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Bootleg : Visite chez le Gynéco

Réduire Gynéco à son premier mythique et impeccable album "Première Consultation" n'est pas rendre complètement hommage au roi de la rime nonchalante.

Car s'il s'est ridiculisé régulièrement à la télé et en soutenant le petit Nicolas, s'il n'y a rien à garder de ses deux derniers albums (dont un double), le Doc a tout de même à son actif une guirlande de morceaux et de couplets post « Première Consultation », qui vont du coup d'éclat dilettante à la grosse tuerie. Avec depuis le début les mêmes obsessions, en vrac : dire la vérité, clasher l'industrie du disque, serrer des meufs, mourir vieux, être tranquillement au dessus du lot (ou en marge).

Rétrospective de la période 1996-2002 en forme de best of de l’une des canailles les plus charismatiques du rap jeu français.

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Collabs hors albums

"Arrête de mentir" avec Arsenik

L'art du décalage, et l'amour de l'authenticité. Ici avec les frangins de Villiers le Bel, Gynéco taille un costard à ceux qui se prennent pour des cainris, revendiquant le quartier à la française et le rap qui va avec. Vive la France. Vive René Lacoste aussi. Et fuck les mecs en baggy.

"Affaire de famille" avec Arsenik

Décalage encore où comment Gynéco démystifie en un couplet la figure du rappeur gangsta pour mieux réinvestir lui-même la figure du rappeur...gangsta. Et pour bien montrer qu'il a tout compris au game, il fait même une rime en disant qu'il lui manque la rime pour la faire. La boucle est bouclée. C'est qui papa ? (A noter que les scratchs dans le morceau sont réalisés à la bouche par Leroy Kesiah du Saian Supa Crew).

"Tout saigne" avec la Clinique et les Sales Gosses

Dans ce morceau anthologique en tous points, de la prod au casting, Gynéco arrive tel un roi pour donner une leçon. De flow et d'egotrip foutraque fait d'images fortes. Attitude et propos de sale gosse (c'est le cas de le dire) et de tête à claque-cramée-nihiliste qui, replacés dans leur contexte, feraient passer Kaaris pour une danseuse étoile. C'est qui l'boss des caillera ?

"On se laissera pas faire" avec Pit Baccardi

Parce que le colonialisme c'est pas bien. Mais surtout parce que : "Ma pose préférée prendre la fille à quatre, qu'après l'amour elle me fasse chauffer des pâtes". What else ?

"Oyé Sapapaya" avec Stomy Bugsy

Parce que si le refrain est une rengaine de dragueur qui rentre en tête comme une bite lubrifiée dans un p'tit fion et la musique pleine de soleil, les couplets en revanche alternent entre egotrip et revendication. C'est là que Gynéco lâcha le fameux: "Je suis nègre, juif et communiste, allez leur dire aux Lepénistes".

"Tel une bombe" avec les Neg Marrons, Minister Amer, Hamed Daye et Arsenik

Couplet court mais incisif comme Gynéco a su le faire sur "Tout saigne", même si la prestation est moins marquante ici. L'ensemble du posse cut a tout de même une bonne gueule.

"Riche" live avec les Rita Mitsouko

Parce que Gynéco est un des rares rappeurs (et bien avant Booba) à citer le "filet o'fish" dans un texte, en quasi impro qui plus est. L'audace est telle que Ringer réutilise le mot quelques instants plus tard, rien à foutre.

"Melissa" (reprise live avec Julien Clerc et Tonton David)

Parce que c'est frais.

Gynéco solos

LIAISONS DANGEREUSES

"Viens faire un tour dans les cités" avec Nemesis

Le Doc ne fait que le refrain et des backing vocaux. Mais sans ça le morceau n'aurait peut-être pas valu un clou. Avec, il prend une saveur toute particulière. Gynéco représentant officiel du ghetto français.

"L'homme qui ne valait pas 10 centimes"

Avec sa prod chicano-cubaine, ses phases sur le business de la musique et son "si toutes les meufs étaient Carey comme Mariah", ce morceau est un classique aussi classique que les classiques qu'on trouve dans le classique "Première Consultation". Classique, donc.

"Petit Menuet" - Interlude, extrait d'une itw de Doc Gynéco par Daniella Lumbroso

Pas un morceau mais un extrait d'itw où Gynéco (encore à gauche) fait ce qu'on aimait chez lui (enfin ce qu'on aurait aimé qu'il fasse plus souvent) quand il passait à la télé : être tranquillement politiquement incorrect.

