house-of-cards-lineup

House of Cards

Dès le 29 août, Canal + diffusera la série événement "House of Cards". Une plongée vertigineuse dans les rouages de la politique au sommet des USA. L'occasion de prendre une bonne gifle grâce à l'une des meilleures séries de ces dernières années.

Disons le tout de suite : la politique américaine est difficilement compréhensible par les français que nous sommes. La politique française l'est déjà suffisamment. Le système des grands électeurs, le congrès, le rôle du Vice-President, il faut parfois s'accrocher pour comprendre le fonctionnement d'un système à la fois proche et éloigné du nôtre. C'est pourquoi suivre une série qui en relate les méandres, les manipulations et les rouages s'avère parfois une tâche ardue de ce côté-ci de l'atlantique
Il suffit de suivre la première saison de l'excellente "A la Maison Blanche" pour comprendre à quel point c'est compliqué. Même si Martin Sheen y interprète l'un des Présidents les plus crédibles toutes fictions confondues, il faut réellement se passionner pour suivre jusqu'au bout les intrigues.

Ce pourrait être le premier sentiment à la vue du premier épisode de House of Cards. Et pourtant, on est bien loin du classicisme d'A la Maison Blanche. Ici, on rentre directement dans le vif du sujet. Il faut avant tout dire une chose : tout et absolument tout repose sur l'immense talent de Kevin Spacey. S'il est servi par une série de seconds rôles impeccables, c'est tout de même lui le chef d'orchestre de cette grande valse immorale. Il campe ici à merveille le personnage principal, Franck Underwood.
Franck est une grosse pute. Il est le whip de la majorité démocrate du Congrès. Son métier consiste à faire en sorte que tous les membres de son parti tiennent le rang, et que les lois soient votées comme prévu par le parti. Underwoord est donc une grosse pute, mais une grosse pute influente.
Il n'a aucune morale. Aucune. Tout est jugé à l'aune de son ambition personnelle. Rien ne compte à part sa propre réussite. Même lorsqu'il se rend dans sa circonscription d'origine, c'est uniquement pour manipuler dans le but de soutenir son ambition. Jamais pour envisager le bien qu'il pourrait y faire. Aussi, lorsqu'il soutient le candidat à la Présidence, il en attend un retour maximum. Le candidat, Garrett Walker, lui promet un poste de Secrétaire d'Etat. Mais une fois élu, Walker revient sur sa décision. Il estime que Franck est bien mieux à sa place stratégique de whip qu'à la Maison Blanche. Franck accuse le coup et serre les dents. Mais il ne pardonne pas. Alors il échaffaude une stratégie pour se venger. Joueur d'échecs, il voit 30 coups à l'avance et met sur pied le plan le plus machiavélique pour se venger et prendre ce qui lui est dû, intérêts de retard compris.

Franck Underwood aka vrai bonhomme

C'est là que la série devient la plus intéressante. Dès les premiers épisodes, les intrigues politiques se mettent en place, pour le plus grand bonheur du spectateur. Ce dernier bénéficie d'une position de complice puisque très régulièrement, Franck s'adresse à la caméra pour faire part de son point de vue sur la situation en cours. Lorsqu'il échaffaude une stratégie pour faire voter une loi ou obtenir le départ de quelqu'un, c'est au spectateur qu'il explique les détails de son plan, de manière cynique mais jamais sans humour.

Tout comme aux échecs, la stratégie politique nécessite parfois de sacrifier ses pièces. Aussi lorsqu'ils s'agit de sacrifice, Franck sait choisir ses éléments les plus vulnérables pour utiliser leurs faiblesses afin de servir son propre intérêt. Dans le rôle du sacrifié, l'excellent Peter Russo, député de Philadelphie. Russo est un alcoolique et un drogué notoire. Il se complaît dans la coke et les putes. Aussi, lorsque Franck aura besoin d'un pion, c'est de Russo qu'il se servira pour les basses besognes. Dans ce rôle, Corey Stoll est impeccable, tantôt fort et vindicatif, tantôt au bord du gouffre.

Si Franck n'hésite pas à utiliser les hommes politiques à son avatange, il ne s'embarasse pas non plus lorsqu'il s'agit d'instrumentaliser les femmes qui gravitent autour de lui. Sa femme, jouée par Robin Whright, est un modèle du genre : patiente, acceptant tout, même l'adultère, elle se met entièrement au service de l'ambition de son mari. Elle-même exerce des responsabilités (elle dirige Clean Water Initiative, une organisation caritative) mais l'ambition de son mari passe avant tout.
Franck s'adjoint également les services d'une jeune journaliste ambitieuse mais ignorée par son employeur, le Washington Herald. Grâce à elle, Franck peut faire fuiter des informations dans la presse, ce qui lui permet de jouer sur les deux tableaux en permanence et de mener à bien ses projets. Elle s'appelle Zoé Barnes et si vous avez son 06, je suis prêt à lâcher un KFC easy.

Zoe Barnes, la journaliste ambitieuse et casse-couilles

Enfin, un des détails les plus importants est que la série est co-produite par David Fincher. On y retrouve l'ambiance sombre et violente de ses grands films (Fight Club, The Game). Il réalise également les deux premiers épisodes et on sent parfaitement sa patte derrière la caméra. Cette sensation s'atténue au fil des épisodes. Si à l'image on identifie le style de Fincher tout au long de cette première saison, la réalisation quant à elle devient plus banale et on sent que c'est bien un autre que lui aux commandes.

Néanmoins cettte première saison ouvre des perspectives très intéressantes. Il est notamment question du sacrifice qu'impose le pouvoir et de jusqu'où il est (in)humainement possible d'aller pour servir ses ambitions. Comme toutes les séries, ces qualités devront être confirmées lors de la deuxième saison mais la perspective est alléchante, avec un Kevin Spacey des grands jours pour porter une série ambitieuse et bien écrite.

3 thoughts on “House of Cards

  1. Alléchant ! Je viens de découvrir votre site en lisant une mauvaise pub sur un rédacteur de chez vous. Bref au final j'apprécie cette mise en bouche de cette série qui me donne envie de découvrir ! J'ai toujours aimé Keyser Söze !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *