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Äkta Människor - Real Humans : des robots chez les suédois

Après Black Mirror, Death Valley et Spaced, je continue ma vaste entreprise d’exploration des séries sous-cotées, avec Äkta Människor (à vos souhaits), série suédoise diffusée sur Arte. Peut-être avez-vous déjà entendu parler de cette série sous le nom de "Real Humans". Si ce n'est pas le cas, continuez votre lecture ...

Äkta Människor est donc une série suédoise, origine peu commun pour une série télévisée. Et le thème abordé est lui aussi pour le moins original. Petite recette rapide : prenez iRobot, enlevez-lui le côté hollywoodien écervelé qui flash aux yeux, et les explosions à outrance. Ça fera un gros vide, certes. Revenez quelques années en arrière. Gardez la thématique « à quoi ressemblerait une société humaine remplie de robots humanoïdes ?» multipliez la problématique par cinq. Saupoudrez le tout avec un peu de philosophie, et cette fameuse question récurrente « et moi à leur place, je ferais quoi ?». Remplacez Will Smith par Adam Jensen, et tous les autres personnages humains par des grands blonds. Les clichés ont la vie dure. Voila, en gros, à quoi ressemble Äkta Människor. Et c’est une excellente série, n’ayons pas peur des mots.

Dans un futur proche, les avancées technologiques ont permis de fabriquer des robots semblables aux humains. Ce qui est finalement un des plus grands fantasmes inassouvis de l'humanité : créer avec nos connaissances des êtres qui nous sont en tout point identiques, ou du moins le plus possible. Ces robots s'appellent donc les Hubots, parfaitement ancrés dans les mœurs de la société : la majorité d'entre eux sont utilisés pour se charger des tâches ménagères, de la cuisine, coach sportif personnel etc. "La plus grande avancée féministe depuis le droit de vote des femmes."

La plupart des ménages issus des classes moyennes ont accès à ce confort. Des robots aussi évolués et réalistes posent évidemment une énorme quantité de problèmes, et Äkta Människor traite de tous ces problèmes tout en ayant une multitude d'angles de réflexions, ce qui est une de ses plus grandes forces. Tout, ou presque, est remis en cause : le rapport à l’autorité, le droit, l’éthique, la définition même de la condition humaine, la sexualité, l’éducation, l’économie, la psychologie, la sécurité, le terrorisme et même l’amour.

Pour aborder autant de sujets, le scénario se divise en plusieurs trames. On suit parallèlement plusieurs groupes et plusieurs histoires différentes. Même si le procédé n’a rien de révolutionnaire, quand tout est bien ficelé ça fait toujours son petit effet. Et c’est le cas ici : un rythme lent mais efficace, sans avoir à subir de l’action nanarde toutes les 15 minutes. L'intrigue monte progressivement, dans chacun des groupes. Toutes les histoires sont assez bien équilibrées : elles sont toutes aussi intéressantes les unes que les autres, aidées par l'interprétation des acteurs (d’illustres inconnus pour la plupart), très efficace.

NO SPOILERS soyez sans crainte. Les différentes histoires se décomposent ainsi  :

- La famille Engman. Famille stéréotypée suédoise : blonds, beaux, gentils, tolérants et pétés de thunes. Et le pire c’est que malgré ça, on n’a même pas envie de les détester, ils sont même plutôt attachants. Anita, leur nouveau Hubot viendra vite perturber leur petit train-train quotidien.

- Second groupe : les robots un peu moins cons que des robots. Comme chez les humains, certains individus sont plus gâtés que d’autres niveau intelligence. Si la plupart des robots sont cons comme des tables, ce petit groupe est bien différent des Hubots traditionnels ... ce qui donnera lieu à de nombreuses situations pour le moins surprenantes, comme par exemple ce Hubot qui va s'intéresser à la religion.

- Leo, l'ultime poissard (et accessoirement personnage central de la série) et Max, son Hubot «Hodor» : gros, bête, mais loyal et sacrément utile. Ils se séparent du groupe de "robots un peu moins cons que des robots" dès le début de la série, ayant pourtant la même provenance.

- Le receleur de robots : le jeune débrouillard. Le mec malin mais un peu maladroit et pas sûr de lui. Il a pourtant flairé un bon filon : racheter des robots d’occasions, des pièces détachées pour les revendre au plus offrant. Habile de ses dix doigts, il va vite se faire rattraper et se retrouver à nager avec des poissons beaucoup plus gros que lui.

- Les voisins d’en face : Kevin, Roger le pére un peu bourrin, Rick leur Hubot, et Thérèse, charmant mélange entre Skyler (Breaking Bad) et Lory (Walking Dead). Je vous laisse le choix de lui choisir un surnom, je trouve personnellement que grosse truie lui va à ravir.

- Ove Holm et Beatrice Novak : policiers dans un département spécialisé dans les incidents incluant des Hubots ...

Il y a encore beaucoup de personnages mineurs qu’il serait inutile de détailler ici. Il n’y a d'ailleurs pas vraiment de héros dans la série, pas de personnage plus important qu’un autre : on parle de monsieur et madame tout le monde, ce qui contribue à renforcer le réalisme, chose malheureusement trop rare dans les séries.

Real Humans me parait absolument indispensable pour tout amateur de bonnes séries. Les fans de SF et des films d’anticipations aimeront sans aucun doute. Petit à petit, on distingue l’ombre d’un changement radical et bouleversant : cette série est donc à placer dans les séries qui font réfléchir, sans avoir ce coté moralisateur et condescendant si agaçant présent dans de nombreux autres projets, films et séries confondus d'ailleurs. Au fur et à mesure, on recolle les pièces du puzzle, sur l’origine des robots notamment, et sur cet obscur groupe extrémiste prônant le tout humain. Il y a des dizaines de raisons d’aimer cette série, impossible de les citer toutes.

Tout, dans les moindres détails, aussi infimes soient-ils, a été bien pensé. Les robots sont ultras crédibles, le rythme est bon, les personnages et leurs histoires respectives sont tous intéressants, et sans faire de merveilles au niveau de la mise en scène, certains passages se permettent de nous mettre mal à l’aise, et quelques rares autres sont même agréablement gores. A noter quelques rebondissements surprenants et bien sentis, c’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle je vous ai donné le moins de détails à propos de l’histoire : le scénario est tellement bien écrit que je ne veux pas vous priver de l’effet de surprise. Cette série a été diffusée sur Arte en France en avril, vous la trouverez sans mal dans les internets en VO sous titrée. La bonne nouvelle étant qu'Äkta Människor aura droit à une deuxième saison ...

 



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