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Ab-Soul : entre anarchie et drogues

Pour contrecarrer les mongoleries de notre merveilleux site, je reviens avec un article sur un mec qui mérite un peu de reconnaissance, Ab-Soul.

ab-soul

Black Lip Bastard

De son vrai nom Herbert Anthony Stevens IV (je ne comprendrais jamais les Américains et leurs prénoms), Ab-Soul est un jeune rappeur de Californie, signé chez TDE. Principalement connu par ses apparitions dans chacun des projets de ses comparses (Jay Rock, Kendrick Lamar et ScHoolBoy Q), il développe sa propre vision du rap. Atteint du syndrome de Stevens–Johnson, il ressemble plus à un alien qu'à autre chose mais il a réussi à en faire une pseudo-force. Il restera le seul rappeur à être autorisé à porter des lunettes de soleil même en plein nuit.

 

Il a les yeux ouverts, là.

Je reviendrais, à travers cet article, sur son dernier album (avec 1 an de retard, car je suis un connard) mais il a déjà fait le job dans plusieurs mixtapes. On pensera surtout à Longterm Mentality qui est la plus aboutie.

Control System

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Ab-Soul est le genre de mec naïf que tu croises en teuf dans les bois te parlant du système pourri qui nous entoure. C'est sûr que comme ça, ça donne pas trop envie, surtout quand tu vois ce genre de mecs.

 

Ouais, ce "genre" de mecs.
Ouais, ce "genre" de mecs.

Mais à côté de ça, il sait allier rap plus brut à base d'acide et quelque chose de plus nonchalant codéïné. Il décida de faire de son album une espèce de vision de ce qu'il sait faire, tout en laissant une certaine cohérence entre chaque déblatérations. On sait tous qu'un album sans cohérence, ça devient rapidement chiant et dégueulasse à écouter. Il ramènera d'ailleurs tous ses potes un peu partout sur ses sons, sans en abuser. Entre autres, nous pouvons penser à Danny Brown, ses comparses de TDE, et même sa meuf, enfin, son ex-meuf.

Dès l'intro, il pose, telle une dissertation de Terminale, ce qu'il va développer dans son album, en utilisant le titre comme problématique. Bravo Herbert, 20/20 pour ton devoir. Pour lui, tout n'est que rapports de force et manipulations. Au moins, il nous évite les conneries d'illuminatis, il s'appelle pas Sazamyzy quand même.

Ce qu'on retiendra grandement dans les premiers sons, c'est que l'egotrip, c'est un domaine où il trouve une délivrance. Entre phases critiques sur le rap d'aujourd'hui, son effacement derrière Kendrick qui prend tous les spots (qui a dit qu'être dans un crew, c'est sucer la queue de ses potes ?) ou ses jeux de mots qui rappellent certains bons bougres, Abstract nous laisse un truc qui se tient. Tout doucement, des "Motherfuck the government, motherfuck the system" apparaissent un peu partout. C’est assez drôle à entendre. C'est surtout bien rythmé grâce aux Digi+Phonics qui ont presque produit tout l'album. Ils ont fait le job, un job en concordance avec le flow.

Et là, la bombe. Danny Brown arrive. J'ai vraiment appris à aimer ce mec grâce à cette musique. Terrorist Threats, c’est le clip qui m'a fait découvrir ce petit monde des acides. Dans ce son, on retrouve un condensé du meilleur de chaque rappeur, des phases cinglantes sur Obama fusant d'un peu partout. Deux d'entre-elles transpercent le texte et le résument assez bien:

"If all the gangs in the world unified. We’d stand a chance against the military tonight"

"Dear Barack, I know you just a puppet but I’m giving you props. You lying to the public like it ain’t nothing. And I just love it, I hope it don’t stop"

 

Ce qui me fait assez rire, c'est qu'on se croirait dans la tête d'un mec en fac de lettres racontant ses délires, ses trips, ses convictions et ses cours. Dans le track suivant, qu'il a très joliment intitulé Glande Pinéale (un bout de ton cerveau, l'organe que tu utilises le moins), il parle de toutes les drogues qui détruisent son cortex cérébral. C’est bien, maintenant on a le droit à des cours de SVT dans le rap, on arrête pas le progrès. Avec Mathematics de Method Man, on pourrait faire une superbe playlist. On mettrait Youssoupha et Yoshi pour les cours de prononciation, ça serait novateur.

