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5 avis sur l'album des Casseurs Flowteurs

En vérité y'a que 4 avis, mais comme la rubrique s'appelle "5 avis sur", il faut lire cet article en imaginant un cinquième avis-fantôme qui est caché entre les lignes de cette page.

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Genono : "A moins d'avoir quinze ans, de vivre à une centaine de kilomètres du premier Foot Locker, et d'avoir encore des doutes sur son orientation sexuelle, j'ai bien du mal à comprendre quel type de public peut adhérer à cet album."
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Depuis les débuts de Casseurs Flowteurs, ce groupe improductif, j'ai toujours considéré Gringe meilleur qu'Orelsan, en tous points : plus de présence au micro, un flow bien mieux maitrisé, et puis surtout, une image moins niaise, moins pré-adolescente. Orelsan, malgré une identité musicale qui ne parle pas du tout, a toujours su me placer deux-trois punchlines dans les dents, si bien que je n'ai, dans le fond, rien à lui reprocher. J'attendais avec beaucoup de curiosité ce premier album des deux comparses, supposant que leur association pouvait sublimer les qualités de l'un et de l'autre, tout en gommant, au moins partiellement, leurs défauts les plus criants.

Écrire un album complet sur le principe détourné d'un épisode de 24H chrono, en remplaçant Jack Bauer et ses explosifs par un geek dépressif de trente piges et un pack de Heineken : l'idée est originale, reconnaissons-le. Orelsan et Gringe ont le mérite de tenter quelque chose de véritablement nouveau, de créer un concept qui tient debout, et qui cimente l'album. Un disque cohérent, premier bon point. Deuxième chose : Orelsan confirme sa propension à balancer des punchlines à tour de bras, et Gringe le suit dans cette rythmique. On reste, malheureusement, toujours dans le même registre : la punchline purement humoristique ("si t'as des nouveaux implants fais voir ta nouvelle paire / si ta mère est devenue lesbienne, fais voir ta nouvelle père"), qui fait sourire l'auditeur comme une bonne blague. Problème de la bonne blague : elle fonctionne une fois, quand on ne connait pas encore la chute. La deuxième fois, elle perd la moitié de son efficacité. La troisième fois, elle devient gonflante.

Deuxième problème : on a connu Skread bien plus inspiré. Entre prods minimalistes et beats faiblards, il faudrait vraiment être très volontaire pour s'amuser à l'écoute de ce genre de son. Le pire, c'est qu'aucune véritable ambiance ne se dégage de cette galette. Pas de couleur musicale particulièrement marquée, et hormis quelques exceptions (Les putes et moi, Deux connards dans un abribus), les instrus semblent presque en décalage avec le ton des morceaux. Pire, certaines sont carrément dégueulasses (La mort du disque, Bloqué).

Le morceau qui résume le mieux cet album, c'est La mort du disque : concept très original, clip drôle, et débilité hyper-assumée d'un côté, prod inaudible, flow forcé et pas forcément bien maitrisé, résultat très moyen, de l'autre. Le genre de morceau qu'on écoute une fois, en se disant "ouai, c'est golri", mais sur lequel on ne revient pas une deuxième fois.

Sur le fond, l'album des Casseurs Flowteurs est une redite du premier album solo d'Orelsan. Même ton, mêmes délires, mêmes récits. Alors, peut-être qu'il faut accrocher à l'univers des deux acolytes, pour pouvoir accrocher à leur musique. Connaitre les soirées de loosers, le gouter racketté à la récré, les heures de galère à attendre un bus en pleine campagne, les journées entre couilles à jouer à Mario Kart. Mais, à moins d'avoir quinze ans, de vivre à une centaine de kilomètres du premier Foot Locker, et d'avoir encore des doutes sur son orientation sexuelle, j'ai bien du mal à comprendre quel type de public peut adhérer à cet album.

Buddy Love : "Les casseurs flowteurs, c’est deux copains qui cherchent l’inspi et qui, en attendant, écrivent un des buddy-movies les plus drôles et les plus intéressants de l’année."
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A propos de l’album d’Orelsan et Gringe, j’aurai tout lu. Rap de blanc. Rap d’alcooliques. En gros rap de provincial. Et tout ça est parfaitement vrai.
Je rappelle simplement une chose que certains n’ont pas appris dans leur lycée fruité de la banlieue sale : comme la terre est composée à 80% d’eau, et un bon cocktail de 70% de vodka : 99% de la France c’est la Province. Alors une fois qu’on a compris ça, faut juste assimiler que même si Paris et Marseille recèlent 90% des groupes de rap, on s’en bat les couilles de vos histoires. Vos mythos de deal de kilos dans des hotels Formule 1 à Clichy sous Bois, vos délires de meufs qui vous sucent dans des grecs après que vous ayez terrorisé tout un wagon du RER B.

