Flynt-feat.-Orelsan-Mon-pote

Flynt : 20 questions à propos de Retrographie

Techniquement, c'est pas une véritable interview, puisque, contrairement à notre dernière entrevue avec Flynt, la conversation s'est cette fois-ci déroulé par mail. Du coup, l'échange parait peut-être un peu moins spontané. Rien de grave, mais autant que tu sois prévenu, car on ne roule pas nos lecteurs dans la farine.

promo_flynt2

Genono : J’ai l’impression qu’il y a un petit côté « best-of » dans cette mixtape. Est-ce que c’est quelque chose de voulu ? Qu’est ce qui t’a motivé à sortir Retrographie ?

Flynt : Oui c’est voulu puisqu’il n’y a pas de titres inédits crées pour l’occasion. Rétrographie c’est la contraction de Rétrospective et de Discographie, c’est une compilation de tracks et de couplets rares ou moins rares apparus à droite à gauche depuis 1998 et de quelques titres phares extraits de mes 2 albums. Un des points forts de Rétrographie c’est que tout est enchaîné et mixé comme si c’était un mix radio ou comme ce que l’on pouvait trouver en K7 il y a quelques années. Ce qui m’a poussé à sortir Rétrographie c’est l’envie de sortir un nouveau disque, de réunir des titres éparpillés sur un même support et d’avoir une actualité pour remettre un peu de lumière sur Itinéraire bis et pour aller chercher de nouvelles dates de concerts notamment. Après plus de 15 ans de rap et 2 albums il m’a semblé que c’était le bon moment pour le faire.

Genono : Tu as utilisé pas mal de scratchs en conclusion des morceaux. Ca se fait plus du tout en 2013, c’est pour donner une couleur « à l’ancienne » ? Pareil pour la cover, avec les polices d'écriture un peu old school ?
 
Flynt : Je n’ai pas voulu donner de couleur à l’ancienne en particulier, c’est juste que mettre des titres bout-à-bout ne me semblait pas avoir grand intérêt. Là c’est un mix original et inédit, c’est vivant, il y a des versions des titres qu’on ne trouve nulle part ailleurs. C’est une véritable valeur ajoutée et c’est bien plus agréable à écouter comme ça.

Genono : Pourquoi avoir remixé « Haut la main » ou « 1 pour la plume » ? Je trouve ça intéressant, parce que c’étaient des morceaux très énergiques, qui du coup changent complètement de rythme et de couleur musicale.
 
Flynt : Parce que ce sont les premiers extraits de mes albums. Ce sont les morceaux que j’avais choisi pour être des locomotives. 1 pour la plume pour annoncer J’éclaire ma ville et Haut la main pour lancer Itinéraire bis. C’était plus intéressant de proposer des versions nouvelles. J’ai toujours laissé la porte ouverte aux remixs en rendant disponibles certains acapellas. Il y a eu des dizaines de remix de 1 pour la plume par exemple car j’avais sorti le titre en maxi à l’époque. C’est assez difficile de réussir un remix, les deux remixs présents sur Rétrographie sont très réussis je trouve.

Genono : Y’a-t-il eu d’autres remix que tu n’as finalement pas gardé dans le tracklisting final ?
 
Flynt : Oui un paquet !

Genono : DJ Safe et Nodey ont fait un gros boulot de dépoussiérage de tes vieux sons. Tu leur as donné des indications ou tu les as laissé opérer seuls ? Pareil pour le choix de la tracklist, tu l’as fait seul, ou en collaboration avec tes DJ ?
 
Flynt : C’est DJ Safe qui a tout dépoussiéré et enchaîné et c’est Reptile qui a fait les mises à niveau, on a fait plus ou moins la sélection ensemble avec Safe mais il avait carte blanche, il a fait sa sélection en fonction de la pertinence des enchaînements, de la musicalité et des thèmes abordés. Au fur et à mesure qu’il avançait il me demandait certains acapella, certains instrus… Ca a pris du temps pour tout boucler et pour qu’on soit content du résultat. Ca fait 1 an qu’on est dessus, bon on n’a pas bossé dessus tous les jours hein, on bossait à distance car il habite au Havre, c’est pas du tout évident à distance. DJ Blaiz’, mon DJ sur scène, nous a beaucoup aidé aussi, quant à Nodey il a fait l’intro uniquement, mais quelle intro ! Il y a beaucoup de couplets qui ont été laissé sur le côté parce que musicalement ou pour d’autres raisons ça ne rentrait pas dans l’ensemble. Il a fallu se séparer de certains couplets et c’était pas forcément facile de prendre ces décisions. C’est un travail collaboratif dans tous les cas.

