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Seth Gueko - Bad Cowboy (chronique)

C'est l'été. Peu de sorties, peu d'actu, pas grand chose à se mettre sous la dent. L'occasion pour nous de faire du frais avec du réchauffé, en chroniquant ces albums dans les bacs depuis quelques semaines/quelques mois, et qu'on a pas eu le temps de chroniquer au moment de leur sortie. Zblex !

seth gueko

Faut-il attendre quelque chose du nouvel album de Seth Gueko ? A cette interrogation légitime, et après troix extraits pas tout à fait convaincants, nous répondions : "alors Seth, on t'aime bien, mais franchement, on a peu d'espoirs de prendre une claque à l'écoute de Bad Cowboy. Tu nous feras peut-être mentir, mais au mieux, ce sera un album sympa, comme Michto, au pire, ce sera carrément fade, comme La Chevalière." Force est de constater que, à l'écoute de l'album, Seth Gueko nous fait presque mentir.

Un album parfaitement produit

Majoritairement servit par Hits Alive et Redrumusic, Seth Gueko a la lourde tâche de se confronter à des prods-bulldozer. Fort de sa personnalité exubérante et de sa présence au micro, le MC de Saint-Ouen l’Aumône a les couilles nécessaires pour ne pas se laisser écraser par la qualité de la partition musicale concoctée à son attention. Bad Cowboy est un disque aux sonorités quasi-cinématographiques, et les productions présentées pourraient presque exister en totale autonomie, sans nul besoin de l'ombre pesante d'un rappeur cherchant à les dompter. Et pourtant, Seth fait les choses parfaitement. Ni trop tarant, ni trop effacé, il laisse l'impression parfaite d'unifier son univers toujours très marqué avec l'univers tout aussi fort de sa bande son. Des prods comme Paranoïak, Farang Seth, Aboudouflash, sonnent parmi les meilleures de la scène française cette année.

Des punchlines lourdes, limite lourdingues

Lorsque l'on se questionnait sur ce qu'allait être Bad Cowboy, la principale exhortation était celle-ci : "C'est sa manière d'écrire que Seth doit revoir. Arrêter de placer à tout prix des jeux de mots, qu'ils soient bons ou pas, arrêter de couper le beat pour des métaphores foireuses." Sur ce point, malheureusement, la critique reste la même, bien qu'il faille quelque peu la nuancer. Certes, Seth Gueko continue d'enchainer les jeux de mots fades et les pseudo-punchlines ("J'veux une femme en or pour pas m'faire plaquer" - Fababy sors de ce corps ; "On prend l'taureau par les couilles #RedBull" ; "Elles ont pas de mouchoirs Lacoste mais elles pleurent des larmes de crocodiles" ; "Nique ta sœur comme un Lannister" -les rimes sur les Lannister, c'est vraiment plus possible). Mais l'impression générale n'en est que modérément affectée, car il faut bien reconnaitre que le rappeur envoie aussi quelques bonnes punchlines dans les dents ("Un monde sans femmes ? Ah, j't'aurais fait mal aux fesses" ; "J'vais me tatouer une guêpe sur l'gland tu pourras m'pomper le dard" ; "Si j'étais né à Tchernobyl j'aurais pu t'double péné")Au final, le rendu est un peu fouillis : on ne sait plus si les vraies punchlines sont noyées dans le flot de mauvais jeux de mots, ou si c'est le contraire. Difficile de dire si ce point est bon ou mauvais, mais reste qu'on prend plutôt plaisir à écouter le Gueko baver avec son humour toujours aussi gras.

Des featurings qui puent la merde

Le gros point noir de Bad Cowboy. Prenons-les dans l'ordre.

tee-shirt-seth-gueko-zdedededex-noir-logo-orNiro, on ne le compte même plus. La dernière fois qu'on a entendu un projet rap français sans feat de Niro dedans, c'etait l'Ecole du Micro d'Argent en 1997. Le mec est bon, il fait le taff comme à chaque fois, c'est presque devenu routinier. Passons.

Orelsan et Seth Gueko, c'est une association qui semblait couler de source depuis pas mal d'années. Deux blancs (l'un des cités, l'un des champs) qui se sont fait un nom grâce à leurs qualités de punchlineurs, et qui tutoient depuis pas mal de temps le haut du game. Le résultat n'est pas faramineux, il est même légèrement en deça du reste de l'album, mais il n'a rien de honteux. On aimerait même entendre à nouveau les deux bougs sur une même piste, pour voir si la collaboration peut donner quelque chose d'un peu plus poussé.

Kery James : et voila la première tache. Pas que Kery soit mauvais, non, disons qu'il est simplement égal à lui-même. Et franchement, on ne voit pas du tout l’intérêt d'un tel featuring. Inviter Kery James dans un album de Seth Gueko, c'est comme inviter Tariq Ramadan à une square party : un léger souci de cohérence se pose. Alors certes, Kery n'est pas le mec le plus cohérent du monde. Mais en plus de ça, il n'apporte clairement rien d'intéressant. Un refrain, et puis s'en va. Inutile.

Soprano : Putain de merde, Soprano, sérieusement ? Entaillez-moi les veines plutôt que d'écouter une seule seconde la voix de ce pélo.

