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Mob City : Gansters et Flambeurs

L'Amérique de la fin des années 40, Bugsy Siegel, Mickey Cohen, et la crème de la pègre yiddish, des flics corrompus, un casting de haute volée, et quelques verres de scotch échangés autour d'une poule de luxe. Boardwalk Empire ? Non, Mob City.

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Hommage presque caricatural au film noir, Mob City cumule volontairement tous les clichés inhérents au genre : classicisme poussé, photographie tranchée, décors bornés, personnages torturés ... Le clivage entre partisans et objectants se pose d'ailleurs immédiatement, les premiers admirant le parti pris assumé, les seconds regrettant un pastiche excessif. Avant de se lancer dans cette première saison, autant être prévenu : Frank Darabont a choisi une direction, et s'y est engouffré la tête la première, sans chercher le moins du monde à adoucir son propos, à aseptiser son image, ou à lisser ses clichés. Le résultat est brut, limite grossier, et forcément plus difficile à digérer. Il suffit de survoler la liste des personnages principaux pour s'en rendre compte : Jon Bernthal (seul rôle intéressant de l'adaptation télévisée de The Walking Dead) interprète un flic sombre, torturé par son passé de soldat dans la marine et par les actes pas forcément très moraux qu'il a été contraint de commettre pendant la guerre. Gueule cabossée, nez cassé, amour meurtri, et motivations louches ... pas vraiment le bleu idéalisé, en somme.

Et pour en rajouter une couche, Darabont nous place, juste en face, un miroir parfait : Ned Stax (qui passe à deux lettres seulement de se faire décapiter sur ordre de Joffrey), interpreté par Milo Ventimiglia (Heroes). Avocat mafieux dans la parfaite lignée d'un Tom Hagen, son style lisse, propre, placide, détonne complètement avec le personnage de flic bourru décrit quelques lignes plus haut. Le policier patibulaire et le gangster belle-gueule, on s'enfonce encore un peu plus dans la caricature ... et ce n'est pas fini.

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De l'incorruptible qui jure de mettre fin aux agissements des officiers véreux (Neal McDonough, encore un nom ronflant) au psychopathe à la figure de croque-mitaine, en passant par la femme fatale jouant forcément sur plusieurs tableaux ... La galerie des protagonistes fait volontairement dans l'exagération. Les traits sont accentués, les caractères marqués, les personnalités dénuées de la moindre nuance. Mention spéciale à Robert Knepper (le T-Bag de Prison Break), qui campe ici Sid Rothmen, un inquiétant mafieux inventé de toutes pièces, bras droit de Bugsy Siegel, personnage historique bien réel, le premier à avoir construit un casino de luxe à Las Vegas, petit village perdu dans le désert du Nevada.

Mais si Mob City est si stéréotypé, pourquoi s'y intéresser ? Tout simplement parce que c'est une réussite sur toute la ligne. Plutôt que de se borner à chercher une profondeur et une subtilité à ses personnages, Darabont préfère se concentrer sur l'essentiel : l'intrigue (elle non plus, pas toujours très fine), les relations tordues entre flics et petits voyous ou entre donzelles et mobsters, sans négliger quelques scènes sympathiques d'enfouraillage mob-city-saison-1-critique-franck-darabont-polar-mafiafarouche et de chicanes furieuses. Les références -assumées ou non- aux classiques du genre sont légion ... en somme Mob City en fait trop, Mob City force le trait, mais Mob City est efficace. Gros fusils à pompe, gros flambeurs en costumes hâbleurs, et grosse ambiance, forcément emphatique : tantôt lourde et cafardeuse, tantôt flamboyante -limite pompeuse-.

Gros point noir, aussi : sauf miracle, la série n'ira pas plus loin que ces six épisodes initiaux. car qui dit gros casting, gros décors, et donc, gros budget, dit aussi grosses attentes. Et clairement, les audiences US n'ont pas tenu la route : un peu plus de 2,3 millions de téléspectateurs pour le pilote (le 4 décembre dernier), moins de 1,35 million pour le final. Autant dire, à l'échelle de la télévision américaine : un crash total. Malheureux, car Mob City avait vraiment tous les éléments en main pour détrôner Boardwalk, fébrile représentant de la série "gangsters antiques".

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