Genono :  Tu fais encore une fois appel à Nodey … Est-ce parce qu’en tant qu’asiatique, il est champion de ping-pong, une qualité non-négligeable dans le rap jeu en 2013 ?
 
Flynt : On a fait une vidéo où on joue au ping-pong lui et moi, on voulait la sortir pour promotionner la mixtape mais il y a eu une autre vidéo sur le thème du ping-pong qui est sortie juste quand on allait la balancer donc on a dû changer nos plans.. Dégoûtés mais pas vaincus, on planche sur une vidéo où on nous voit jouer aux cartes là.

Genono : Un de tes fans m’a dit « quand tu as suivi Flynt depuis le début, cette mixtape n’a aucun intérêt ». Qu’est ce que tu peux lui répondre ?
 
Flynt : D’abord je lui demanderais si il l’a écoutée ... Et puis je le remercierai de me suivre depuis le début mais non, je ne suis pas d’accord avec lui et d’après les retours que j’ai eu d’auditeurs qui me suivent et qui ont écouté la mixtape, ils l’ont tous aimée parce que c’est bien réalisé, parce que tout est réuni sur un même support et parce que même ceux qui me suivent depuis des années ne connaissaient pas tous les couplets ou tous les titres. Je lui répondrais donc que je suis totalement en désaccord avec lui.

Genono : Tu as mis le live de J’éclaire ma ville. D’après ce que tu avais dit en interview, c’est un live qui t’avait particulièrement marqué, et on comprend que tu aies voulu qu’il apparaisse sur cette mixtape. Est-ce que tu n’as pas eu peur que la qualité sonore de l’enregistrement ne rebute certains ? Pourquoi ne pas avoir inséré plus de morceaux live ?
 
 
Flynt : C’est un extrait du concert au New Morning à Paris en fait, enregistré en février 2012. Ce moment du concert était très fort. Toute la salle qui backe le couplet, et à la fin du couplet le public en transe se met spontanément à scander et à chanter « Ici c’est Paris, Paris c’est nous, Paris c’est nous… » tous en chœur. C’était beau. Là où je n’ai pas eu de chance c’est que l’enregistrement audio de ce concert a complétement foiré, inutilisable ! Du coup on a extrait le son caméra pour récupérer un bout un peu audible de ce concert. La qualité n’est pas top mais ça ne me dérange pas ça fait partie du truc, le son est crade et ça rend le moment encore plus authentique. A la base je voulais mettre beaucoup plus de passages de live mais l’enregistrement ayant foiré... J’ai mis ce passage à la fin parce que le live est important dans mon parcours et c’est un gros big up au public aussi. La plus belle récompense pour mes textes c’est d’aller sur scène, c’est ce que j’ai voulu signifier en mettant ce passage de live mythique à mes yeux pour conclure la mixtape.

Genono : Quels sont tes prochains projets ? Les retours (que j'estime positifs dans l'ensemble) sur Itinéraire Bis t'encouragent-ils à envisager un troisième album ?
 
Flynt : Mes principaux projets sont des projets familiaux et professionnels actuellement. Côté musique, je dois écrire pour l’album de mon pote Nodey et pour la compilation de mon pote DJ Blaiz’ « Appelle moi MC 2 » notamment. J’ai un peu de mal à me remettre à écrire là. J’ai fait un track avec Lil Dap, PMD et AKH qui doit sortir sur la compilation du beatmaker Crown début février. Quant au 3ème album, j’ai hâte, ce que je vis avec Itinéraire bis depuis plus d’un an c’est génial. On a fait plus de 30 dates avec Blaiz’ et Nasme, on a joué au Bataclan, à l’Olympia, j’ai chanté au Zénith de Caen, on a fait des gros concerts à Lyon, à Brest, à Nantes, à Bruxelles, à Angers et j’en passe. Je récolte les fruits de mon travail, à mon niveau je profite de ce que la musique a de mieux à apporter alors forcément le 3ème album, j’en ai très envie. Itinéraire bis m’a fait beaucoup de bien, c’est pour moi le meilleur de mes 2 albums, j’espère faire encore mieux au prochain.

Teobaldo : "C'est le rap de celui qui a dit non et va te faire enculer" est-ce que cette phase est celle qui résume le mieux ton style pour toi ? Et peux tu la développer ? Non à quoi ? Et qui doit se faire enculer ? Et pour quel motif ?
 
Flynt : Non ce n’est pas la phrase qui résume le mieux mon style. Celle qui résume assez bien mon style c’est "1 pour la plume, ex-aequo avec le gros son". Ce non, c’est le non au rap fast-food et aux guignoleries du rap game, non à la soumission aux majors et au diktat de quelques radios, non à la réussite à tout prix. La phrase à laquelle tu fais référence je l’ai écrit il y a 5 ans pour un titre avec Le Rat Luciano et Gino qui n’est jamais sorti.

