourquoi caillera, et pas racaille ? Le mot est le même. Pourtant, sa signification semble nuancée. Grossièrement, la caillera est gentille, alors que la racaille est méchante. Dis-moi, gentil bourgeois, faut-il aussi karcheriser les gentilles caillera ? Celles qui te font rire, avec leurs bons mots, leurs expressions folkloriques, et leur accoutrement à contre-tendance ?

Nouvelle démonstration, avec la lettre S. S comme Style. Parce que la caillera a du style ? Non, ce n'est pas le propos. Elle n'en a pas plus que le sauvageon avec son pagne. Non, le mot est lâché par Ramdane Touhami : "la caillera est habillée sport, parce qu'elle est toujours prête à courir". De là à dire que la racaille doit toujours échapper à quelque chose ou quelqu'un ... Pascal Monfort, "sociologue de la mode" décrie même le survêtement comme une "arme pour faire peur". Je suis presque surpris que personne ne parle du côté pratique des bulles d'air dans les baskets quand il est question de cacher sa conso. Seul point "positif" : une bonne minute est accordée à présenter Grand Banditisme Paris, la marque. Toute publicité est bonne à prendre, même dans un docu putassier.

Et là, surprise : T comme Thaïlande. "La Thaïlande, c'est l'Eldorado des caillera". Seth Gueko, le beauf revendiqué, le franchouillard parfait, plus proche de Bigard que de LIM, du paysan que de la racaille, nous sert de guide. Dépaysement complet, certes, mais surtout manque de cohérence total. Alors au moins, on évite les clichés maladroitement soulevés jusqu'ici. Mais ... quel est l’intérêt ? Faites une séquence sur les gazelles au beau milieu d'un film sur les ovni, vous obtiendrez le même résultat.

V pour Vanne. Conclusion logique d'une farce télévisuelle qui ne fera rire que le spectateur amusé du Marrakesh du rire.  Caricatural, putassier, fadasse, risible ou grotesque ... les substantifs ne manquent pas pour qualifier C comme Caillera.



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