"Les mêmes droits" avec MC Janik et Calbo

Bonne combinaison. Bonne prod, bon casting. Les trois fonctionnement bien ensemble et le couplet de Gynéco est à l'image de ce qu'on aime chez lui, frondeur, cool et malin.

"Hexagonal" avec Renaud et Calbo

Gynéco au sommet dans ce qui est l’un de ses meilleurs morceaux post "Première Consultation" avec "L'homme qui ne valait...". Renaud et Calbo jouent les guests discrets mais l'ensemble donne un petit bijou de rap nonchalamment critique envers le raciste franchouillard de quartier, entre autre.

"C'est beau la vie" avec Bernard Tapie et Assia

L'objet du scandale et du buzz de l'époque autour des "Liaisons Dangereuses". Astucieusement c'est le dernier morceau de l'album pour éviter qu'il ne pourrisse le reste du projet. Bien plus malin qu'il n'y paraît. Gynéco ne se trompe pas en invitant le plus emblématique des vrais gangsters, de ceux qui font des millions sans tuer personne, ceux qui sont dans les affaires et la politique, monsieur Nanar Tapie. Subversion et foutage de gueule.

QUALITY STREET

"Caramel"

Sur "Quality Street", troisième projet mais deuxième vrai album seulement, Gynéco prend et entend assumer un virage chanson française entre rap et pop. De ce point de vue "Caramel" est une réussite. Fourre-tout lyrical, vaguement introspectif, vaguement ode à la fumette, musicalement très agréable. Variété de qualité.

"Trop Jeune" avec Ciara Mastroiani

Emblématique lui aussi de l'esprit de "Quality Street", propos à bâtons rompus et formules lâchées sans décodage, le spleen de l'artiste incompris plane sur ce morceau. Gynéco se pose des questions en compagnie d'une Ciara Mastroiani qui se fait l'echo spectral de ses incantations. Abstrait et envoûtant.

"Rue Mazarine"

Comme souvent le morceau est plus malicieux qu'il n'y paraît (rapport ambigu à la gente féminine sous couvert de déclaration d'amour à Mazarine Pingeot, fille cachée de Mitterrand). Il y a une poésie dans le texte et une émotion dans la voix. C'est, avec "Caramel" et "Trop jeune" un autre exemple réussi de ce que Gynéco aurait pu faire s'il avait persisté par la suite dans cette veine entre rap et pop.

"Cousins" avec RZA et Cilvaringz

La combinaison est inattendue mais réussie. RZA à la prod, Gynéco lâche un couplet digne de lui-même et de ses lubbies habituelles (dont tailler des costards à l'industrie du disque). Une version légèrement différente mais moins aboutie est sortie sur l'album solo de RZA "Digital Bullets".

"Secrets sucrés"

"Viens voir le docteur" l’avait intronisé rappeur capable de pécho des meufs en leurs glissant des saloperies aux oreilles (les Ying Yang Twins avant l’heure). Ne perdant jamais une occasion d'en remettre une couche, sur une prod qui tranche un peu avec le reste de l'album, il nous sert un hymne à la fellation.

SOLITAIRE

"Funky Maxime"

"Solitaire", album mineur mais pas (tout à fait) raté. Avec un flow étonnament vif sur une prod étonnament funky, il fait ce qu'il sait faire : un mélange d'egotrip, de cul, et...d'autre chose. A l'évidence single calibré radio, mais loin d'être dégueu.

"Solitaire" avec Daz Dillinger (Dogg Pound)

Gynéco n'était pas encore tout à fait mort, non. A coup sûr le meilleur morceau de l'album du même nom. Sur une prod smoothie à l'enfantine mais imparable ritournelle, le Doc évoque avec mélancolie le revers de la médaille de son statut de chanteur à succès ("je me sens seul, tellement seul, personne à rappeler") et cerise sur le gâteau : Daz Dillinger du mythique Dogg Pound de L.A. lâche un couplet. Impeccable.

"L'âge ingrat"

Petite pépite qui ne dit pas son nom. Sur un sample grillé d'Al Green le Doc évoque un thème qui aura aussi parcouru l'ensemble de son oeuvre : la vieillesse et la mort. Morceau léger en apparence mais en apparence seulement, qui effleure aussi en une phrase la question de la vieillesse dans le rap "Peut-être que je serai le premier vieillard du rap français, qu'il reste au moins mes disques dans les bacs de la Fnac". Pari gagné.

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2 thoughts on “Bootleg : Visite chez le Gynéco

  1. OK. Je n'érigerai plus ma copie de Première consultation comme le seul bienfait de Doc Gynéco.

    Belle mise au point, et bonne ré-immersion dans cette époque bénie du rap fr.

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