La province, ses préoccupations, c’est comment la fille du boucher de la rue du 8 mai 1945 est trop bonne dans son legging Zara et que tu lui repeindrais bien le vestibule à la soirée jeunes de la salle des fêtes samedi soir. La province quand elle met son gros doigt de pied quelque part, c’est dans le pied de table et crois moi que si elle hurle derrière, c’est pas de plaisir. L’album des casseurs flowteurs, c’est la réalité vraie. Pas la vie fantasmée de vos rappeurs yopés qui racontent ce qu’ils aimeraient faire s’ils avaient pas claqué leur SMIC dans leur pass Navigo et leur studette en entre-sol. Les casseurs flowteurs, c’est un album de potes bourrés, de mecs qui errent dans des petites villes où on mange plus après 23h, où le seul monument c’est celui dédié aux morts de la grande guerre et où on finit bourrés dans un abribus de campagne. Sur ce point là, c’est un très bon album. Un concept à lui tout seul. Ça raconte des histoires, pathétiques certes, mais vraies. Ca soulève pas de barres de fonte, ça bicrave rien, ça drive-by personne. Ca raconte juste une fin de journée comme elles se passent vraiment et ça fait du bien d’entendre un truc qui nous parle à nous les provinciaux. On s’en bat les couilles de vos rappeurs qui name-droppent leurs ruelles et leurs immeubles. Les casseurs flowteurs, c’est deux copains qui cherchent l’inspi et qui, en attendant, écrivent un des buddy-movies les plus drôles et les plus intéressants de l’année. T’écoutes Kaaris en boucle et tu hurles à ta mère la conseillère CAF « je coupe j’emballe et je bibi » alors qu’en vrai tu t’appelles Adrien et t’es rentré en pleurant parce qu’Abdel, 23 ans, élève de 3ème 12 t’as encore volé ton Beats by Dre. Pédale. Ecoute ça, réalise que la vraie vie c’est ça, tes vrais problèmes c’est les leurs et inversement. Entre l’album judeo-romantique de Drake, le délire christo-électronique de Kanye et les élucubrations onomatopesques de Booba, l’album d’Orelsan et Gringe est le seul qui, du début à la fin, raconte la vérité. Elle est pas reluisante mais faut reconnaître que tout est véridique. Des après-midi apathiques à mater de la merde jusqu’aux soirées alcoolisées dans des bars de quartier, tout est vrai. Tu te sentiras moins un bonhomme qu’en hurlant « OH CLIQUE » à chaque onglet Firefox n’empêche que tu te dirais que pour une fois, t’as pas l’impression que le rap raconte la vie d’un autre, et que t’en es loin.

Faut écouter les casseurs flowteurs comme tu regardes Showtime avec De Niro et Eddy Murphy. En rigolant parce que c’est juste question de ça : c’est des chansons pour se marrer. Et le meilleur, c’est les interludes. Vraiment, c’est la partie la plus drôle de l’album. Faut l’écouter. Si t’es une personne normale, qui vit une vraie vie et pas celle qu’un ancien détenu raconte en se prenant pour Rick Ross alors qu’il vit dans le 18 ème au dessus d’un salon de coiffure. Sinon clique ailleurs.

Mugen : "Je n'aime rien, si ce n'est déverser de la haine"
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Après avoir vomi des l’intro, (dès que les premières paroles françaises se sont faites entendre, en fait), j’ai trouvé le courage de continuer l’album des Casseurs Flowteurs (quel nom de merde, au passage). Les samples de dessins animés nous mettent bien dans l’ambiance : c’est du rap pour les 6-10 ans, un concept. Les refrains sont peu inventifs, et Gringe, qui a autant de charisme derrière un micro qu’une huitre, a d’ailleurs du mal a cacher le fait qu’il a commencer à rapper il y a 6 mois (ndlr : évidemment, non). Il pompe le flow d’Orelsan avec vergogne et il faudrait être sourd pour ne pas s’en rendre compte. J’avais un maigre espoir de rire au moins une fois en écoutant une des nombreuses interludes, mais même pas. Grande révélation : Tony Montana serait en fait un enculé. Votre vie va changer.
On note tout de même quelques prods cools, comme celle de Prend des pièces, même si le combo sample de jeux vidéos commence à vite s’épuiser. On est quand même loin du magistral That I’ll Work.