Teobaldo : Je pense aussi que "Moi je rap comme ce que j'aurais dit" te correspond bien. Tu penses que s'inventer un personnage est un piège trop fréquent dans le rap ?
 
Flynt : Aujourd’hui je m’en tape de qui s’invente une vie ou non. Je pense quand même que c’est dangereux de s’inventer une vie dans le rap et de se créer un personnage que tu n’es pas réellement dans la vraie vie. Certains semblent prisonniers de leur image effectivement. Mais je vais te dire, même quand tu ne joues pas un personnage et que tu rappes qui tu es, tu peux te retrouver prisonnier de cette image aussi.

Teobaldo : "Ma plume ferait du fric en faisant rimer là où j'habite avec ma bite" Tu n'as jamais été tenté de faire des mille et des cent avec ta musique ou bien tu y as renoncé avec le temps vu ton rap ?
 
Flynt : Ca n’a jamais été ma motivation première. Et c’est vrai qu’avec le style de rap que j’ai, la gamberge que j’ai et la façon dont je suis organisé, c’est plus compliqué. Vu aussi les médias qu’on a en France et ce qui plaît au public et vu que je n’ai pas une major, un éditeur ou un label qui bosse derrière pour pousser mes titres au max... Par contre je n’ai aucun complexe à faire de l’argent avec mon rap, j’en fais et c’est bien normal, j’aimerais en faire plus même. Mes disques je les vends, mes concerts et mes t-shirts aussi donc il n’y a pas de renoncement, on bosse, on s’organise pour faire plaisir à ceux qui nous suivent et pour gagner de l’argent et ce par nos propres moyens. Il y a de l’argent pour tous dans la musique, il faut bosser et s’organiser comme partout. Il faut trouver son public c’est ça le plus important.

Teobaldo : Sur ce projet, il y a des morceaux que tu aurais voulu mettre aussi mais que tu n'as pas mis pour certaines raisons ? si oui, lesquels ?
 
Flynt : Je n’ai pas mis la majorité de mes premiers couplets apparus sur K7 à la fin des années 90 et début 2000, ça ne collait pas avec l’ensemble. Ca faisait pourtant partie du projet au départ, j’aurais voulu les mettre pour montrer l’évolution de mon rap et parce qu’ils font partie de ma discographie mais ils étaient compliqués à enchaîner avec les reste des tracks, du coup j’ai abandonné l’idée, ça fait une bonne vingtaine d’anciens couplets qui n’y figurent pas.
 
Teobaldo : À l'inverse, y  a-t-il des morceaux dont on reparle beaucoup dont toi tu n'es pas satisfait ?
Flynt : Je ne suis pas fan de mon couplet sur le morceau Compte à rebours, que j’ai fait avec Ekoué, je ne l’ai jamais beaucoup aimé ce couplet, je le trouve plutôt faible. Sinon j’aime tous les couplets qui sont dans Rétrographie et dans mes albums.

Teobaldo : Sur ce projet, on peut réentendre des vieux freestyles issus de mixtape (comme Splifflife, par exemple). C'est devenu plus rare de t'entendre sur ce genre d'exercice plus spontané (même si on t'a entendu sur Marche Arrière, dernièrement). Comment l'expliques tu ? Perfectionnisme ? Ou le fait qu'il y ait moins de mixtapes/ compilations de qualité qu'avant dans le rap ?
 
Flynt : C’est une question de temps, on me propose beaucoup de projets et moi je suis le moins productif de France donc forcément ça coince. Pour le temps que je passe à faire du rap, je privilégie la création de mes albums, préparer mes concerts et faire des concerts. Tout ça ça prend du temps. Combien de mecs tu pourrais citer qui ont fait beaucoup de mixtapes et compilations et qui ne font presque jamais de concerts et qui n’ont pas d’albums ? Y en a plein. Moi si j’avais accepté tous les projets qu’on me proposait, j’aurais jamais sorti 2 albums. On parlait d’argent et de plaisir tout à l’heure, c’est avec un album que tu prends des sous et que tu te fais vraiment plaisir dans mon cas, pas sur les compilations ou les projets des autres à quelques exceptions près si tu poses sur l’album d’un mec qui vends des dizaines de milliers de disques. Pourtant je ne néglige pas les propositions qu’on me fait ni ceux qui me les font, c’est juste impossible de tout faire, c’est pas une question d’argent c’est une question de temps et de priorités. J’aimerais pouvoir croiser le mic avec d’autres MC’s plus souvent mais bon, j’ai déjà beaucoup de travail et c’est dur de m’en rajouter.