Revenons à Herbert, après tout, c’est son album. On tombe sur un ovni qui doit provenir d'une certaine conscience du mec. Il se décide à parler d'un truc assez vu, et revu, les femmes et les clichés. En se plaçant loin des FEMEN, il reprend l'idée de Brenda's Got A Baby de Pac et Keisha's Song de Kendrick. C'est pas mal comme son, c’est produit par Soundwave qui essaye de donner une portance au truc, c'est vraiment pas mal. C’est pas novateur, mais au moins c’est bien écrit.

RETOUR A LA REALITE. Soulo ne peut s'empêcher de retourner à ses premières amours, les drogues. C'est reparti pour de la codéïne, du Sprite, du free my niggas et du smoke some.  Plus j'écoute cet album, plus j'y vois une espèce de Juicy J en jeune, même si beaucoup moins expérimenté que l'était le Juteux à son âge. ScHoolBoy Q le rejoindra même sur un son à base de cris et de répétitions pour que tu comprennent que sans codéïne, la musique c'est nul. Ce qui donne l'impression que Double Standards, c'était juste une des rares descentes du mec. Vous avez dit Mugen ?

Vous trouvez pas qu'il manque quelque chose d'important dans cet album ? Les drogues, les délires, l'argent, mais où sont les putes alors ? Jay Rock décide alors de faire son apparition pour épauler Herbert avec sa grosse voix. Ratchet, lean et argent sont les principaux éléments de ce son. C’est cool, ça parle de Amber Rose, de grosses poitrines et de gros culs. La base du succès.

Je vous voir venir avec vos "Mais merde, il est où Kendrick ? Je suis venu pour lui moi. J'écoute depuis 6 mois au moins !", et bien allez bien vous faire enculer.

Continuons, avec Kendrick, car oui, il faut bien qu'il soit présent partout, lui. Illuminate, c’est le genre de truc que tu retrouves chez tous les rappeurs. Tu sais, ce son qui retrace vite fait leurs histoires, avec des bons jeux de mots, un semblant de tristesse et un beat qui fait le boulot. On le retrouve qu'importe la côte et qu'importe le rappeur. Même en trouvant ça assez rébarbatif, j'ai pas mal de tact avec ces tracks qui restent du bon rap, sans se mentir. Moins de mongoleries, plus de lyrics. Enfin, c’est ce qu'ils doivent se dire, des fois, pas souvent.

Doucement, Ab-Soul continue à étendre la toile de son mouvement (le HiiiPower) anarchiste et fan de Dieu. Oui, je dis fan car des fois, on dirait vraiment le supporter du PSG remplaçant sa bière par du lean et sa pizza par un joint d'herbe. Quelques fulgurances sont à noter dans Nothing's Something, un ode à la fin du matérialisme. Cela fait écho à Addiction de Kanye West (car oui, Kanye n'a pas toujours été le connard matérialiste que l'on connait).

Nécessairement, j'ai mis de côté tous les featurings entre Ab-Soul et Alori Joh. Elle, c'est son ex. Cet album lui est un peu dédié car elle avait participé grandement à son élaboration. Or, à travers The Book Of Soul, au détour d'un piano soul lent, des vocalises de femme, on apprend que cette fameuse Alori s'est suicidée du jour au lendemain. Sans mots, sans rien, juste comme ça. Le pauvre Herbert nous lâche un discours de souffrance dans la dernière musique, la complainte de l'amant.

C’est la fin de l'album qui arrive avec une conclusion qui fait office d'un dernier coup de marteau sur le clou qu'il nous enfonce dans le cerveau. Ce clou, c’est ses idées, c'est sa vision des choses. Il en vient même a cité du Roosevelt. Un clou, dans le crane, c'est pas super comme sensation, mais avec de la morphine ça passe beaucoup mieux. La morphine ici, c'est son espèce de naïveté, son flow, son engagement et ses prods. Cela serait idiot de dire qu'on en sort pas indemne de cet album, mais si on veut se pencher dessus, c'est comme un long discours qui se termine par une belle mort (Beautiful Death). J'ose faire l'allégorie de cet album avec la vie de certains grands hommes noirs, car il a beaucoup de points communs dans le discours porté à nos oreilles. Puis, après tout, ce n'est pas parce qu'on est un sauveur, un meneur, qu'on ne fait pas des conneries à nos débuts. Un peu comme cet album. Un peu comme tout.



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