Le problème de cet album c’est que c’est tellement niais que c’est presque dur de le détester.
Ils sont pas méchants … ils n’ont pas de talent, mais n’attirent pas la haine. C’est assumé, on ne peut pas leur reprocher ça. Alors, ça s’écoute a peu près, surtout en faisant autre chose. Mais ça tourne en rond très très vite. C’est un délire d’ado pré-pubère, comme la chanson La Mort Du Disque : le petit minet qui s’énerve mais qui n’est pas crédible, qui fait peur à personne, et dont on a un peu pitié finalement. J’ai comme la vague impression que certaines « punchlines » auraient pu être écrites par ma nièce de 9 ans, mais certains crieront surement au génie, chose que malgré des gros efforts sur moi même je n’arrive pas à expliquer. J’ai finalement tout abandonné après l’interlude « couplet de Claude ». Le coup fatal, comme un finish him dans Mortal Kombat (moi aussi je peux le faire). Je rend les armes : cette musique n’est pas faite pour moi, et elle ne me rend même pas nostalgique de cette époque qui semble les avoir tant marqué. Je me demande seulement si ce truc plaira à des personnes de plus de 15 ans …ou plus simplement à des gens qui aiment le rap.

Mido Ban : "Même si l’album est globalement agréable à l’écoute, l’orientation cinématographique du disque nous force malheureusement à écouter des titres franchement dispensables."
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Après deux clips visuellement réussis, on ne savait pas trop à quoi s’attendre avec cet album. Beaucoup d’interrogations, notamment sur la qualité des morceaux ou la pertinence des thèmes. C’est donc avec une certaine appréhension que je me suis lancé dans l’écoute de cet album.
Premier constat, la forme est assez originale : le tracklisting se découpe comme une journée ordinaire du groupe. Une journée où le groupe s’emploie à écrire quelques chansons pour leur album en préparation. Beaucoup d’interludes sont présentes pour « romancer » l’album et lier tous les morceaux entre eux (ce qui rend impossible une lecture aléatoire de l’album).
Pour l’album en lui même, les thèmes ne changent pas réellement pour ceux qui ont l’habitude d’écouter Orelsan : soirée, femmes, flemme, l’envie de ne pas bosser etc …
Gringe confirme qu’il n’a rien à envier à Orelsan en terme d’écriture ou de flow.
L’album est vraiment agréable a écouté les prods sont en général de bonne facture avec quelques fulgurances (« Prend des pièces » où « mangez c’est triché). L’album est une bonne alternative pour ceux qui en ont marre d’écouter trop de son « de rue » ou bien du conscient pleurnichard. D’ailleurs, on sent une petite parodie de la mode actuelle de la trap musique sur l’interlude « Tu m’dois d’l’oseille » (notamment avec la signature de la prod -à rallonge- en intro).
Niveau flow, on remarque quelques prises de risques : le gimmick de reprendre 3 4 fois le même mot pour construire des couplés dans « Bloqué », le couplet entier qui se joue sur une seule rime bien appuyé par l’intonation dans « Greenje et Orselane ».
Sans réinventer forcément les thèmes choisis, l’écriture des deux compères joue sur des phases surréalistes ("quand on baise la mère d’un pote faut faire preuve d’un minimum de respect").
Même si l’album est globalement agréable à l’écoute, l’orientation cinématographique du disque nous force malheureusement à écouter des titres franchement dispensables.

Tout au long de l’écoute, le comparatif avec les Svinkels s’est fait de plus en plus évident pour moi. Je ne sais pas si la référence sera assumée ou, pas mais bien que l’album soit de bonnes facture, il n’atteint pas le niveau des Svink. Même sur des thèmes qui peuvent être polémique comme le titre sur la prostitution, "les putes et moi", on arrive pas au niveau de saleté assumé ici par exemple. Le comparatif est assez évident avec certains titres qui jouent sur l’aspect fauché et soulard, en fin d’album.

Sans vraiment sublimer la branche « rap alternatif » l’album est cependant suffisamment bien construit pour pouvoir repasser plusieurs fois dessus avec plaisir.



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