Lacrim et Mac Tyer, dans l'idée, pourquoi pas. Bon, Lacrim, c'est loin d'être transcendant, mais parait qu'il est à la mode. Pour un egotrip un peu racailleux, pourquoi pas, même si ça n'a rien de très original. Idem pour Mac Tyer, un rappeur de plus en plus quelconque, de moins en moins intéressant. Le plus inquiétant, étant donné le niveau moyen des deux compères, c'est que Seth devrait largement dominer le morceau. Or, ce n'est pas spécialement le cas, et on se retrouve avec une piste pas vraiment nécessaire.

Quelques bonnes prises de risque, pas mal de mauvais goût

Seth Gueko n'a jamais été réputé pour être fin, raffiné, ou subtil. Preuve en est dès la deuxième piste de l'album, avec cette "interlude Bigard" qui trône très haut dans le classement des pires interludes de l'histoire du rap français (et pourtant, niveau interludes rincées, on nous a habitué à du très sale). Plutôt que de jouer avec la richesse de son univers très large, bourré de références en tout genre, et d'influences extrêmement variées, Seth Gueko se complait en caricature de franchouillard boueux. Ça aurait pu fonctionner sur La Chevalière, mais là, c'en est presque incohérent. C'est vraiment dommage.

Mauvais goût encore, avec "Barbeuk", porteur du terrible syndrome de "single d'été rap français" (que Seth avait déjà expérimenté avec Wé Wé Wé). "Ma frère, téma la classe, la mayo, c’est d’la Benedicta" ... c'est mauvais, et ça dénote beaucoup trop avec un album très cohérent, et suffisamment dense pour éviter ce genre de remplissage -qu'on imagine malheureusement nécessaire quand il s'agit de tourner en radio.

En fait, la vraie bonne surprise de Bad Cowboy, c'est Sale Temps pour un Cabot. Il convient de saluer la grosse prise de risque, c'est une putain de réussite. Parfaitement ajusté, Sale Temps pour un Cabot est la balance exacte entre musicalité rutilante et ambiance opaque.

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Un univers riche, des influences variées

On le disait quelques lignes plus haut, il est dommage que Seth Gueko continue à insister sur son image bigaresque. Ces dernières années, et particulièrement sur cet album, il a d'ailleurs oeuvré pour s'affranchir de son attirail manouche, préférant se présenter comme le "rappeur ayant emigré en Thaïlande". Tout en conservant cette présence visuelle forte, il a su ouvrir son horizon à de nombreuses influences, invitant Dodo La Saumure dans un clip, apprivoisant le désert en Cadillac dans un autre, et nous invitant à visiter Pattaya et ses "charmes" dans Farang Seth. On a toujours connu un Seth Gueko très marqué par le cinéma, de Robert Rodriguez à Benoit Pooelvorde, et c'est encore plus le cas dans Bad Cowboy (il va même jusqu'à lâcher une référence à Serbian Movie - les initiés comprendront). Le bonhomme a fait de la route, a découvert des terres nouvelles pour lui, et ça se ressent. Hormis la Thaïlande, présente en fil rouge tout au long de l'album, on voyage de New New York au fin fond de ta tess, en passant par la chatte à Mallaury Nataf, et on parle soninké, lingala, manouche ou thaï. Seth a absorbé tant d'influences, tant de références, et nous dégurgite le tout, dans un mix improbable, étonnant comme un gitan à Phuket, ou comme un indou qui deale.

Conclusion

Bad Cowboy est une bonne surprise. Loin de pouvoir le présenter comme l'album de la décennie, il se défend malgré tout très bien, en comparaison des autres galettes parues en 2013. On espérait, au mieux, un album sympa, au pire, un album fade, et mea culpa, le résultat est au delà des attentes. Cohérent et coloré, et sans toutefois mettre une véritable claque à l'auditeur, ce troisième album solo du Gueko est réussi. Extrêmement bien produit, et nourri d'influences très variées, il pêche surtout à cause de featurings peu judicieux, et d'un mauvais goût assumé parfois indigeste. On apprécie de retrouver un Seth Gueko performant, et ayant su donner une véritable direction artistique à son projet le plus abouti jusqu'ici.



  • 3 thoughts on “Seth Gueko - Bad Cowboy (chronique)

    1. Voilà, c'est comme ça qu'on analyse un album à mon avis. Très bonne critique et très d'acord.
      Felicitations pour votre travail, je vous ai découvert il y a pas longtemps et ça tue le mag!!!
      Mad props!
      BBB

    2. T'as vraiment des gouts bizarres ! Autant Kery je comprends, j'ai bien aimer le feat., très porteur de sens selon moi, mais je comprends que le flow habituel de Kery qui renforce un côté "moraliste" puisse t'énerver.
      Par contre, OrelSan non !! Lêve les draps est juste excellent ! dans le plus pur délire.
      Mais bon tu me diras toujours que tu préfères Alpha 5.20 ou un autre de ces rappeurs "indépendants" pétés. Trop de street cred tue la street cred. La prochaine fois fais une review élogieuse de Cortex, tu sais le renoi qui bouffait le vomi d'un youtuber collègien il y'a quelques années de ça .. oui le "gangster de tess'"

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