3153684_6_8ba6_flynt-au-new-morning-le-rappeur-multiplie-les_d8a806c7cc84c31fd3be5f9a35e07569

Teobaldo : Il y a 2 choses assez récurrentes qui s'opposent souvent dans tes textes tout en restant très cohérent : l'envie de voyager, de connaître une autre vie mais aussi le fait d'être très attaché à Paris et à ton contexte. Comment perçois-tu cette dualité ?
 
Flynt : Voyager ça fait partie de ce que la vie offre de plus plaisant. Quand tu voyages tu te sens vivre. Et quand tu voyages ta ville te manque forcément, tes proches, ton train-train, ton quotidien. Pour moi ça ne s’oppose pas, ça se complète, j’ai besoin des 2 dans ma vie, les voyages et mes racines.

Teobaldo : "Je ne suis pas bon qu'à pera, mais je suis là car je pense que le bon son manque dans mon pays, comme le Rat" ? le Rat Luciano est-il une de tes références ? As tu tout simplement des références en France ?
 
Flynt : Oui le Rat et la FF, je les écoutais beaucoup quand j’étais plus jeune. Des références j’en ai  beaucoup, mais pas toutes pour les mêmes raisons. Il y a des MC que je respecte pour leurs couplets, leur parcours et/ou leur vision, leur concept, et d’autres qui sont des références négatives. Ca dépend ce que tu entends par « références ». Dans un couplet je dis : « On m’demande quel est l’style que j’aime j’ai des références par centaine, dans l’authentique ou le clownesque, le rap faible ou le terrible, le réfléchi, l’immature, le mythomane, le crédible, celui qui pète le score ou pas plus haut qu’une naine, je puise dans toutes les disciplines de la culture urbaine… » Si ta question est de savoir qui j’aime bien écouter, je te répondrais spontanément Sidi O, Mac Tyer, Casey, Joe Lucazz, Orelsan, Nasme, Dino, C.Sen, Mapaula ... Parmi les MC’s que j’ai découvert plus récemment j’aime bien S.Pri Noir et Volts Face. Bon j’en oublie, j’aime pas trop répondre à ce type de question parce que j’en oublie forcément.

Teobaldo : Tu sembles beaucoup fonctionner à l'humain : tu collabores souvent avec les mêmes artistes qui reviennent (Nasme, Sidi Omar, etc...). Dernièrement on t'as entendu avec Orelsan. D'autres collaborations sont elles à prévoir ?
 
Flynt : Oui, mais à part le track avec AKH sur la compilation dont je parlais tout à l’heure parce qu’il va sortir et qu’il est enregistré, je préfère ne pas en parler parce que rien n’est fait encore. Sur les compilations de Blaiz’ et Nodey, on cherche toujours la direction du truc. A part ça je n’ai pas beaucoup d’autres projets à part attaquer un 3ème album puisque j’évite de m’engager dans des collaborations alors que je sais que je ne pourrai pas suivre par manque de temps.

Teobaldo : "Sur mon album, moi j'aurais bien invité Nelson Mandela" Tu penses qu'il a un bon flow, Nelson ? Pourrait on dire qu'il fait du Dirty South Africa ? (ça c'est de la question)
 
Flynt : Haha t’es con !

Teobaldo : "Si t'as pas de bons conseils, garde les, j'ai pas besoin d'eux. La raison est mon maître et je me domine du haut de mon mètre 82" Beaucoup de gens t'ont donné de mauvais conseils dans ta carrière ? (C'était aussi pour le plaisir de ressortir cette phase que j'aime beaucoup)

Flynt : J’me souviens pas des mauvais conseils. Et peut-être qu’on m’en a donné des bons que je n’ai pas suivi.

Super Bonus : La question raciste de Spleenter : Que penses tu du retour merdique d'Eminem ?

Flynt : Eminem, je ne le suis plus depuis quelques années. J’ai lâché. Niveau instrus, je m’y retrouve pas aujourd’hui. On m’avait filé des places pour son concert au Stade de France et j’y suis allé. J’ai été plutôt déçu. Les concerts dans les stades je suis pas fan déjà mais j’ai trouvé qu’au-delà de sa performance qui reste celle d’un MC hors-norme, son filage, son intro, son rappel, sa sortie, certains choix... tout ça m’a laissé perplexe. Je n’ai ressenti ni magie, ni frisson. C’est pas bien c’que j’vais dire mais j’préférais son rap quand il se droguait et quand ça partait en couille dans sa vie.



  • Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *