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Captcha Airlines Ep 3 : Chirac back ! (+ mixtape en téléchargement gratuit)

Après une enquête exclusive d'anthologie la nuit passée, je ne pouvais pas passer m'empêcher de reparler de Chicago. Depuis mon dernier article il y a 1 an, les choses ont un peu changé, mais il y a toujours beaucoup de bons morceaux de rap émanant d'une des villes les plus violentes des États Unis. On prend les mêmes et on recommence ? A quelques changements près, oui. A part des meurtres, qu’avez-vous raté de la Drill City depuis tout ce temps ?

Chief Keef a muté, comme Freezer et Cell en leurs temps. On s'en doutait. Après un premier album finalement assez bon, Keith Cozart a semble t-il "mis trop de sirop dans son Sprite", comme le dirait un certain rappeur Sevranais. Musicalement, cela se traduit par un coup de cœur pour les prods du Georgien Zaytoven (dont on ne cesse de dire du bien, à juste titre), et surtout par des morceaux murmurés, donnant l’impression qu’il est à bout de souffle toutes les deux lignes et qu’il a épuisé toute son énergie cosmique, son Ki dans les hurlements de sa première mixtape. Limite inaudible ( Hobby), sorte de transe voodoo sous codéine, Chief Keef a changé de planète en très peu de temps. Le titre qui symbolise le mieux cette première mutation (car il y en aura d'autres) c'est Go To Jail. Gémissement transpirant l'acide, cette chanson est une merveille, un diamant brut recouvert de poussière d’étoiles. Beaucoup d’humains ne pourront probablement pas l'écouter, et encore moins l’aimer à sa juste valeur. Monde cruel. Cette chanson semble venir d’une planète extrêmement lointaine, ou Chief Keef a décidé de poser ses valises Gucci fraîchement acquises …

Ce changement de style a forcément influencé certains de ses compatriotes, SD le premier. On retrouve plus de vocodeur dans sa dernière mixtape, Life Of a Savage 3. Si, au premier abord, cette nouvelle était loin de m’enchanter, le constat est pourtant implacable : ce petit continue de progresser à une vitesse impressionnante. Ce troisième opus est rempli de bangers en tous genres : Bad Hoez, Gwap, Bandz pour les refrains autotunés ; Don't Believe Me, New World Order et son remix avec Danny Brown, le magistral Overdose avec un RiFF RAFF toujours aussi bon (White Mister Tee) ; Re-Up, Squad Full Of Killaz, autant de morceaux prônant la paix sociale, l'amour de son prochain ... Life Of a Savage 2 avait déjà marqué les esprits agréablement, le mien en tout cas, ce troisième épisode est encore un cran au dessus. Il faut vraiment donner du crédit à SD, qui passera probablement toute sa carrière à l'ombre de Chief Keef …

 

Fredo Santana, de loin le plus terrifiant de la clique GBE / OTF n'a lui pas ajouté le vocodeur à son arc. Pas étonnant. Il continue sa lente descente aux enfers, se rapprochant de jour en jour avec assurance vers la place à laquelle il est destiné : devenir l'incarnation humaine de Lucifer. Après Fredo Kruger (cover absolument magnifique), et un grillz plus tard, Fredo a sorti une tape avec Gino Marley, autre compatriote à dreads comme Chicago a l’habitude de nous fournir.  Aucun compromis : du 100% Trap Music ne présageant que du bon. Street Shit. On aimerait tout de même qu'il enregistre ses morceaux ailleurs que dans des tombeaux ou des morgues, tant la qualité sonore est désastreuse. A noter aussi Bird Talk, autre merveille de folie pure (qui nous rappelle les meilleurs morceaux d’amour envers la poudreuse de la grande sœur Atlanta), avec un artwork que vous pouvez ranger sans hésiter une seule seconde dans les plus beaux de cette année 2013, tous styles de musique confondus. Fredo adoptera probablement le même format de «carrière» que SD, à la différence que lui a peut être encore moins de chance d'éclater au grand jour, pour des raisons évidentes. A l'image de la ville dans laquelle il vit, Fredo a vraiment un air inquiétant et un mode de vie pour le moins "rude" : personne ne serait surpris de le voir mourir d'une overdose avant 30 ans, saoul au volant d’une voiture, ou dans une fusillade ... De loin le plus cramé de GBE. J'attends son album Trappin' Ain't Dead comme un camé attend sa dose de crack en bas de la cité Carter : en se grattant frénétiquement les avant-bras.

Lil Durk, en revanche, a le potentiel pour faire parler de lui au-delà de ses propres frontières. En témoigne son rapprochement avec Def Jam et sa nouvelle pseudo affiliation à Coke Boyz (le groupe de French Montana). Lil Durk a cet avantage de savoir alterner rap et chant avec un immense talent. Même s'il use et abuse des effets sur sa voix, il est beaucoup plus versatile que ses congénères, arborant pourtant un style d'écriture semblable en tout point (ndlr : hein ?). Son dernier projet Signed To The Street est incontournable, a tel point qu'il pourrait figurer dans un top 10 des meilleures mixtapes de l'année 2013 sans rougir. Traumatized, Competition, Can’t Go Like That, Who Is This, Bang Bros, Dis Ain't What You Wan't, Oh my god : autant de tueries qu'il faut absolument écouter, et qui seraient pour la plupart potentiellement diffusables en radio grâce à leurs refrains. A scruter de très très prêt …

Lil Reese est peut-être le moins productif de tous. Depuis sa tape I Don't Like, Lil Reese n'a sortit qu'un seul projet : Supa Savage, avec exactement la même stratégie que le premier. 10 titres, la qualité avant la quantité. A l'heure d'internet, où les rappeurs sont quasiment obligés d'être très présents et de proposer du nouveau contenu régulièrement, je ne comprends pas vraiment la stratégie de Lil Reese, qui fait le strict minimum. Force est pourtant de reconnaître que Supa Savage est une très bonne mixtape, même si les featurings sont nombreux pour le peu de titres (la plupart avec ses collègues Chicagoans évidemment : Walter Payton, Wassup, Relate). J'apprécie toujours autant le flow saccadé de Lil Reese, presque "hors beat" comme diraient les puristes. Savage, son gimmick, lui colle assez bien à la peau.

 

Il y a quelques nouvelles arrivées discrètes dans ma sélection, des coups de cœurs imprévus, très ponctuels mais sincères.

Katie Got Bangz : sorte de clone attardé de Chief Keef, en fille. Étrange concept. Pourtant, cette fille pue autant l'insécurité des rues de South Side Chicago que ses semblables masculins. Son dernier projet en date s’intitule Drillary Clinton. J’ai aimé la trouvaille, c’est ambitieux, ça sonne bien, pas besoin de plus. S’auto-proclamer ambassadrice de la drill musique, pourquoi pas. Surprésence de la prod dans ses morceaux, flow saccadé à souhait, champ lexical typique de la région, son statut est peut-être légitime. C'est bien mongol, les prods, sans être des miracles sont souvent efficaces, et au final, on se surprend à bouger la tête sur certains de ses morceaux, d'où sa présence dans cette mixtape.

Bloodmoney fait aussi quelques apparitions : discret membre de GBE il n'est pourtant pas rare de voir son nom en featuring. Il a sortit une mixtape nommée Gangland, que même Bernard De La Villardiere n'aurait su renier. Voix rauque, style agressif, il nous rappelle un peu le syle de LEP Bogus … qui ont quasiment disparu de la circulation, à mon grand regret. DF4 n’a pas de date de sortie, pas une seule nouvelle mixtape en un an. Quelques morceaux à peine, le plus récent étant Sleep, qui porte bien son nom … A noter aussi, du côté des grands absent : Roi Louie. Après une mixtape complètement ratée (Jeep Music) on attend Drilluminati 2 et son projet avec Lil Durk.

Voilà ce qu’est devenu Chicago depuis la dernière visite de Captcha Airlines. Chief Keef est devenu riche, les autres essayant tant bien que mal de suivre ses pas. Effet de mode ou non, l’important étant juste qu’il y ait encore beaucoup de bonnes musiques de rap dans la capitale de l’Illinois. Chirac est toujours là !

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