Negan_Lucille

The Walking Dead, Tome 18 : Lucille

Date de sortie : 4 septembre 2013

On reprend là où on en était. Fin du tome 17 (attention spoilers) : Negan, le terrifiant, après avoir littéralement massacré le crâne du pauvre Glenn, s'impose comme le premier antagoniste humain crédible de la série depuis la disparition du Gouverneur. L'univers de Walking Dead, après quelques lueurs d'espoir entraperçues dans les volumes précédents, replongeait enfin dans le noir. Un retour vers le chaos que l'on jugeait salutaire, rêvant du possible regain d’intérêt que pourraient apporter ces changements trop longtemps attendus.

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Terrifiants introduisait donc dans la série un nouveau tyran, une nouvelle communauté, ainsi que de nouveaux enjeux pour Rick et les siens. Sur ce point, Lucille s’engouffre tête baissée dans la brèche ouverte par le précédent opus, en nous offrant une galerie complète de nouveaux personnages, étonnamment baroques pour une série jusqu'ici très sobre. Sur ce point, ce tome 18 peut être vu comme une transition entre ce qui a été vu jusqu'ici, et le monde a priori plus ouvert que Robert Kirkman semble vouloir mettre en place pour la suite. De nombreuses communautés de survivants sont maintenant connues, et si toutes vivent sous le joug de Negan, le scénario ultra-prévisible de type "rébellion contre la dictature" semble à écarter.

La couv' française. C'est très moche.
La couv' française. C'est très moche.

Neman semble en effet installé sur la durée, et tout l’ambiguïté de sa position ne fait que renforcer cette impression. Jonglant tout au long du volume entre tyrannie violente et indulgence surprenante, il est difficile, à la fin du tome, de dire si Rick doit chercher à le tuer, ou alors se montrer reconnaissant. Voir un ennemi puissant (et plutôt charismatique) se fixer au trône, et probablement y rester, c'est l'assurance d'une intrigue avec de véritables enjeux, des questionnements réellement prenants (Negan est-il complètement mauvais, ou bien juste un mal nécessaire pour revenir à la civilisation ?), mais aussi la possibilité pour certains personnages d'enfin s'affirmer. D'ailleurs, le premier à tirer profit de l'apparition de Negan, c'est Carl. Alors que l'on écrivait, au moment de la sortie du précédent volume, "il serait temps de rendre Carl réellement important, ou alors de le faire disparaitre complètement", il semble que Kirkman ait choisi la première option. Le gamin est en effet le véritable personnage principal de Lucille, bien plus que son père, et il semble enfin prendre une direction valable. Le petit garçon énervant, avec son chapeau à la con et sa crise de pré-adolescence, tend enfin à disparaitre, pour laisser place à un petit mec armé, dangereux (autant pour lui et les siens que pour ses adversaires), impulsif et caractériel.

Au travers de cette nouvelle dimension prise par le gosse, c'est tout l'angle de la série qui peut s'en trouver bouleversé. Il pourrait en devenir le personnage principal, et Rick l'invincible pourrait enfin se faire crever. Ce n'est qu'une hypothèse, bien sûr, mais ce serait un risque énorme, car Carl est loin d'être aussi fédérateur que son père. Si on s'intéresse à l'avenir de la série, il serait aussi légitime de se demander ce que Rob Kirkman souhaite faire des protagonistes secondaires : Michonne, par exemple, perd de l'importance à chaque volume, et le potentiel exceptionnel de son personnage s'en trouve complètement gâché. Faire intervenir de nouveaux personnages n'empechera-t-il pas certains "historiques" de poursuivre leur développement ?

Au final, le véritable point négatif de l'univers de la bédé, c'est l'absence quasi-totale de zombies. Comme s'ils n'étaient plus du tout un danger, comme s'ils avaient carrément disparu de la surface de la Terre. Une ou deux cases ci et là, quelques morts-vivants tués à la hache ou au fusil, mais rien d'autre que du remplissage. S'ils étaient, au départ, au centre de l'intrigue, ils ne sont plus qu'un point de repère, que l'on ressort du placard de temps à autre pour montrer qu'on ne l'a pas oublié.

Terrifiants donnait donc un nouveau souffle à The Walking Dead. Lucille, en toute cohérence, suit la même direction, et appuie un peu plus les changements opérés : plus de personnages, une organisation sociétale différente, un remaniement des forces en présence. En mettant la lumière sur Carl, cet opus donne enfin de l’intérêt à un anti-héros jusque là très décrié, mais il prend le risque d'occulter d'autres rôles plus appréciés du lectorat. Pas mal de prises de risques, et qu'elles soient porteuses de réussite ou non, on ne peut que saluer ce vent de nouveauté, qui rafraichit une intrigue trop longtemps restée sans consistance. Reste un chose : rendez-nous nos zombies.

Lucille, c'est elle
Lucille, c'est elle


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